C’est quoi au juste une journée d’Alfred ?

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©Alfred

Par une fin de journée ensoleillée, Isabelle et Babeth attendent bien sagement, en sirotant une limonade, un auteur de BD dont on entend de plus en plus parler à travers la planète mais surtout à Bordeaux. Alfred, bien connu pour son travail en jeunesse (Octave et le cachalot) a reçu le prix Fauve d’Angoulême en 2014 pour Come Prima. C’est lors de ses performances dessinées que nous l’avons découvert et apprécié. De là nous avons découvert son travail et aujourd’hui nous souhaitions rencontrer cet autodidacte qui a trouvé une forme de reconnaissance avec cet album, pour savoir comment il travaillait.

Alors voilà ….c’est quoi au juste ….une journée d’Alfred ?

« Je me conçois comme un artisan, je n’attends pas que l’inspiration tombe de je ne sais où. Tous les jours je travaille, même si c’est une mauvaise journée. Je jette beaucoup d’idées. Le matin je dépose ma fille à l’école et je dessine à l’atelier dès 8 h 30 et j’y reste grosso modo jusqu’à 19 h. Évidemment c’est modulable, en période de bouclage de livre, il m’arrive de retourner travailler après 21 h.
Le dessin s’est imposé à moi et a orienté les choses mais mon choix de vie était de laisser le plus de place à mon travail de dessinateur. C’est sûr que les choses ont changé avec la naissance de ma fille, il y a sept ans ; ça oblige à s’organiser un peu mieux.  Je peux continuer à travailler sur un projet quand je prépare à manger, ou raconter une histoire à ma fille au coucher qui est la continuité d’une idée. Mais je n’ai jamais vécu autrement qu’en imbriquant ma vie quotidienne à ma vie d’auteur. Je ne sais pas séparer les choses, pour moi, c’est un tout en mouvement. Ce que je fais a besoin d’être raccord avec ce que je suis. C’est pour cela aussi que je ne fais pas la même chose que ce que je faisais il y a dix ans : parce que je ne suis pas le même homme. Et le livre que je ferai dans dix ans ne ressemblera certainement pas à ce que je fais aujourd’hui parce que je ne sais pas qui je serai. C’est ce qui me tient et me donne envie de me lever le matin : ne pas savoir ce qui peut se passer. 

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©Alfred

J’ai longtemps dessiné chez moi, puis en atelier. Le fait de séparer physiquement les activités n’a jamais séparé pour moi les intentions. J’ai toujours eu un carnet et un crayon à proximité même sur ma table de nuit. Il m’arrive de travailler la nuit (Pourquoi j’ai tué Pierre  est un album que j’ai dessiné en deux mois avec un travail jour et nuit) et il m’est arrivé de provoquer des états de fatigue pour influencer mon travail. C’est un état où ton esprit n’a plus le temps de réfléchir à ce que tu fais parce que ton cerveau est engourdi, et là sortent des choses imprévues que tu n’aurais pas réalisées si tu continuais à garder la tête consciente, dans la maîtrise. Ce sont des choses que je sais aujourd’hui provoquer. Je sais combien d’heures de fatigue vont commencer à faire tomber, chez moi, des barrières.

En cas de manque d’idées, je prends un temps avec mes camarades d’atelier, je vais faire un tour en librairie. En fait, je sors de la table de dessin, pour aller penser à autre chose.

Actuellement je travaille sur le bouclage du livre L’homme qui chante qui est une bande dessinée retraçant la vie du dernier disque d’Etienne Daho. Avec David Chauvel, nous avons pris contact avec Daho il y a trois ans et il nous a permis de le suivre en tournée et en studio à Londres.

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©Alfred

Ce bouquin va vraiment raconter toutes les étapes de l’écriture du disque jusqu’à la fin de la tournée. Je suis donc dans une période de travail jour et nuit ! Et puis je fais également de plus en plus de performances et d’improvisations dessinées avec mes amis Régis Lejonc, Olivier Ka et Richard Guérineau. Notre boulot de dessinateur est assez solitaire, il y a une sorte de frustration liée à l’absence d’immédiateté, d’une émotion quelle qu’elle soit. Or amener le dessin ailleurs que sur des livres nous permet d’avoir un espace de respiration précieux. Cela nous permet d’amener le dessin et l’écriture sur un terrain vivant et cela nous permet de vivre de belles choses ensemble. »

Voilà, une heure de conversation s’est écoulée sans qu’on s’en rende compte. La tête remplie d’émotions que nous souhaitions partager avec vous. L’homme en quête de légitimité qui a toujours peur de répondre « à côté » nous a ravies, et nous te le disons : oui Alfred… Tu as le droit d’être là.

Babeth, 24/06/2015

Un grand merci à Alfred pour ses dessins… Et à Célestin !

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