Le parfum des cendres, de Marie Mangez

C’est une drôle de rencontre : celle d’Alice, une jeune thésarde joyeuse et d’un thanatopracteur taciturne. Sylvain n’est pas un embaumeur normal. Il sent les morts. Cela peut paraître bizarre, mais il a le don de sentir des particules olfactives jaillies du néant. 

Le parfum des cendres, Marie Mangez, Finitude

«A leur contact la voix bourrue et sèche de l’embaumeur devenait enveloppante comme celle d’un conteur et Alice se laissait bercer, transporter par ce son grâce auquel, sous leurs yeux, les chairs figées reprenaient couleur et vie. »

Alice a grandi aux côtés d’une mère sourde dont elle était les oreilles. La musique est omniprésente dans sa vie, et elle en fait bénéficier (lors des trajets en camionnette) son maître de stage. Ah oui, j’ai oublié de vous dire qu’Alice écrit une thèse sur les thanatopracteurs. C’est donc dans ce but qu’elle accompagne Sylvain dans ses déplacements et le regarde travailler. On ne peut pas dire qu’il apprécie sa compagnie, ni ses commentaires ou ses questions. Alice est d’une nature spontanée. Elle a pour habitude de nouer facilement des relations par sa curiosité bienveillante et sincère. Elle ne s’impose pas.

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Les revenants de Laura Kasischke

« La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté.
Telle fut la première pensée qui vient à l’esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture. 
Une grande beauté. 
La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d’un frêne. L’astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. »

Les revenants de Laura KasischkeProfesseur de musique à l’université, Shelly est le seul témoin d’un accident de voiture impliquant deux jeunes gens, Craig et Nicole. A l’arrivée des secours, elle laisse derrière elle les deux accidentés, miraculeusement vivants.
Or le lendemain, en lisant l’article consacré à l’accident dans la presse locale, Shelly apprend avec stupeur que Nicole est morte dans une mare de sang, et que Craig s’est enfui.
Que s’est-il réellement passé ce soir-là ? Pourquoi personne ne veut prendre en compte le témoignage de Shelly ?

Ce roman a pour décor le campus d’une université du Midwest américain, microcosme puritain et élitiste, où professeurs, étudiants et quelques fantômes se côtoient, chacun transportant ses problèmes, ses névroses et ses croyances.

Car Laura Kasischke aime gratter le vernis de l’apparence : reflet de la société dans son ensemble, ce campus universitaire est le décor de bien des secrets inavouables, à commencer par ceux que cache la pure et sage Nicole… 

Un thriller teinté de fantastique… et une subtile analyse de la société américaine.

Marisa, 21 mars 2020

Le réveil des sorcières

Aujourd’hui, Bérengère partage son dernier coup de coeur pour Le réveil des sorcières de Stéphanie Janicot, paru en janvier dernier chez Albin Michel.

Que transmettons-nous à nos enfants ? Existe-t-il une transmission spécifique entre femmes ? Où est la frontière entre la vie et la mort ?
Stéphanie Janicot tente de répondre à ces questions dans son roman Le réveil des sorcières.

Le réveil des sorcières, de Stéphanie Janicot

Une jeune adolescente, Soann, perd sa mère dans un accident de voiture et se retrouve seule avec sa grande sœur. Elle appelle une amie de sa mère, la narratrice, et lui confie ses doutes. La jeune fille est persuadée que sa mère a été assassinée. Les deux protagonistes vont partir sur les traces de cette femme, Diane, guérisseuse. Elle était de celles qu’on appelait sorcières, il n’y a pas si longtemps, et qu’on brûlait vives.

L’auteur interroge ainsi le rôle d’une telle femme dans les campagnes bretonnes et le regard admiratif, mêlé de crainte, posé sur elles. J’ai aimé ce livre car Stéphanie Janicot cherche à comprendre ce besoin de magie qui peut nous animer pour comprendre ce qui ne peut pas toujours l’être, comme la mort. De plus, elle laisse la place au doute tout en restant pragmatique, ce qui rend l’histoire humaine et touchante.

Bérengère, 18 mars 2020

De pierre et d’os de Bérengère Cournut

De pierre  et d’os, de Bérengère Cournut

Avec ce post continue l’exploration des cinq romans sélectionnés pour le Prix des lecteurs-Escale du Livre 2020. Direction l’Arctique.

Une nuit de grand froid polaire, Uqsuralik est brusquement séparée de sa famille par une fissure de la banquise. Le sol glacé se fend, la faille devient chenal et l’igloo familial s’éloigne dans la brume.

Seule dans ce monde hostile, la jeune Inuite engage alors une formidable lutte pour sa survie : ne pas mourir de faim, ne pas mourir de froid, ne pas sombrer dans la folie et le désespoir, retrouver une famille pour se maintenir en vie.

Présenté sous la forme d’un long conte poétique, ce récit est une plongée dans la culture et les traditions du peuple inuit. Un monde chamanique où l’homme vit en accord avec son environnement, où les esprits des défunts visitent les vivants, où les frontières entre le monde d’ici-bas et l’au-delà s’entrouvrent et diffusent le souffle des chants et les paroles des légendes.

Bérengère Cournut signe un magnifique roman d’apprentissage, un roman de nature writing version Arctique, sans avoir jamais foulé la banquise.

Une très belle découverte.

Marisa, 29 février 2020