Kouplan : le détective sans-papiers de Stockholm

Cela paraît assez improbable : un enquêteur tout chétif qui a peur de croiser les flics et qui se fait nourrir par ses clientes, parce qu’il n’a pas de quoi manger à sa faim. Et pourtant, ça fonctionne bien. L’auteure Sara Lövestam a créé un héros peu commun mais nécessaire pour évoquer les demandeurs d’asile dans les pays scandinaves.
Elle les connaît bien puisqu’elle a donné des cours de suédois aux migrants pendant des années, avant de devenir écrivain.
Kouplan est iranien, il vit dans la rue en Suède bien qu’il ait un niveau d’éducation élevé lié à une enfance protégée dans son pays d’origine. Mais le contexte politique l’a amené à s’enfuir. Pour survivre, il propose ses services de détective privé à des personnes qui préfèrent éviter la police. Ça leur fait un point en commun ! Il est malin et analyse les comportements des individus de façon très perspicace, se basant sur l’idée que chacun agit en fonction d’un certain nombre d’éléments déterminants que Kouplan cherche à découvrir.

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Nous avons toujours vécu au château

Nous avons toujours vécu au château est un roman insolite dont « l’inquiétante étrangeté » m’a immédiatement captivée. Shirley Jackson, spécialiste du roman fantastique, l’a écrit en 1965.

D’emblée, le lecteur est plongé dans une atmosphère étrange, quelque peu anxiogène. On y voit la jeune narratrice, Mary Katherine Blackwood, effectuer sa sortie hebdomadaire au village pour se ravitailler à l’épicerie. Elle est en butte à l’hostilité plus ou moins déclarée des gens du village. Mais sa condition sociale ( très assumée par ailleurs) – elle est issue d’une famille de hobereaux et habite le manoir qui jouxte le village – peut-elle à elle seule expliquer certaines remarques ? En tout cas, la demoiselle n’est pas dépourvue d’imagination et sait opposer à l’inimitié des villageois un masque imperturbable sans rien dévoiler des sentiments violents qui l’animent. Lire la suite

Lune de glace de Jan Costin Wagner

Premier volet des enquêtes du jeune inspecteur finlandais Kimmo Joentaa, Lune de glace est un polar efficace, le livre idéal à emporter pour les vacances au froid, en Sibérie ou ailleurs.

En quelques mots, ça donne…

L’ambiance. La neige, la glace, le froid, la nuit, la lune. Le silence. Des meurtres. Des victimes fort sympathiques.

Les personnages. Un assassin discret, mutique. Le genre de type qu’on ne remarque pas. Des meurtres attentionnés. Un inspecteur en plein deuil, intuitif, peu disert, vaguement paumé. Une enquête qui piétine. Des mobiles qu’on peine à trouver.

Addictif. Vivement conseillé.

Marisa, 27 décembre 2017

Snjor de Ragnar Jonasson

Grand lecteur d’Agatha Christie, de P.D. James et de Peter May, Ragnar Jónasson est la nouvelle coqueluche du polar islandais. Et nous, on lui trouve bien du talent, à ce cher Ragnar.

Un polar efficace. Prenez un jeune policier tout juste sorti de l’école de police, sympa, tout bien comme il faut, qui mène une existence banale auprès de sa blonde, à Reykjavik. Pour sa première affectation, envoyez-le dans un coin perdu, Siglufjördur (rien que le nom vous donne l’envie de fuir), ville où il ne connaît personne mais où tout le monde se connaît.
Dès son arrivée, des choses inhabituelles viennent semer le trouble dans cet endroit d’apparence bien tranquille : un vieil écrivain fait une chute mortelle, le corps d’une jeune femme est retrouvé, étendu dans la neige… Et nous on l’aime bien Ari, alors on le plaint. A peine débarqué, il est sommé de faire ses preuves. Et nous, on aimerait bien qu’il y arrive et que l’enquête soit bouclée fissa, qu’il puisse retrouver sa copine dans son appart de Reykjavik.

Même si les ficelles sont parfois un peu visibles, le scénario tient bon. La lecture de Snjór devient rapidement addictive. On se laisse embarquer sans résistance dans cette histoire qui nous happe et ne nous lâche plus. Une petite lecture sympa, et il n’y a pas de mal à cela. Sauf que…

Arnaldur Indridason a-t-il du souci à se faire ? Certes, Ari Thór n’est pas Erlendur. Mais ce jeune policier nous plaît bien. En mûrissant, le personnage de Ragnar Jónasson pourrait bien égaler la stature du héros d’Indridason. Et l’auteur raconte l’Islande, avec son âpreté et sa rudesse, comme le fait Indridason : c’est peut-être ce qui nous plaît le plus, au fond.

Il n’y a donc pas de mal à faire quelques infidélités à Arnaldur (il n’en saura rien et je pense fondamentalement qu’il s’en fout), d’autant plus que la deuxième enquête d’Ari Thór, Mörk, est sortie cette année aux éditions La Martinière…

Marisa, 30 octobre 2017 

Le dernier amour du lieutenant Petrescu de V. Lortchenkov

vladimir-lortchenkov-le-dernier-amour-du-lieutenant-petrescu-liseuses-de-bordeauxVoilà une bonne surprise que cette lecture où se mêlent l’absurde et le grotesque.

Le roman se déroule en Moldavie. Les services secrets sont sur les dents car la rumeur court que Ben Laden se cache dans la capitale Chisinau. On le soupçonne de travailler dans un restaurant fréquenté par le lieutenant Petrescu. Celui-ci est donc mis sous surveillance par Tanase, chef des services secrets locaux qui apprend par les écoutes que le lieutenant passe du bon temps avec son ancienne et torride maîtresse Natalya. Lire la suite