Grégoire Delacourt : de l’expression d’une colère à l’enfant réparé

Grégoire Delacourt est arrivé ce samedi matin au salon Lire en poche de Gradignan avec humour et légèreté. Comme un enfant qui lance une blague pour détendre l’atmosphère, cet homme qui ne fait pas son âge nous présentait ses deux derniers romans.

Un jour viendra couleur d’orange est le 9e roman de l’auteur. Ce titre, tiré d’un poème de Louis Aragon, est plein de promesses : « Un jour viendra couleur d’orange, un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront ». La toile de fond du roman, ce sont les gilets jaunes. Grégoire Delacourt voulait essayer de comprendre ce mouvement en colère, car pour lui, on a tous des colères enfouies.

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Dramaturgies urbaines : rencontre entre Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam

Le festival Lire en Poche accueillait cette année Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam pour une table-ronde sur les dramaturgies urbaines. Les dernières parutions des deux autrices, Arène chez Liana Levi pour Négar Djavadi et  Il y a des hommes qui se perdront toujours chez P.O.L. (depuis peu chez Folio) pour Emmanuelle Bayamack-Tam (alias Rébecca Lighieri), servaient de point de départ à cette rencontre. Ces deux romans sont tous deux des romans noirs. On pourrait penser qu’il s’agit de romans policiers : dans chaque histoire, l’élément déclencheur est la découverte d’un cadavre et l’intrigue va s’articuler ensuite autour de cette découverte. Mais l’enquête policière est à peine esquissée.

Dans Arène, la découverte de ce cadavre traverse le roman, elle sèmera d’autant plus le trouble que quelques jours plus tard un second cadavre fera parler de lui. Il s’agit de deux garçons appartenant à deux cités voisines où sévit le trafic de drogue, et où interviennent régulièrement des affrontements pour des rivalités de terrain. La question sera de savoir si la mort du deuxième garçon est à mettre sur le compte des représailles d’une des cités. L’incertitude est grande pour le lecteur, la mort de Issa pouvant également résulter d’une altercation qu’il a eu avec le personnage principal du roman, Benjamin Grossman. Qui a tué le jeune homme ?

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Un père étranger d’Eduardo Berti

Le dernier roman d’Eduardo Berti, Un père étranger, vient de paraître aux éditions de la Contre Allée. C’est un récit aux multiples résonnances sur la filiation, l’identité, l’exil, la langue et la fabrique du roman.

Nous avons eu la chance de rencontrer Eduardo Berti dans le cadre de l’inédite édition de l’Escale du livre 2021 dont vous pourrez écouter l’interview ici.

Un père étranger est composé de trois récits aux résonnances fortes. Un narrateur se lance dans l’écriture d’un livre sur l’écrivain Josef Conrad et pour cela part dans le Kent, en Angleterre, visiter la maison où celui-ci a résidé. Le second récit est centré sur un lecteur de Conrad, un allemand du nom de Meen, qui croît se reconnaître dans un des personnages d’une nouvelle écrite par Conrad et s’estime humilié par la description que l’auteur en a fait. S’en suit une tentative de tuer l’auteur… Le troisième récit raconte le père d’Eduardo Berti, émigré roumain en Argentine, qui se lance dans l’écriture d’un roman après que son fils ait publié son premier roman, Le désordre éclectique.

Un roman à deux niveaux. Eduardo Berti raconte le roman et la fabrique du roman. « J’ai voulu raconter le making-of du roman. Mon idée était d’alterner le roman et le making-of, mais très vite, les histoires se sont mélangées ». En effet, les trois récits s’imbriquent, s’entremêlent inéluctablement : les ressemblances entre la vie de Josef Conrad et celle du narrateur se reflètent comme dans un miroir et Eduardo Berti, par ailleurs membre de l’Oulipo, n’hésite pas à en jouer à travers la forme de la narration. Il fait dresser au narrateur de son roman des listes d’éléments à intégrer dans le livre qu’il écrit sur Josef Conrad, et expose les quatre dénouements envisagés.

« J’ai essayé de trouver le plus de liberté possible à partir de la forme. Il y a le journal – le carnet de notes – et la possibilité de travailler à partir de plusieurs hypothèses. » On est autant dans le roman que dans le laboratoire du roman.

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Le roman de Jim de Pierric Bailly

La paternité est un thème cher à Pierric Bailly. Après avoir rendu hommage à son père dans L’homme des bois, puis évoqué le désir et les craintes liés à la paternité dans Les enfants des autres, il nous offre Le roman de Jim, l’histoire d’un fils racontée par son père.

L’histoire. Aymeric tombe amoureux de Florence, une femme célibataire de quinze ans son aînée, enceinte de six mois. Le père biologique ne veut pas entendre parler de cette grossesse. Il a une femme et deux enfants et ne veut rien changer à sa vie.
Aux côtés de Florence et de l’enfant à venir, la place de père est vacante : à la naissance de Jim, Aymeric élève tout naturellement cet enfant comme son fils. Durant plusieurs années, Florence, Aymeric et Jim forment une famille heureuse et unie. Progressivement, Jim devient la raison de vivre d’Aymeric, même lorsque les liens avec Florence s’étiolent. Arrive alors le jour où la place qu’il occupe auprès de Jim est remise en question…

Pourquoi on aime ce livre. On est ébranlé par la déclaration d’amour que cet homme fait à son fils, cet homme qui est arrivé dans la vie de ce petit garçon un peu par hasard, mais qui a choisi d’y rester. Pierric Bailly réussit à nous faire vivre cette histoire intensément et à nous faire éprouver les émotions de ses personnages : dès lors qu’Aymeric accueille cette paternité, Jim représente pour lui ce qu’il y a de plus précieux au monde, et pour nous aussi. Au fil du récit, nous retenons notre respiration, nous tremblons pour qu’il ne leur arrive rien, pour que la vie paisible dans les montagnes du Jura s’écoule sans obstacle. Hélas…

Pierric Bailly nous prouve une fois encore qu’il a du talent. Tension dramatique, psychologie des personnages, style, intrigue, ce roman est une réussite.

Marisa, 29 mars 2021.