Borgo Vecchio

Borgo Vecchio, par Giosuè Calaciura

« Le parfum du pain se présenta à la porte de la boulangerie et prit le Borgo Vecchio par l’arrière. Le boulanger avait beau faire deux fournées par jour, à l’aube et au crépuscule, l’étonnement était tel que personne ne s’était jamais habitué à ce parfum et, deux fois par jour, chacun pensait qu’il n’avait jamais rien senti de semblable et faisait un signe de croix ».

Ainsi débute l’un des plus beaux passages de Borgo Vecchio, magnifique roman de Giosuè Calaciura qui promène le lecteur dans ce quartier de Palerme au gré des effluves du parfum du pain chaud à travers les étals des marchés, les chantiers navals et les ruelles sinueuses ; l’on y croise le moribond du troisième étage, un ouvrier fatigué par son travail au fer à souder, un ivrogne en manque d’alcool… Lire la suite

Par les routes de Sylvain Prudhomme

Par les routes, de Sylvain PrudhommeSacha, 40 ans, célibataire et sans enfant, quitte Paris pour V. (le nom est une simple lettre), une ville du Sud-Est. Il y retrouve un ami qu’il n’a plus vu depuis 20 ans. Ils cohabitaient quand ils étaient étudiants. C’est un ami avec lequel il avait beaucoup voyagé en auto-stop. D’ailleurs, il n’a pas d’autre nom que l’auto-stoppeur. Puis, ils s’étaient perdus de vue sans qu’on en sache les raisons, seulement que Sacha lui avait demandé de sortir de sa vie. L’auto-stoppeur a un peu vieilli, vit de petits boulots et est en couple avec Marie, avec lequel a un fils : Agustín. Pourtant, son envie de partir est plus forte et petit à petit, il part, de plus en plus longtemps, de plus en plus loin, à travers la France. Ces randonnées ont, pour lui, la beauté des rencontres, des personnes de tous âges et de toutes conditions sociales, avec lesquelles il fait un bout de chemin. De son côté, le narrateur, Sacha, prend de plus en plus de place dans la vie de Marie et d’Agustín.

Si l’auto-stop n’était pas un sujet qui m’intéressait plus que cela, j’ai aimé toute la poésie de Sylvain Prudhomme, la tendresse et la délicatesse qui s’en dégagent. Enfin, toute ponctuation expressive est absente et permet au lecteur de choisir lui-même les nuances de sentiments ou d’émotions qu’il veut donner aux propos de l’auteur.

Bérengère, 27 février 2020

Rencontre avec Camille Cornu


Dans Habiletés sociales, une très jeune femme prend des cours à l’hôpital pour apprendre à se comporter en société d’une façon adaptée. Elle a grandi dans un foyer pour enfants abandonnés qui menace de la mettre dehors. Sa vie s’entremêle à celle de Framboise, une jeune femme qui lui ressemble et à celle de l’Actrice avec qui elle entretient une relation amoureuse.

Un roman initiatique, qui joue avec le langage et invente un monde où l’on doit acquérir la « saveur vanille » si l’on veut sortir du statut de « Hors-saveur ». Un monde qui ressemble beaucoup au nôtre ?

Retour sur l’entretien mené par Babeth dans le cadre de l’Escale du livre, le 8 avril 2018.

Babeth : Comment est née l’héroïne de ce roman ?

Camille Cornu : Tout part du Manuel des habiletés sociales, qui existe vraiment et dont je voulais parler. Un manuel qui apprend à se comporter de façon adaptée avec les autres. Lire la suite

Voici des ailes de Maurice Leblanc

maurice-leblanc-voici-des-ailes-liseuses-de-bordeauxA bicyclette, il y avait Madeleine, Régine, Pascal et puis Guillaume. Deux couples d’amis délaissent Paris et ses mondanités pour vagabonder sur les chemins de Normandie et de Bretagne. Voici des ailes, celles de la liberté toute nouvelle qu’apporte la bicyclette. Les corps exultent au pluriel, masculin et féminin. C’est étonnant, c’est la première fois.

A tire d’aile, Madeleine ne se reconnaît plus, Régine non plus, d’ailleurs. Les deux amies découvrent leur corps en mouvement. Au début, c’est dur. Elles sont pétries de courbatures. Mais, petit à petit, elles se mettent à son écoute, avec plaisir. La nature décide, enchanteresse, mutine et protectrice. Et les amours s’inversent, surpris ou pas, chacun à son rythme de bicyclette. Maurice Leblanc apparaît sous un jour différent et délaisse notre gentleman-cambrioleur pour une rafraîchissante et coquine randonnée, certes un peu désuète mais tellement agréable en ce début d’année. Laissez-vous porter par les ailes de liberté de la bicyclette ! 

Bérengère, 5 janvier 2017

Quatuor d’Anna Enquist

anna-enquist-lettres-du-monde-2016-liseuses-de-bordeauxAnna Enquist est invitée cette année au festival Lettres du Monde. Florence animera trois rencontres à ses côtés et nous parle de son dernier roman, Quatuor, publié chez Actes Sud.

Quatuor d’Anna Enquist est un beau roman sur l’amitié dans lequel la musique joue un rôle majeur. Chaque personnage souffre d’un manque, d’une perte et trouve dans sa pratique un espace d’apaisement.

Le quatuor dont il est question est formé d’Hugo, de sa cousine Heleen et d’un couple d’amis, Jochem et Caroline. Hugo est en pleine déroute professionnelle. Il est le directeur du Centre, qui fut autrefois le Palais de la Musique, mais qui n’est plus qu’un lieu loué aux entreprises désireuses de profiter de sa situation exceptionnelle dans la ville pour organiser séminaires et autres colloques… Heleen compense son mal-être en correspondant avec des prisonniers et en pensant naïvement que la sollicitude suffit aux relations humaines; quant à Jochem et Caroline, ils se perdent dans le chagrin et la culpabilité depuis la mort de leurs deux fils dans un accident d’autocar. Lire la suite