Personne n’a peur des gens qui sourient

Le dernier roman de Véronique Ovaldé Personne n’a peur des gens qui sourient, édité chez Flammarion, se lit comme un thriller psychologique dans lequel l’autrice a su habilement ménager le suspense jusqu’à la fin.

Le premier chapitre est à ce titre remarquable, la tension y est à son paroxysme. Après avoir en toute hâte rassemblé le strict nécessaire – le Beretta de son défunt mari, les passeports, les peluches de la benjamine et des livres pour l’aînée – Gloria, l’héroïne, embarque ses deux filles à la sortie de l’école et leur fait parcourir la France sans aucune explication, des rivages de la Méditerranée à un petit bourg alsacien où la jeune femme possède une maison héritée de sa grand-mère. Gloria agit avec détermination et sang froid, apparemment prête à tout pour aménager « une zone de sauvetage » à ses filles et les mettre à l’abri du danger.

Mais de quel danger s’agit-il ? Lire la suite

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Tu retrouves, je découvre… Houellebecq

Conversation entre Yves Kafka et Isabelle à propos de Sérotonine.

Isabelle : Yves, tu es un fidèle lecteur de Michel Houellebecq. De roman en roman, pourquoi y reviens-tu ?

Yves : Pourquoi Houellebecq ? Parce qu’il agit sur moi comme une sorte de baume anesthésiant de toute volonté de souhaiter un monde idéal. Houellebecq a quelque chose de rassurant, en ce sens qu’il pratique un lâcher-prise total, par rapport au bien penser et au politiquement correct. Avec lui, c’est comme si on était déchargé de toute la noirceur de l’âme, de toutes les idées limites que l’on peut avoir à certains moments, parce qu’il ose absolument tout, et avec un bonheur qui est réjouissant. C’est ce que j’aime chez Houellebecq. Par ailleurs, je trouve que l’aspect désespéré de toutes les histoires qu’il nous raconte et de tous les personnages qu’il met en scène n’est absolument pas désespérant, au contraire, pour moi, il est vivifiant. J’aime ce qu’il raconte, j’aime cet homme. Lire la suite

Un poisson sur la lune

« Le problème de Jim, c’est qu’il n’arrive pas à entrer dans sa propre vie, et il va laisser ce problème en héritage. »

David Vann n’a que 13 ans lorsque son père se suicide d’un coup de revolver dans la tempe, deux semaines après que son fils ait refusé de partir vivre avec lui quelque temps en Alaska.

Longtemps hanté par ce drame, David Vann avait évoqué la relation entre un père et son fils dans Sukkwan Island, roman qui l’avait révélé au public français (Prix Médicis 2010). Il avait imaginé alors l’histoire d’un fils partant vivre en Alaska avec son père. Une façon peut-être d’expier sa faute, de s’alléger de sa culpabilité.

Cette fois-ci, dans Un poisson sur la lune, David Vann s’attaque au coeur du problème. Il donne la parole à son père et lui offre le premier rôle de ce roman, trois jours avant son suicide.
D’une plume féroce, sans concession, l’écrivain américain raconte la tentative désespérée d’un homme parvenu aux limites de sa vie. Profondément dépressif, Jim Vann accepte de quitter l’Alaska trois jours afin de commencer un traitement et retrouver les siens.

« Et si rien de tout ceci n’avait existé ? Si chaque vie avait été imaginée différemment ? Il aurait eu une chance. Cette version ne lui convient pas. »

Même si nous connaissons la fin tragique de cette histoire, nous sommes happés par ce roman, projetés dans la tête de Jim, prisonniers du flot de ses pensées obsédantes, parfois euphoriques, profondément désespérées. Tout en ressentant de la pitié et du dégoût pour cet homme, on se surprend à souhaiter une issue favorable à ce récit. Pourtant, au fil des pages, le drame se dessine, inéluctable.

Marisa, 17 mars 2019

Le Rituel des dunes

Après Là où les tigres sont chez eux ou L’Île du Point Nemo, nous retrouvons avec délectation l’univers de Jean-Marie Blas de Roblès, avec Le Rituel des dunes, roman publié pour la première fois en 1989 (Seuil).

L’histoire. Expatrié dans le nord de la Chine, Roetgen tombe amoureux d’une Américaine excentrique de vingt ans son aînée. A chacune de leur rencontre, il devient à sa demande une sorte de Shéhérazade, inventant pour elle des contes extraordinairement envoûtants, des récits merveilleux ayant pour cadre la Chine.

« J’ai fait l’amour avec une folle en communication directe avec Spinoza et les lézards célestes. J’ai mangé et fumé d’étranges résines venues de Kachgar par la route de la soie. J’ai broyé de l’encre pour un des frères de Pu Yi, et nous nous sommes enivrés en mangeant des steaks hachés… »

Notre avis. Pour le lecteur qui ne connaît pas encore Jean-Marie Blas de Roblès, Le Rituel des dunes constitue une très bonne introduction à son oeuvre. D’abord le décor, luxuriant et sans cesse changeant, et cet insatiable goût pour les voyages, le dépaysement, l’inconnu. Ensuite, les personnages singuliers, tous plus atypiques les uns que les autres, comme ce légendaire empereur au double visage, ou « ce con de Laffite », qui réussit à passer une nuit enfermé dans la Cité interdite…

Jean-Marie Blas de Roblès se délecte, il s’amuse à nous désorienter, entrecroisant les récits et les époques, jouant à mêler réalité et fiction, jusqu’à les confondre. Emporté par le flot du récit, le lecteur peut en toute confiance lâcher prise. N’est-ce pas le but ultime de la lecture?

Avec ce récit foisonnant, l’auteur offre au romanesque ses lettres de noblesse.

Marisa, 25 février 2019

Auletris d’Anaïs Nin

Auletris est un recueil de deux nouvelles érotiques inédites d’Anaïs Nin qui mêlent agréablement désir, imagination et érotisme féminins dans une ambiance joyeuse et élégante.

Ce recueil a été retrouvé en 1985 dans une vente aux enchères à Baltimore, alors que les spécialistes d’Anaïs Nin pensaient tout connaître de sa production érotique. Il aura fallu attendre plus de trente ans pour qu’un éditeur américain le publie en 2016, et deux ans de plus pour que les éditions Finitude nous le fassent découvrir en français.

La première nouvelle d’Auletris est une version inédite de «Marcel», un texte que l’on retrouve en version abrégée dans Vénus Erotica, lui aussi recueil de textes érotiques d’Anaïs Nin. L’on y suit les hésitations paralysantes d’un homme fasciné par une femme libre. De fil en aiguille, l’auteure dresse le portrait d’hommes d’après leur vie sexuelle. Dans «La vie à Provincetown», seconde nouvelle du recueil, elle raconte une ville à travers la vie sexuelle de certains de ses habitants. Le point de vue est insolent ce qui n’est pas déplaisant. Lire la suite