Le livre de Joan, de Paul Thurin

Dans ce premier roman, l’auteur s’inspire d’un fait historique pour nous raconter l’histoire de Joan. Cette jeune noble, confiée à une abbaye dès sa plus tendre enfance, décide de s’en échapper en simulant sa mort avec l’aide de ses amies religieuses.
Ce roman m’a transportée dans l’Angleterre du XIVᵉ siècle, au cœur d’une atmosphère médiévale profondément marquée par la religion. L’immersion est réussie et l’on se laisse facilement entraîner dans cette époque fascinante.

Joan de Leeds est une jeune femme différente, dotée d’une grande sensibilité et d’une intelligence remarquable. Elle se distingue par sa singularité, sa manière de percevoir la vie et de questionner le monde qui l’entoure. En profond décalage avec l’austérité de l’Église et le carcan des règles et devoirs imposés aux religieuses, elle aspire à une existence plus libre.
Animée par un désir ardent de découvrir le monde, la fuite devient pour elle l’unique échappatoire. Mais c’est sans compter sur la détermination implacable et la noirceur de l’abbesse, prête à tout pour la retrouver et l’enfermer à jamais.

Ce roman est avant tout un récit d’émancipation, celui d’une jeune femme en quête de son identité, qui met son intelligence et sa détermination au service de sa liberté. Avide de découvertes, de savoir et d’amour, Joan refuse de se laisser enfermer dans le destin qui lui a été imposé. C’est un récit profondément féministe, porté par une héroïne audacieuse pour qui rien ne saurait entraver la soif de vivre, d’apprendre et d’aimer.

Pauline, juillet 2026

Le livre de Joan, Paul Thurin, Le livre de Poche, 2026

Reste d’Adeline Dieudonné

Reste, ne me quitte pas, j’ai tant besoin de toi.

Dans ce roman, Adeline Dieudonné met en lumière la perte, le deuil d’un être cher quand on occupe une place illégitime socialement, celle de la maîtresse.

M., l’homme qu’elle aime depuis plus de dix ans, meurt brutalement au cours d’un week-end qu’ils partageaient en amoureux. Son décès la plonge dans une souffrance d’autant plus difficile à vivre que son lien avec lui ne peut être pleinement reconnu.

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Soirée littéraire autour de l’œuvre d’Emmanuel Carrère

« Pourquoi devant tant de noirceur, quand on termine un livre d’Emmanuel Carrère, est-on aussi heureux ? enrichi ? exalté ? » ainsi s’exprime une commentatrice de son œuvre.

En effet lire un livre de Carrère, c’est se confronter à ce paradoxe dont on ne finit pas d’examiner les termes. Heureux, parce qu’on a le sentiment d’avoir progressé dans l’examen de son propre soi ? Enrichi, parce que Emmanuel Carrère nous fait profiter, mine de rien, de son érudition ? Exalté, parce que son écriture nous fait jubiler par son auto-dérision, son ironie et aussi son fort pouvoir d’identification ? « Cet homme, c’est moi ».

A partir de la présentation de certaines de ses œuvres : La Moustache, l’Adversaire, D’autres vies que la mienne, Limonov, Le Royaume, V13, et de la lecture d’extraits, nous tenterons de montrer l’originalité de son écriture dans la saisie du réel.

Les Liseuses de Bordeaux vous proposent une soirée autour de l’œuvre d’Emmanuel Carrère et vous invitent à échanger avec elles lors d’un apéro littéraire. Un moment convivial et gourmand dans les salons de l’hôtel Marty.

Rendez vous le jeudi 11 juin de 19h à 21h30

Marty hôtel Bordeaux, 153 rue Georges Bonnac à Bordeaux 

Gratuit sur réservation. N’attendez pas pour réserver votre place : cliquez ici

Les Liseuses de Bordeaux, juin 2026

La moustache, d’Emmanuel Carrère

Tout démarre bêtement, simplement. Bête et simple comme l’est le quotidien. Dans ce quotidien, un homme que l’on devine plutôt aisé, ayant réussi, avec une belle carrière, une femme, des amis, décide de céder à l’envie d’un petit changement, presque un caprice : raser la moustache qu’il porte pratiquement depuis toujours. Nous partageons ses premières impressions, ses interrogations aussi sur ce qui constitue l’identité de quelqu’un. Jusqu’à quel point sa moustache fait-elle partie de son identité depuis le temps qu’il la porte ? Que va-t-on penser de lui sans, trouvera-t-on ça amusant, inesthétique, ridicule, plaira-t-il encore à sa femme ?
Mais très vite, ces interrogations n’ont plus cours car personne ne remarque qu’il s’est rasé la moustache, à commencer par sa femme. A partir de là, le personnage principal est désorienté : ne lui fait-elle pas remarquer ce qu’elle a vu parce qu’elle désapprouve ou parce qu’elle veut le faire marcher en faisant semblant de ne pas avoir vu ? Ou bien ne s’en est-elle pas rendue compte ? Dès ce moment et jusqu’au bout du roman – et là est la prouesse de Carrère -, le lecteur ne cessera plus d’être au plus près des pensées du personnage, au plus près de tous les scenarii qu’il ébauche pour essayer de s’expliquer l’inexplicable. Car il n’y a pas que sa femme qui ne l’a pas remarqué, il y a aussi leurs amis, ses collègues, le patron du bar-tabac… Se peut-il qu’ils se soient tous ligués pour faire semblant, se peut-il qu’il s’agisse d’une mauvaise blague, mais si tel est le cas, dans quel but ? Là encore, un nouveau palier est vite franchi dès lors qu’il comprend que sa femme puis tous les autres ne le voient pas comme quelqu’un qui a un jour porté la moustache…
Sans déflorer le suspense que parvient à distiller magistralement le romancier, on peut dire que son génie tient au fait qu’il sait faire monter crescendo la gêne puis l’angoisse pour les faire aboutir au questionnement ultime : est-il fou ou bien est-ce elle ? Et si c’est elle, pourquoi les autres lui donnent-ils raison ? Car au cœur de l’intrigue, il y a cette issue qui ne peut qu’être sombre, l’un ou l’autre est fou, l’un ou l’autre n’est plus tout à fait dans la réalité jusque-là une et partagée, la vie d’avant du couple est quoi qu’il en soit rompue…

Tu sais, tout à l’heure, dans la voiture.

Oui ?

C’était drôle, mais j’ai eu l’impression que si tu continuais… j’allais avoir peur


La tension se tisse alors pour le personnage principal entre lui et lui-même et entre sa femme et lui. Si elle ment, c’est qu’elle ne l’aime pas. Si elle est folle, il faut qu’il lui vienne en aide mais si c’est lui… On ne cessera jusqu’au bout du roman d’accompagner ce héros, qui incarne à lui seul le questionnement sur l’existence ou non d’une « réalité », au travers de ses raisonnements qui visent tour à tour à sauver la possibilité de l’amour, la possibilité du réel, la possibilité d’encore s’appartenir et de ne pas totalement se perdre.

La narration de ce roman est prodigieuse car elle ne nous fait pas quitter une seule minute les pensées du héros qui, de découverte en découverte, va essayer de recomposer sa vie et d’en stabiliser une image comme on lutte pour protéger un château de sable de la marée. Un roman qui ouvre, telle une fissure qui s’agrandit inexorablement, sur des questions existentielles cruciales amenées avec la maestria des meilleurs romanciers de l’absurde.

France, mai 2026

La moustache, Emmanuel Carrère, Editions P.O.L. 1986, Folio 2005