Olivier, trentenaire aux semelles de vent, toujours sur la route, se trouve brutalement arrêté en Iran alors qu’il se rend à Lahore en Inde. Joseph dans la nuit est le récit des 72 jours qu’il a passé dans l’antichambre de la prison, 72 jours d’incertitude, de vie partagée avec d’autres prisonniers, de cheminement vers une liberté intérieure.
Embarqué de force sans savoir pourquoi, coupé du monde – il ne peut contacter ni l’ambassade ni sa famille – Olivier est en réalité un otage du gouvernement iranien qui veut faire pression sur les gouvernements occidentaux. En effet, nous sommes en 2022 au cœur des manifestations du mouvement Femme Vie Liberté. Des milliers d’Iraniens et d’Iraniennes sont incarcérés, qui comme lui ne savent pas précisément ce qui leur est reproché, un Tweet, une participation aux manifestations ou une vie pas comme les autres, l’arbitraire étant le mantra du régime qui rafle sans compter pour semer la terreur.
D’abord factuel, le récit d’Olivier Grondeau gagne en profondeur au fil des pages, lorsque l’on parcourt avec lui les méandres de ses pensées, que l’on approche la vérité de ses émotions, que l’on découvre ses stratégies de survie, petites combines dérisoires – et si vitales – et que l’on fait connaissance avec ses compagnons de cellules à travers des bribes d’histoires qu’il réussit à reconstituer malgré la barrière de la langue.
Comment trouver la force de traverser cette épreuve, dont il ne connaît ni le sens ni la durée ? D’abord paralysé par la peur – pour lui-même et son amie Ana capturée le même jour et dont il n’a pas de nouvelles – Olivier dessine peu à peu le chemin de l’espoir.
Retrouver un espace de liberté dans une cellule de 12 m², partagée avec d’autres hommes, éclairée de jour comme de nuit. L’espace sera intériorisé. Le temps également, et tous deux deviendront malléables. Comment ? Se souvenir d’un poème dont on écrit les mots un par un, jour après jour, voilà qui redonne du pouvoir sur le temps. Réaliser un micro labyrinthe avec des chutes d’emballage, voilà qui permet de reprendre la route mentalement, de choisir ses bifurcations, de continuer à avancer. De créer.
Ce récit fait écho pour moi avec Le joueur d’échecs de Stefan Zweig, découvert à travers la sublime BD de David Sala, c’est le même thème de l’enfermement auquel on peut échapper par l’esprit. Un écho également avec les récits de prisonniers des camps sauvés d’un moment de désespoir par un poème dit par un ami ou une musique jouée dans sa tête. L’art comme ressource, car même empêché de créer, on peut jouer avec sa mémoire.
Faire vivre la liberté en soi… oui mais Olivier Grondeau nous fait aussi toucher du doigt qu’il n’y a pas loin de l’extase mystique qu’il atteint parfois, à la folie.
Joseph dans la nuit, malgré son titre aux sombres accents, baigne dans la lumière. On y avance avec une pointe au cœur, bien sûr, mais avec le même espoir que son auteur, décidé à ne pas laisser s’échapper sa compagne de toujours, la liberté. On voit aussi dans ce récit la force de la chaleur humaine transmise par un mot de soutien, une petite trouvaille, un regard d’encouragement, un fou rire qui peut rebondir de cellule en cellule et emplir tout un quartier.
Joseph dans la nuit est le témoignage d’un Français pris dans la tourmente d’une révolution à laquelle il n’a pas participé.
La réalité de ce moment important pour les Iraniennes et les Iraniens nous arrive seulement par bribes. Mais au cœur du récit d’Olivier Grondeau, se trouve un même désir : lutter pied à pied contre le désespoir et recouvrer sa liberté.
Isabelle, juillet 2026
Joseph dans la nuit, Olivier Grondeau, L’iconoclaste, sortie le 20 août 2026



