Rentrée littéraire : Debout dans tes rêves, de Abdellah Taïa

Dans ce roman de la rentrée, Abdellah Taïa met en scène Majid, babysitter d’un jeune garçon appartenant à une famille bourgeoise, à Paris. Se noue entre eux et avec la mère de l’enfant une relation de confiance et d’affection qui sera comme un havre de paix dans la vie mouvementée de Majid. Car celui-ci, jeune boursier marocain, engagé dans l’écriture d’une thèse sur Fragonard (son professeur lui trouvant d’ailleurs peu de crédibilité dans ce choix) vit dans la crainte répétée d’une OQTF s’il n’obtient pas de l’administration française un titre de séjour renouvelable tous les trois mois.

On pourrait se dire qu’un lâcher prise est impossible vu ses conditions d’existence matérielle et morale et pourtant cette expérience de 7 ans auprès de Gabriel est celle de la douceur, de la possibilité offerte d’être absolument soi dans cette relation confiante avec l’enfant.
Le début du roman s’ouvre sur une scène de rue nauséabonde où Majid, parce qu’il est arabe, est immédiatement suspecté de vouloir abuser d’un petit garçon en larmes, qui n’est autre que Gabriel, son jeune protégé auprès de qui il est assis et qu’il veut consoler. Il faudra l’intervention par téléphone de la mère de Gabriel pour renvoyer les passants suspicieux à leurs préjugés. Car Majid n’est pas qu’un homme arabe, il est aussi homosexuel et il est précaire.

Dans un va et vient entre Paris et le Maroc, le récit permet de saisir la difficulté d’échapper au regard et au jugement de l’autre. Entre les amants en France, la famille au Maroc et notamment la mère, personnage d’une grande dureté et pourtant magnifique, Majid impressionne par sa liberté qui fait de lui un lutteur sans violence et incroyablement sensible.
L’écriture précise d’Abdellah Taïa met en forme des souvenirs à travers un récit plutôt factuel mais suffisamment poreux pour diffuser l’émotion. Quant à sa lucidité et à son humour, ils sont les moyens les plus puissants pour nous inviter à le rejoindre dans son humanité.

Véronique, septembre 2026

Debout dans tes rêves, Abdellah Taia, Julliard, août 2026

L’invention d’Eva, de Alessandro Barbaglia

C’est l’histoire de l’improbable découverte de l’improbable vie d’Hedy Lamarr (Hedwig Eva Maria Kiesler), un nom qui résonne encore pour certains, plus du tout pour d’autres. Née en 1914, elle est décédée en 2000 et l’époque de sa gloire ne s’est pas étendue au-delà des années 60. C’est l’histoire donc de celle dont il fut dit qu’elle était la plus belle femme du monde et qui s’est avérée être une inventeuse géniale dotée d’une intelligence également hors normes. Mais de ça, l’Histoire ne retiendra pratiquement rien tant cette histoire-là ne cadre pas avec l’idée que l’époque voulait se faire d’une femme à la beauté sulfureuse et d’une femme, tout court.

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Rentrée littéraire : Ce que nous sommes, de Nora Bossong

Parmi les nouveautés de la rentrée littéraire 2026 dans le domaine étranger, on trouve un roman de l’écrivaine allemande Nora Bossong, traduit par Rose Labourie et intitulé : Ce que nous sommes. Son sous-titre : Une vie sous le troisième Reich.
Une question m’a immédiatement traversé l’esprit : pourquoi parler encore du troisième Reich ? en faire le décor historique d’un énième roman ? Après lecture, il me semble que l’autrice et essayiste allemande de 44 ans a su me répondre…

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Rentrée littéraire : Heures sauvages, de Marie Petitcuénot

Ce court roman ne vous prendra pas beaucoup de temps à lire, mais il restera dans votre esprit, soyez-en sûrs. Il vous questionnera sur votre rapport à l’art et sur la perception que l’on en a. Mais surtout, il vous entraînera dans un huis clos obsédant, au cœur de la nature humaine et de ses profondeurs.
Inspiré par la célèbre performance de l’artiste Marina Abramović, réalisée à Naples en 1974 et restée gravée dans la mémoire du monde artistique, Heures sauvages est une œuvre percutante, à vif et incendiaire, dans laquelle Marie Petitcuénot nous plonge avec une intensité saisissante.

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