Regards croisés autour du féminicide : retour sur une conférence du festival Quai du Polar à Lyon

Ivan Jablonka n’est pas un auteur de roman policier, mais un historien. Sa venue sur Quai du polar est en lien avec la sortie de son livre en août 2025 au Seuil : La culture du féminicide.
Nous voici à l’écouter, au Musée & théâtres romains de Lyon (ce qui en impose quand même) pour échanger avec l’épigraphiste (étude de la science des inscriptions) Élise Pampanay. Tous deux vont interroger les mécanismes, les représentations et la mémoire des violences conjugales de l’Antiquité à aujourd’hui. Des révélations aussi captivantes qu’un bon polar.

Prenons la machine à remonter le temps, pour débarquer au 3e siècle après Jésus-Christ. Nous sommes face à une stèle funéraire qui ne ressemble pas aux autres. Il y est écrit que la femme qui repose ici, a été assassinée par son mari. En général, les stèles antiques sont des éloges à la personne mais révèlent rarement la raison de la mort. Élise Pampanay rappelle que les femmes, à  l’époque romaine, n’ont pas le même statut que les hommes : cela peut varier selon les régions mais en général, elles sont considérées comme inférieures aux hommes. L’inscription sur cette stèle ne nomme pas le mari, façon d’abolir symboliquement son existence. Le texte insiste sur les vertus de la femme assassinée, Julia Maiana (loyale et fidèle) et sur la cruauté du mari. Est-ce reconnaître les violences faites aux femmes ?

C’est un crime d’anéantissement, et il est bien rare qu’on rende hommage aux victimes. Ivan Jablonka rappelle ce qu’est un féminicide : c’est le meurtre d’une femme en tant que femme. Ce mot est entré dans le langage courant seulement depuis une vingtaine d’années. Le crime d’appropriation vient étouffer la volonté de liberté des femmes.
Ce besoin sociétal de faire disparaître les femmes existe depuis l’Antiquité. À la lecture des écrits, presque exclusivement des témoignages masculins, on se rend compte qu’il y a une culture du féminicide. Pour exemple, Iphigénie s’est suicidée (suicide forcé) pour permettre une unité masculine. Ivan Jablonka rappelle également ce que sont les métamorphoses d’Ovide : rien d’autre que des histoires d’hommes qui poursuivent de leurs assiduités des femmes. Lors du viol, elles perdent leur forme humaine pour se transformer. Le corps de la femme peut également être mutilé, féminicide symbolique (Syrinx et la flûte de Pan).
Après avoir donné de nombreux exemples d’œuvres, autant dans l’Antiquité que dans le monde contemporain, le constat est clair : il est impossible de canceller toutes les œuvres féminicides sinon il ne resterait plus rien.
Ivan Jablonka propose d’inventer une contre-culture : parler des meurtres de femmes mais d’une autre façon. En parler pour faire hommage, par acte de militantisme et d’empathie. Ses écrits vont dans ce sens, que ce soit avec Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis 2016, ou avec La culture du Féminicide où il rappelle que les représentations narratives et visuelles composent cette culture.

Babeth, avril 2026

Les orphelins. Une histoire de Billy the Kid, de Eric Vuillard

Connaissez-vous Eric Vuillard ?

Eric Vuillard est un écrivain qui revisite certains moments charnières de l’Histoire : il a écrit en 2017 L’ordre du jour qui reprend l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne nazie et qui lui a valu le Goncourt, il traite de la colonisation du Congo pour le compte personnel du roi des Belges dans Congo, la révolution française dans 14 Juillet, le massacre des Amérindiens dans Tristesse de la terre… Tout cela ramassé dans de petits volumes, publiés chez Actes Sud.

Il n’est ni un historien, ni un romancier, tout en étant les deux en même temps… il déconstruit le récit historique traditionnel, un récit toujours fait et imposé par ceux qui sont restés en place, et recrée une réalité nouvelle, distincte du fait historique, par le biais de la littérature.

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La voie, de Gabriel Tallent

Comme toutes celles et ceux qui avaient lu My Absolute Darling, j’avais hâte de découvrir le nouveau roman de Gabriel Tallent. J’avais reçu le premier comme un uppercut et j’en redemandais. J’étais incapable de le lâcher car très bien construit même si l’expérience de lecture était éprouvante. Son nouveau roman ne m’a pas fait le même effet… au début. C’est un roman qui prend son temps pour installer le contexte de l’histoire, une étape nécessaire pour donner toute l’ampleur aux propos développés dans le dernier tiers du roman.

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