Les âmes errantes, de Cécile Pin

Cécile Pin, pour son premier roman, livre un récit profondément émouvant et d’une grande justesse, centré sur le destin d’une famille en exil. L’histoire suit une adolescente de 16 ans, Anh, et ses deux jeunes frères, contraints de fuir leur Vietnam natal dans l’espoir de rejoindre les États-Unis. Mais la traversée, loin de se dérouler comme prévu, devient une épreuve longue et éprouvante. D’obstacle en obstacle, ils transitent pendant deux années à travers différents camps avant de trouver refuge dans un pays prêt à les accueillir : l’Angleterre.

Au-delà du récit d’exil, le roman explore une tragédie plus intime encore : Anh et ses frères apprennent la disparition du reste de leur famille, qui n’a jamais survécu à la traversée. Ce deuil irrigue toute l’œuvre.

La narration, subtilement construite, alterne entre plusieurs voix. Celle de Dao, le petit frère disparu en mer, qui apparaît comme une présence fantomatique veillant sur les siens ; celle de Jane, descendante de la famille, animée par le besoin de reconstituer son histoire et, à travers elle, celle des Vietnamiens dans le contexte géopolitique des années 1970.

À travers ce roman, Cécile Pin donne à voir un pan méconnu de l’histoire de la diaspora vietnamienne. Elle aborde avec finesse des thèmes puissants tel que le deuil migratoire, la xénophobie, l’héritage culturel asiatique, tout en soulignant l’injonction à la réussite sociale dans un pays qui voit de travers les étrangers.

Un texte à la fois poignant et éclairant qui laisse son empreinte sur le lecteur.

Pauline, mai 2026

Les âmes errantes, Cécile Pin, Le livre de Poche, 2025

Mexico Médée, de Dahlia de la Cerda

Dahlia de la Cerda revient avec une nouvelle œuvre, Mexico Médée, après le très remarqué Chiennes de garde, publié en 2022. Ce recueil de nouvelles dénonçait déjà le narcotrafic ainsi que la condition des femmes dans un pays marqué par l’oppression et la violence.
Aujourd’hui, sa voix se fait plus brûlante encore pour le plus grand plaisir du lecteur. Elle façonne des récits où la douleur se mue en résistance. Militante et activiste engagée, elle donne corps aux existences invisibilisées de femmes, enfants et autres laissés pour compte, pris dans les mailles d’un Mexique gangrené par un pouvoir souterrain qui dicte ses lois.

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Regards croisés autour du féminicide : retour sur une conférence du festival Quai du Polar à Lyon

Ivan Jablonka n’est pas un auteur de roman policier, mais un historien. Sa venue sur Quai du polar est en lien avec la sortie de son livre en août 2025 au Seuil : La culture du féminicide.
Nous voici à l’écouter, au Musée & théâtres romains de Lyon (ce qui en impose quand même) pour échanger avec l’épigraphiste (étude de la science des inscriptions) Élise Pampanay. Tous deux vont interroger les mécanismes, les représentations et la mémoire des violences conjugales de l’Antiquité à aujourd’hui. Des révélations aussi captivantes qu’un bon polar.

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