La voie, de Gabriel Tallent

Comme toutes celles et ceux qui avaient lu My Absolute Darling, j’avais hâte de découvrir le nouveau roman de Gabriel Tallent. J’avais reçu le premier comme un uppercut et j’en redemandais. J’étais incapable de le lâcher car très bien construit même si l’expérience de lecture était éprouvante. Son nouveau roman ne m’a pas fait le même effet… au début. C’est un roman qui prend son temps pour installer le contexte de l’histoire, une étape nécessaire pour donner toute l’ampleur aux propos développés dans le dernier tiers du roman.

Deux adolescents, Dan et Tamma partagent la passion de l’escalade. De milieux sociaux différents, n’ayant pas les mêmes opportunités ni privilèges, tout devrait les séparer. Tamma vit dans un mobil home, entourée d’une famille maltraitante et dysfonctionnelle, alors que Dan a une mère écrivain (mais dépressive), des parents qui s’aiment et une maison agréable. Tout semble réussir à Dan. Pourtant c’est un jeune homme qui oscille entre surexcitation et désespoir. Il a une admiration sans borne pour son amie. Il la trouve enjouée, talentueuse et pleine d’espoir. Avec Tamma, il se sent en sécurité.

L’escalade en voie leur correspond totalement : basée sur l’encordement, les deux partenaires tiennent dans leurs mains la vie de l’autre. Dans le désert, ils trouvent un sens à leur vie. A la fin du lycée, il faudra faire un choix : continuer les études pour trouver un travail sérieux ou vivre de l’escalade.

Les mères vont jouer un rôle important dans ce roman. Gabriel Tallent s’intéresse à la parentalité et à l’éducation des enfants. Comment leur apprendre à être généreux et gentils mais prudents,

Et c’est quoi, cet enfer, cet endroit désespérant peuplé d’incapables voués à l’échec, et pourquoi y faire naître des enfants ?

A travers le personnage d’Alexandra, la mère de Dan, l’auteur s’interroge sur l’impact de la naissance d’un enfant pour un écrivain. Est-ce que devenir parent met fin à l’écriture, à l’inspiration ?

L’énorme succès de My Absolute Darling et la perte de repères que cela a provoqué dans la tête de Gabriel Tallent est en partie à l’origine de ce roman. Tout comme ses personnages, l’auteur a cherché sa voie. La terreur d’être un écrivain raté a donné naissance au personnage d’Alexandra.

Le mot « voie » à plusieurs significations et l’auteur en développe la symbolique tout au long du roman. La voie est un chemin défini en escalade mais c’est aussi une métaphore de la voie à suivre pour devenir des adultes. L’auteur nous dépeint une Amérique cruelle, qui préfère construire de grandes chaines de restaurants plutôt que des librairies indépendantes, aux services de santé désastreux pouvant détruire une famille. La gloire à la société de consommation et la mise en place d’une vaste hiérarchie mondialisée, est-ce ça la voie à suivre ? Le succès est-il un but à atteindre ? Gabriel Tallent participe à la déconstruction du mythe américain en montrant ses failles.

L’auteur a écrit un hymne à l’amitié mais c’est également un roman qui pose la question de la responsabilité de nos choix. Les personnes qui nous entourent, qui nous aiment, nous permettent d’avoir confiance en nous et d’assumer ces choix. Et peut-être même les gens qui cherchent à nous détruire ne font que renforcer l’envie de trouver sa place dans la société. Alors oui, ce roman est dur encore une fois, il nous entraîne dans la douleur, les doutes et la tristesse mais c’est aussi une ode à la vie.

Tamma avait voulu être grandiose, comme s’il était possible de découvrir sa grandeur d’être dans le tourbillon d’une compétition, comme si c’était l’unique réponse possible à son monstrueux sentiment de décalage. Et ce qu’elle redoutait le plus s’était produit. Tamma n’était pas grandiose. Elle ne le serait peut-être jamais. Mais ce qu’elle voulait vraiment, ce sentiment d’appartenance, elle l’avait déjà… Émerveillée, elle avait conscience d’avoir eu une épiphanie. Dan et elle, comme des abrutis finis, avaient désespérément cherché une sorte de permission, ils avaient essayé de répondre à cette question : est-ce qu’on y arrivera ? …Il n’y avait aucune réponse à cette question, à part dans le labeur terrifiant de nos innombrables tentatives, jour après jour.

Babeth, mars 2026

La voie, Gabriel Tallent, janvier 2026, Gallmeister

Apéro littéraire dans les salons de l’hôtel Marty

Après le succès de la lecture à deux voix en décembre 2025, Le Marty hôtel accueille de nouveau Les Liseuses de Bordeaux pour un apéro littéraire.

L’occasion pour Les Liseuses de Bordeaux d’ouvrir le cercle : un moment convivial et gourmand où adhérents, abonnés ou simples lecteurs seront les bienvenus pour cet échange.

En arrivant, le bar de l’hôtel vous proposera une carte variée de boissons et de grignotages. La première planche apéritive sera offerte par les Liseuses. 

Venez échanger avec nous sur quelques coups de cœur 2025 et une sélection de la rentrée littéraire hivernale. N’hésitez pas à prendre la parole pour nous présenter un coup de cœur récemment sorti.

Nous parlerons entre autres des Orphelins d’Éric Vuillard (Actes Sud), de La Voie de Gabriel Tallent (Gallmeister), A pied d’œuvre de Franck Courtès (Folio), Quatre jours sans ma mère de Ramsès Kéfi (Philippe Rey), Brûler grand de Juliette Oury (ed. de l’Observatoire), Hors-champ de Marie Hélène Lafon (Buchet Chastel), Explosives d’Hélène Coutard (Grasset) …

– Rendez-vous le vendredi 13 mars de 19h à 21h30

– Marty Hôtel Bordeaux, 153 rue Georges Bonnac à Bordeaux

– Gratuit et sur réservation. N’attendez plus pour réserver votre place : cliquez ici 

Les Liseuses de Bordeaux, mars 2026

Brûler grand, de Juliette Oury 

« Je n’y arrive plus. » Voilà ce que dit Émilie Bosquet, substitute du procureur, à Myriam, la thérapeute qui va l’accueillir dans son centre pendant une semaine. Un temps pour se poser et prendre soin de soi. Mais Émilie, son job, c’est de s’occuper des autres. C’est pour ça que son téléphone sonne jour et nuit. Pour être au service de la Justice. Au service. Comme un bon petit soldat. Mais aussi parce qu’être, constamment sollicité au travail, donne une sensation de puissance. Se sentir utile voire indispensable. C’est ce que vivent les pensionnaires du centre de soin qui partagent avec elle les symptômes d’un épuisement professionnel, et toutes sont dans le besoin de bien faire.

Lire la suite »