Cela fait longtemps que je gardais à distance Vivre vite de Brigitte Giraud. Pour cause, la mort de mon père qui m’a fait éviter depuis quelques années tout livre parlant du deuil. Mais j’ai fini par le sortir de ma PAL, prête à le reposer à la moindre palpitation. J’ai un attachement particulier pour cette autrice car nous avions eu la chance, grâce aux organisateurs des Escales du livre de Bordeaux, de pouvoir l’interviewer en 2014, l’une de nos toutes premières interviews, et elle avait été d’une gentillesse dont je me souviens encore.
Brigitte Giraud mérite grandement son Goncourt reçu en 2022 pour Vivre vite. Pour parler de l’accident de moto qui a causé la mort de son époux en 1999, elle a donné à ce récit un rythme, une tension qui rappelle l’état dans lequel nous pouvons être sur la route.
De façon répétée, chaque chapitre commence par SI.
« Si je n’avais pas rendu service à mon frère…
Si le feu n’était pas passé au rouge »
Elle revient sur les évènements qui ont précédé ce fameux 22 juin 1999. Les sensations et l’excitation à l’idée d’avoir trouvé la maison de leurs rêves. Les trajets en bus, à pied, en voiture pour aller soit à la gare, à l’école de leur fils ou au travail. Chaque moment est décrit à la vitesse du moyen de transport utilisé. On y est. N’est-ce pas cela qui rend un livre exceptionnel ? La sensation de vivre ce qui nous est raconté.
De façon introspective, Brigitte Giraud analyse avec honnêteté les relations qui se nouent et se dénouent dans la famille, entre frères et sœurs, qui se toisent, s’insultent en secret parfois, pour au final fermer les yeux sur les entêtements.
Vivre vite est aussi un témoignage sur les changements opérés dans les années 90. La place des pères au sein du foyer appelés les « nouveaux pères »
« …Moins virils, moins distants, moins absents. Des êtres moins coincés entre leur travail et leurs soirées devant la télévision, selon le cliché qui représentait le Français moyen des générations précédentes, ces paternels silencieux fumant des Gauloises dans la voiture, mettant les pieds sous la table, donnant leur linge à repasser à leur femme. Et n’avaient qu’un intérêt modéré pour leur progéniture.«
Et puis arrive ce qu’elle imagine. Ce que son conjoint a pu faire cette fameuse journée alors qu’elle était à Paris pour préparer la sortie de son second roman. Plus on approche de ce moment fatal et plus le rythme ralentit. Avec quelques accélérations bien sûr. Nous sommes quand même sur une Honda 900 CBR. Mais ce qu’elle suppose des derniers instants avant l’accident, est comme un moment suspendu. Il n’y a rien de glauque. C’est lui rendre hommage et lui donner vie à travers ce récit.
Brigitte Giraud nous parle de rencontres, d’amitiés, de coïncidences, de la vie dans sa fluidité, où les choses fonctionnent ou pas.
En parlant de la mort d’un être cher, l’autrice nous offre un hymne à la vie, qu’il faut accepter telle qu’elle est, savourer chaque instant et se rendre compte qu’un grand malheur s’accompagne de petits bonheurs qu’il faut savoir reconnaître.
Babeth, juillet 2026
Vivre vite, Brigitte Giraud, Flammarion, 2022 et J’ai lu, 2024
Nos articles sur B. Giraud sont à retrouver ici : Nous serons des héros, de Brigitte Giraud – Entretien avec Brigitte Giraud