Malamute

Nous sommes en France dans une station de ski. A l’approche de l’hiver, les saisonniers arrivent. Parmi eux Basile, qui loue habituellement un studio en ville. Il ne vient pas seul : son petit fantôme l’accompagne. Cette année, il va passer l’hiver chez Germain un parent éloigné taciturne.

Veuf, Germain vit avec ses souvenirs qui sont de plus en plus présents. Il se souvient notamment de ses voisins, surnommés « les ruskoffs, » qui sont venus s’installer dans les années 70 avec leurs énormes malamutes. Offrir des ballades à traineaux de chiens aux touristes, c’est pour Dragan la concrétisation d’un rêve de gamin. Sa femme, la belle Pavlina, partage cette passion par amour pour son mari.

Aujourd’hui, ces Slovaques sont morts et c’est leur fille Emmanuelle qui a hérité de leur maison à la Voljoux. Elle a grandi loin d’ici avec un père alcoolique et une mère froide comme la pierre. 

« Depuis son plus jeune âge, elle avait appris à ne rien attendre de ses parents. Une enfance passée à vivre entre deux zombies qui ne la voyaient pas ».

C’est en cet hiver 2015, où l’on attend inlassablement la neige, qu’Emmanuelle décide de venir vivre dans cette petite station de montagne. Elle veut découvrir les raisons du départ précipité de ses parents de la Voljoux.

Jean-Paul Didierlaurent nous offre un bel exemple de nature writing. La neige est un personnage à part entière. Elle va être à l’origine de drames et apportera le dénouement à cette histoire.

C’est avec plaisir que je retrouve cet auteur que nous avions  rencontré au salon lire en poche en 2015.

Babeth, 12 mai 2021

Les collectionneurs d’images de Jóanes Nielsen

Lorsqu’un éditeur féroïen publia en 2005 Les collectionneurs d’images, le troisième roman de Jóanes Nielsen, le roman féroïen fêtait tout juste ses cent ans d’existence. D’abord possession norvégienne, puis danoise, les Îles Féroé sont parvenues à affirmer leur indépendance culturelle au début du 19ème siècle. La langue féroïenne s’est alors imposée à l’écrit dans les décennies qui suivirent, marquant la naissance de la littérature de ce territoire insulaire situé au milieu de l’Atlantique nord.

C’était un matin froid au ciel dégagé. Sur les hauteurs, le sommet des montagnes rougeoyait et, à mesure que le soleil surgissait, la lumière coulissait prudemment sur le versant et les hauts rochers. Parfois, elle semblait hésiter un peu, s’accrochait à un banc de brume, puis reprenait de la vitesse et poursuivait vers le bas.

Poète et romancier né en 1953, plusieurs fois récompensé, Jóanes Nielsen fait figure de digne représentant de la littérature féroïenne. Son roman Les collectionneurs d’images, profondément ancré dans l’histoire de ces Îles, retrace sur quarante ans le destin de six jeunes hommes de Tórshavn, témoins d’une société en recherche d’identité et de repères. Commençant à une époque où ce territoire gagnait en autonomie par rapport à la tutelle danoise, il prend fin en 1996, lorsque la société se relève tout juste d’une grave crise économique.

Enchevêtrement kaléidoscopique de vies, de personnages, de récits secondaires, Les collectionneurs d’images nous offre de très belles pages sur l’enfance et l’adolescence, l’apprentissage de la vie, l’éveil à la sexualité, sur la masculinité, sur la réflexion politique.

Madame Vivian était une des plus belles femmes qui soient. Et les jeunes garçons étaient attentifs à ce genre de choses. Elle n’était pas seulement la mère de Staffan. Elle avait également un émetteur qui diffusait sur la fréquence femme, et les récepteurs nouvellement éveillés des garçons recevaient les ondes venant d’une mèche de cheveu retombée sur le front ou de talons qui claquaient sur le plancher quand elle marchait, faisant trembler légèrement ses mollets, son postérieur et sa poitrine.

Enfin, cerise sur le gâteau, l’éditeur a eu la très bonne idée de proposer une postface éclairante sur l’histoire de la société féroïenne, à travers sa littérature et sa langue. Une belle façon de prolonger l’aventure.

Marisa, 3 mai 2021

Poissons rouges et autres bêtes féroces

Le titre du recueil de nouvelles d’Ella Balaert publié aux éditions Des femmes – Antoinette Fouque, accroche, suscite des interrogations. Le livre, une fois que j’en ai commencé la lecture, n’a pas déçu un instant ma curiosité : je suis entrée dans un monde merveilleux dans lequel réel et surnaturel s’entrelacent subtilement.

Les dix-sept nouvelles sont toutes dotées d’un titre qui désigne un animal. C’est ainsi qu’on y rencontre des poissons rouges, une araignée, un faucon, un vieux matou, des chiens et même une amibe et bien d’autres représentants du règne animal dont la valeur symbolique révèle de manière féroce et parfois malicieuse le versant obscur de l’âme humaine, ses pulsions secrètes, les conflits impitoyables qui opposent les hommes aux femmes, les puissants aux faibles, les adultes aux enfants…

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Le jeu de la dame, de Walter Tevis

Il arrive parfois que la télévision et le cinéma contribuent à sortir de l’oubli une œuvre littéraire disparue des rayons des librairies. Répondant au succès de la série diffusée sur Netflix, les éditions Gallmeister ont publié à la mi-mars une nouvelle traduction du roman Le jeu de la dame, de Walter Tevis (1928-1984), qui a fait l’objet de cette adaptation. Une très bonne idée.

L’histoire. Kentucky, 1957. Après la mort de sa mère, Beth Harmon, neuf ans, est placée dans un orphelinat où l’on donne aux enfants de mystérieuses « vitamines » censées les apaiser. Elle y fait la connaissance d’un vieux gardien passionné d’échecs qui lui en apprend les règles. Beth commence alors à gagner, trop vite, trop facilement. Dans son lit, la nuit, la jeune fille rejoue les parties en regardant le plafond où les pièces se bousculent à un rythme effréné. Plus rien n’arrêtera l’enfant prodige pour conquérir le monde des échecs et devenir une championne. Mais, si Beth prédit sans faute les mouvements sur l’échiquier, son obsession et son addiction la feront trébucher plus d’une fois dans la vie réelle.

Les raisons du succès. Ce livre parle d’échecs, mais il n’est absolument pas indispensable de connaître les manoeuvres et les stratégies d’attaque de ce jeu pour y trouver un réel plaisir de lecture. La magie fonctionne, et Walter Tevis nous tient en haleine de la première à la dernière page. Nous en avons eu la preuve en échangeant avec d’autres lecteurs : chacun vous dira qu’il ne pouvait plus lâcher le livre tant la tension dramatique était intense. Dans le sillage de la jeune prodige Beth Harmon, nous vivons des parties d’échecs endiablées, comme si ce n’était pas les pions, mais notre vie qui était en jeu : cavalier en dame cinq, variante sicilienne, pion en roi quatre… Le mécanique implacable est en marche, le suspense à son comble, jusqu’au verdict : Walter Tevis nous met échec et mat.

Marisa, 12 avril 2021.

Chavirer de Lola Lafon

En 1984, Cléo, issue d’une famille modeste, a 13 ans. Après un passage humiliant dans un cours de danse classique privé, elle s’inscrit à la Maison des Jeunes et de la Culture de son quartier à Fontenay, pour y faire du modern Jazz. Une révélation pour Cléo qui va s’impliquer au maximum. Alors quand Cathy, jeune femme chic venant de Paris, vient lui proposer d’obtenir une bourse délivrée par la fondation Galatée, Cléo et sa famille vont y voir l’opportunité de réaliser ses rêves de danseuse. Mais il s’agit d’un piège, un piège sexuel qui va se refermer sur elle et dans lequel elle va embarquer d’autres collégiennes.

En 2019, un appel à témoin est passé à la fois par la police et par une émission de télévision afin de retrouver les victimes de cette fondation.

Chavirer, Lola Lafon, éditions Actes Sud

Cléo est alors mère de famille, ancienne danseuse dans les émissions de télévision du samedi soir. Rattrapée par son passé, elle est rongée par la culpabilité d’avoir entrainé avec elle d’autres collégiennes et occulte complètement le fait d’avoir été une victime.

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