Le corps de ma mère de Fawzia Zouari

Invitée cette année au festival Lettres du monde, Fawzia Zouari est une écrivaine et journaliste tunisienne. Florence a lu Le corps de ma mère, un roman paru l’an dernier aux éditions Joëlle Losfeld.


Dans Le corps de ma mère, Fawzia Zouari écrit sa mère avec sincérité et pudeur. Elle a attendu près de dix ans après sa mort pour oser ce récit intime, pour raconter la vie de cette femme bédouine tunisienne que la tradition locale a enfermée et soustraite très jeune aux regards des hommes. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de mieux la connaître de son vivant, mais les réponses aux questions de sa fille étaient sans appel :

« On peut tout raconter ma fille, la cuisine, la guerre, la politique, la fortune ; pas l’intimité d’une famille. C’est l’exposer deux fois au regard. Allah a recommandé de tendre un rideau sur tous les secrets, et le premier des secrets s’appelle la femme ».

Heureusement pour nous, Fawzia Zouari transgresse ces paroles pour nous livrer un récit éclairant les conditions de vie des femmes dans une société patriarcale. Et si le déclencheur de l’écriture de ce récit est la révolution du Jasmin de 2007 en Tunisie, ce n’est pas un hasard : il a fallu les promesses d’un changement dans la société pour que l’auteure se penche sur ce qu’était la société tunisienne « avant ».

Yamna n’a pas décidé de sa vie. Elle a été mariée jeune à un cousin, n’est presque pas allée à l’école, sortait peu de chez elle. C’est une femme autoritaire, rétive aux confidences et peu portée sur la tendresse, une femme qui élève ses nombreux enfants. Yamna n’est qu’une mère, comme la société le lui demande. Pour autant, à la fin de sa vie, elle s’éprend du gardien de son immeuble et prétend avoir la maladie d’Alzheimer pour s’autoriser à dire à tous ce qu’elle pense réellement d’eux ! Et c’est certainement ce qui fait de ce récit un récit inédit : en montrant sa mère dans toute sa vérité, Fawzia Zouari la désacralise, bien que cela soit considéré comme particulièrement impudique au Maghreb.

Et l’on sent que Fawzia Zouari n’est pas très à l’aise quand elle doit présenter son livre à ses sœurs : « Je ne leur ai pas dit tout le contenu du récit, je leur ai juste dit que j’avais pris leur revanche en racontant l’épisode où notre mère a brûlé leur cartable pour qu’elles n’aillent plus à l’école ». Elle est aussi allée se recueillir sur la tombe de sa mère pour lui demander pardon pour avoir osé écrire ce livre.

Fawzia Zouari n’écrit qu’en français. « Je n’ai jamais envisagé d’écrire ce livre en arabe. Je me suis demandée si l’arabe était ma langue maternelle. L’arabe est une langue masculine car elle pose la loi pour les femmes. C’est une langue paternelle. Une langue maternelle est une langue qui réussit à dire les mères sans les trahir

Le corps de ma mère fait le récit sincère d’une femme du siècle dernier. A lire de toute urgence.

Florence, 24 novembre 2017

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Pain amer de Marie-Odile Ascher

Pain amer retrace la vie de Marina. 
Petite-fille de Russes blancs ayant fui leur pays suite à la prise du pouvoir par les bolchéviques, elle naît en France. La vie d’émigrés n’est pas simple pour ses parents, mais son enfance est douce et aimante. Elle grandit sur la Côte d’Azur, tombe amoureuse de Marc et attend ses 21 ans pour l’épouser.
Ce destin tout tracé est remis en question lorsque sa famille décide de retourner dans son pays.

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Ne vous laissez pas intimider par Harlan Coben

Harlan Coben est le parrain de l’édition 2017 de Lire en Poche, du 6 au 8 octobre à Gradignan. Babeth a choisi d’évoquer son roman Intimidation qui sort en poche aujourd’hui (Pocket).
Adam apprend par un inconnu que sa femme Corinne lui a menti. Elle a utilisé un site internet pour lui faire croire qu’elle était enceinte (faux ventre, fausse écho) puis elle lui fait croire qu’elle a perdu le bébé.
Cet inconnu dit-il la vérité ? Lorsqu’Adam tente de faire parler sa femme, elle lui demande du temps pour répondre à ses questions, puis disparaît.
Plus troublant, le club de sport dont elle s’occupe l’accuse d’avoir détourné de l’argent. Corinne s’est-elle enfuie ? Pourquoi avoir simulé une grossesse ? Adam veut la retrouver et connaître la vérité.
Nous voici plongés dans le monde inquiétant d’internet et de ses manipulations. Ce roman palpitant nous interroge également sur le secret et le mensonge, thèmes récurrents chez Harlan Coben.
Toutes les infos sur sa venue à Lire en poche ici.

Olga et le colonel

olga-et-le-colonel-liseuses-de-bordeauxDans ce troisième roman de Marie-Françoise Raillard, Olga et le colonel, édité aux éditions La fontaine secrète, deux histoires s’imbriquent l’une dans l’autre, deux voix s’entremêlent : celle d’Olga, jeune Polonaise victime de la barbarie nazie, échouée pendant la guerre, on ne sait trop comment, dans la bourgeoise ville de Pau, celle de la narratrice, Marie-Claire Labastide, elle-même originaire de Pau, qui découvre après la mort d’Olga, en lisant les cahiers écrits par celle-ci dès le début de l’Occupation, un aspect  peu reluisant de l’histoire de la famille Labastide.

Deux époques se chevauchent donc, la période de la guerre et de l’après-guerre et la période actuelle. Par contre, il y a dans la majeure partie du roman une quasi unité de lieu puisque l’essentiel de la vie d’Olga, de son arrivée à Pau jusqu’à sa mort, se déroule dans  l’immeuble dont la famille paternelle de la narratrice est propriétaire, où celle-ci est née, a grandi et retourne de temps à autre pour rendre visite à ses parents. Lire la suite

Juste la lumière de Pascale Dewambrechies

Juste la lumière de Pascale Dewambrechies dresse le portrait d’une femme face à son destin. Croqueuse d’hommes, libre et indépendante : voici Eva avant qu’elle ne rencontre Dimitri. Lui est son « double masculin ». Metteur en scène, cultivé, libre : il est l’homme de sa vie. Elle l’aime passionnément au point d’être débordée par cette passion dont elle ne sait que faire et semble se ranger à ses côtés. Sa relation fusionnelle avec Dimitri est d’ailleurs sa faille : elle se laisse mener par cet homme narcissique et alcoolique qui la pousse au bout d’elle-même. Lire la suite