Ásta

Ásta est le dernier roman traduit en français du romancier Asta, de Jón Kalman Stefánsson, figure majeure de la littérature islandaise. Profond et envoûtant, il est soutenu par l’excellente traduction d’Eric Boury.

Sigvaldi tombe de l’échelle depuis laquelle il peint une façade. Alors qu’il est étendu sur le sol, une femme se porte à son secours. N’arrivant pas à lui parler, il ferme les yeux et est projeté des années en arrière quand il vivait une liaison passionnelle avec la belle Helga. Il ouvre les yeux et se retrouve allongé sur le sol froid, une femme, peut-être norvégienne, penchée sur lui. Fatigué, il referme les yeux et voit Ásta, sa fille. Lire la suite

Les soeurs de Blackwater

Les soeurs Blackwater de Alyson Hagy

Le contexte historique du récit pourrait se définir comme une dystopie survivaliste. Toutefois, dans mon imagination, l’histoire se situe après une guerre, celle de Sécession par exemple. La situation d’un pays après une telle rupture historique provoque forcément un contexte survivaliste dans lequel s’inscrivent les épidémies que la narratrice évoque.

Dans ce décor, elle brosse le portrait de deux sœurs, dont l’une était guérisseuse et morte au moment du récit. Son souvenir hante la seconde. Celle-ci a un don : elle sait lire et écrire. Ses contemporains l’envient car il n’y a plus grand monde sachant rédiger de belles lettres comme elle. De fait, elle met cette capacité à disposition de ceux qui en ont besoin : un homme lui demande une lettre résumant les étapes de sa vie. Il s’agit pour lui qu’elle aille demander pardon en son nom, dans un lieu prévu à cet effet. Après beaucoup d’hésitation, elle accepte et son périple se transforme en une quête initiatique où elle se découvre et se réconcilie avec elle-même.

C’est une très belle histoire de femme un peu sorcière, un peu chamane qui pense connaître son monde et elle-même. Cette femme n’a pas de nom et ne fait que survivre plutôt que vivre. Accepter de porter la parole d’une personne lui permet de se révéler elle-même et de trouver la force d’aimer. Un très beau texte !

Bérengère, 15 avril 2020

Le bal des folles

Le bal des folles de Victoria Mas

Qui sont réellement les aliénés ? Thérèse l’ancienne prostituée qui a voulu tuer son maquereau ? Louise, cette adolescente violée par son oncle, ou Eugénie qui croit que les morts lui parlent ? Peut-être que la plus folle, c’est cette infirmière qui se demande si Eugénie ne détient pas la vérité. Qui sont réellement ces femmes que l’on enferme à la Salpêtrière en cette fin du XIXème siècle ?

« Un dépotoir pour toutes celles nuisant à l’ordre public, un asile pour toutes celles dont la sensibilité ne répondait pas aux attentes. Une prison pour toutes celles coupables d’avoir une opinion. »

Nous sommes en mars 1885, et tout le monde attend avec impatience le bal déguisé de la Mi-Carême qui se déroule à l’hôpital. Les bourgeois parisiens y cherchent un sujet de divertissement. Les aliénées quant à elles, espèrent trouver un regard compatissant, une promesse de sortie ou un compliment. Celui qui mène la danse, c’est le professeur Charcot, célèbre pour ses séances publiques d’hypnose sur les malades. Le public, qui vient là comme à une pièce de boulevard, jubile à l’idée de le voir œuvrer sur ces hystériques.

Honnêtement, je vous le demande, qui sont réellement les aliénés ?

Ce bal n’est en fait qu’un prétexte. Victoria Mas met en exergue la condition des femmes à cette époque et imagine le contexte dans lequel a démarré le spiritisme. Un roman passionnant.

Babeth, 31 mars 2020

Le réveil des sorcières

Aujourd’hui, Bérengère partage son dernier coup de coeur pour Le réveil des sorcières de Stéphanie Janicot, paru en janvier dernier chez Albin Michel.

Que transmettons-nous à nos enfants ? Existe-t-il une transmission spécifique entre femmes ? Où est la frontière entre la vie et la mort ?
Stéphanie Janicot tente de répondre à ces questions dans son roman Le réveil des sorcières.

Le réveil des sorcières, de Stéphanie Janicot

Une jeune adolescente, Soann, perd sa mère dans un accident de voiture et se retrouve seule avec sa grande sœur. Elle appelle une amie de sa mère, la narratrice, et lui confie ses doutes. La jeune fille est persuadée que sa mère a été assassinée. Les deux protagonistes vont partir sur les traces de cette femme, Diane, guérisseuse. Elle était de celles qu’on appelait sorcières, il n’y a pas si longtemps, et qu’on brûlait vives.

L’auteur interroge ainsi le rôle d’une telle femme dans les campagnes bretonnes et le regard admiratif, mêlé de crainte, posé sur elles. J’ai aimé ce livre car Stéphanie Janicot cherche à comprendre ce besoin de magie qui peut nous animer pour comprendre ce qui ne peut pas toujours l’être, comme la mort. De plus, elle laisse la place au doute tout en restant pragmatique, ce qui rend l’histoire humaine et touchante.

Bérengère, 18 mars 2020

11h14 de Glendon Swarthout

11h14 de Glendon SwarthoutQuand un auteur de livres pour enfants, on ne peut plus new-yorkais, débarque à Harding, au Nouveau-Mexique, le décalage est… déconcertant, surprenant, truculent…

Jimmy est fou de Tyler, son ex-femme, et ne peut rien lui refuser. Quand elle lui demande d’enquêter sur la mort de son amoureux du moment, survenue dans sa ville natale, il y va, sans trop hésiter. En effet, le courage est loin d’être une de ses qualités premières.

Pour tout dire, Tyler avait déjà demandé à son amoureux d’enquêter sur les différents drames qui sont survenus dans sa famille, depuis le début du siècle. Ce dernier, revenant dans un cercueil, ne rassure en rien notre narrateur.

Celui-ci va devoir résoudre plusieurs mystères : pourquoi son successeur auprès de Tyler est mort ? Que s’est-il passé dans sa famille pour qu’elle y envoie les hommes de sa vie, les uns après les autres ? Quel est le lien entres ces mystères ? Compliqué ! C’est ce qui attise à la fois la curiosité et le plaisir de la lecture.

Enfin, on se délecte de l’écriture de l’auteur. Celui-ci commence son récit en respectant les codes du polar et y insuffle une bonne dose de western, décoiffant au passage quelques chapeaux de cow-boy ! Ou encore, il réunit des clichés comme celui de la femme fatale et celui de la bibliothécaire, totalement à l’opposé l’un de l’autre.

Après avoir lu de nombreux romans de Tom Robbins, je cherchais un autre écrivain habitué des récits fantasques et plein d’humour, j’ai trouvé Glendon Swarthout!

Bérengère, 16 mars 2020