Quand le requin dort, de Milena Agus

C’est un de ces courts romans dans lesquels tient tout un monde : dans la Sardaigne d’aujourd’hui, une jeune fille et sa famille un peu fêlée : tante et ses fiancés, frère, père et ses maîtresses, mère, grand-parents… Tous y sont à la recherche de l’amour ou de l’ailleurs, dans un mouvement qui nous prend, nous lecteurs, et nous entraîne, à la fois amusés et déconcertés, attendris et bouleversés.
Elle, notre héroïne, croit qu’aimer c’est accepter tout de Lui, l’homme marié aux désirs sadomasochistes. Ce qu’il lui offre, n’est-ce pas un peu de l’amour ? N’est-elle pas un vilain petit canard qui ne mérite guère plus ? Il est vrai qu’elle manque de modèle féminin à suivre, entre sa mère si fragile et sa tante, si belle, qui ne parvient pas « à garder un homme ».

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Les dents de lait, de Hélène Bukovski.

C’est un bien étrange récit que nous livre la jeune autrice allemande, Hélène Bukovski, dans son premier roman intitulé Les dents de lait et publié début 2021 chez Gallmeister. Le récit est relativement bref, le nombre des protagonistes limité et essentiellement féminin.
L’intrigue repose sur une grande simplicité et se déroule sur fond de dérèglement climatique. Une atmosphère envoûtante, une histoire prenante, imprégnée de poésie, une sorte de conte où cohabitent magie et réalisme : dans cette histoire, il tombe des mouettes mortes du ciel, les arbres fleurissent, mais ne donnent plus de fruits, les chats disparaissent…
Le récit peut s’inscrire dans la lignée des romans post-apocalyptiques – on pense par exemple à Dans la forêt de Jean Hegland (Gallmeister) ou encore Le mur Invisible de Marlen Haushofer (Actes-sud) ; mais la catastrophe passée ou à venir demeure floue, sans contours précis, les questions restent sans réponse. Une menace plane sur la région et cette menace pousse les habitants du coin à faire sauter le pont qui mène au monde extérieur.

«Et puis, il y a eu les animaux. Des oiseaux, parfois des cerfs et des sangliers. Ils étaient malades, ils s’égaraient et se retrouvaient ici. On savait qu’ils venaient de la mer, alors on a décidé de faire sauter le pont en béton. De couper le seul accès et de nous protéger définitivement de ce qui risquait d’arriver.»

Depuis, le climat s’est brusquement déréglé : après la brume et le froid , un soleil implacable, une chaleur insupportable se sont installés, faisant blanchir le pelage des animaux et fuir les oiseaux. La terre desséchée produit à grand peine les fruits dont, jadis, les hommes tiraient abondamment leur subsistance.

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Les promises, de Jean-Christophe Grangé

Berlin, 1939. Une série de meurtres viennent entacher l’image parfaite de l’Allemagne qui s’apprête à attaquer la Pologne. Des femmes tuées, saignées et vidées comme des animaux. Toutes sont des patientes du nonchalant psychanalyste Simon Kraus. Sa spécialité : l’analyse des rêves. Il enregistre ses séances, couche avec les plus belles patientes, et tant qu’à faire, les fait chanter. Les points communs des victimes : elles sont toutes des épouses de personnalités des hautes sphères nazies et elles font partie du même club mondain. Les femmes de l’Adlon font le même rêve : elles sont effrayées par un homme de marbre.

A la Gestapo, Franz Beewen est chargé de l’enquête. Il s’y connaît en meurtres mais lui est un professionnel, un assassin pragmatique et non un meurtrier cinglé. Franz est un nazi hanté par une jeunesse compliquée. Il vient d’une famille de paysans crevards. Son père a été gazé en 1917 pendant la Grande Guerre. Il en revient traumatisé et ivre de haine. En 1939, ce père devenu fou est interné à l’asile psychiatrique de Brangbo. La directrice s’appelle Minna von Hassel, une riche héritière, qui s’occupe de ses malades comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Cette femme alcoolique qui haït ouvertement les SS va accepter d’aider Franz dans son enquête. Le gestipiste va également intégrer dans son équipe ce nabot de Simon. Ce trio improbable va trouvé un coupable, puis un autre puis découvrir que les victimes ne sont pas des coquettes superficielles inoffensives.

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L’île des âmes, de Piergiorgio Pulixi

Depuis plusieurs décennies maintenant, des corps de jeunes filles sont retrouvés sur d’anciens sites sacrés. Ils ne sont jamais demandés et encore moins identifiés. Leur souvenir plane sur la ville de Cagliari, où se déroule l’intrigue du livre, et reste pour Moreno Barrali, une épine dans sa carrière de policier mais aussi dans sa vie. En effet, il est atteint d’un cancer qui ne lui laisse que très peu de temps à vivre. Toutefois, il choisit de ne plus recevoir de traitement médical, pour se consacrer entièrement à la résolution de ces meurtres qui le hantent encore et toujours. Un espoir apparaît quand deux inspectrices, Mara Rais et Eva Croce, sont mutées au tout nouveau département des “crimes non élucidés” de la police de la ville sarde. Puis, la découverte d’une nouvelle victime les place, tous les trois, au cœur d’une enquête semée autant d’embûches que de mauvais augures.

Dans ce contexte, deux histoires se font face : une intrigue policière de Mara Rais et Eva Croce secondées de Moreno Barrali, mais aussi l’histoire d’une famille de paysans, les Ladu. Ces derniers ont un mode de vie ancestral, et respectent des rites et des croyances archaïques. Ils vivent à l’intérieur de la Sardaigne, une région nommée par les Romains, la Barbagia, isolée pendant très longtemps des côtes car très difficile d’accès.

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