Nager vers la Norvège : entretien avec Jérôme Leroy

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Nager vers la Norvège (Editions la Table ronde, 2019)

Il y a beaucoup de nostalgie dans la poésie limpide et simple de Jérôme Leroy. L’auteur livre ses moments de grâce, ceux qui font le plaisir d’être au monde malgré tout, malgré le monde qui débloque, l’amour qui fait mal, malgré la mort qui approche (comme chacun sait mais lui davantage encore). Il pratique l’optimisme du désespéré ou le désespoir de l’amoureux de la vie. Comme si, assis dans l’obscurité d’une chambre aux fenêtres closes, il voyait la vie lui faire des clins d’œil dans l’embrasure de la porte et ne résistait pas à l’envie de lui sourire. C’est une cueillette de trésors fragiles : l’odeur du jasmin vers une heure de l’après-midi, Vivian Leva chantant Why Don’t You Introduce Me as Your Darlin’, les couvertures du « Carré noir » et ses filles nues, les gros livres de poche tout neufs, une copie d’école vieille de 36 ans retrouvée dans un carton…  Il y a aussi les amis bien sûr et l’amour peut-être… 

Une poésie qui vous montre ce qui est beau et vivant autour de vous. 

Avec la même générosité et la même simplicité qu’il met dans sa poésie, Jérôme Leroy a accepté de répondre aux questions d’Isabelle.

Vous évoquez souvent les années 70, à travers le souvenir d’objets, de livres, de chansons, d’émissions de radio. Ce sont les années de votre adolescence et de votre jeunesse, un temps dont vous semblez regretter la fraicheur et les promesses d’avenir. Les objets sont des tremplins pour la mémoire, comme si le passé n’est finissait pas de passer. La nostalgie semble être un des moteurs de votre écriture…

C’est tout à fait juste. Mais il faut savoir de quelle nostalgie on parle. Il ne s’agit pas de se complaire dans le passé. J’ai aussi des poèmes qui célèbrent le bonheur d’être au monde. Non, il s’agit plutôt d’une nostalgie active. La nostalgie, pour moi, c’est un mode de connaissance du monde, des choses, des autres et de soi-même. C’est une espèce de baromètre qui permet de mesurer le temps qui passe et de savoir comment il passe. La nostalgie, c’est une météo intime. 

En plus, il me semble effectivement qu’il y a un monde d’avant et un monde d’après, que les choses changent objectivement dans les années 80 pour des raisons historiques et politiques. Je suis né dans les années 60, j’ai été adolescent dans les années 70 et je regrette cette période pas simplement parce que j’étais jeune mais parce qu’il me semble objectivement, encore une fois, que les paysages étaient moins abîmés, que les rapports humains étaient moins violents, moins soumis à la compétition, que les gens pouvaient encore vivre dans les villes et non dans des zones périphériques sans âme, que les gens se parlaient sans avoir besoin des réseaux sociaux. Cette période me semble comme une Atlantide, c’est autant un lieu qu’une époque qui me manquent.

Vous écrivez des recueils de poésie mais aussi des romans noirs. Vous avez publié très récemment Lou après tout, tome 1 : le grand effondrement aux Editions Syros, une dystopie pour les ados et jeunes adultes. Roman noir et poésie sont deux pans de la littérature a priori éloignés. Quels rapports le poète en vous entretient-il avec l’écrivain de romans noirs ? Et vice versa ?

Effectivement, je crois que c’est un a priori. Poésie et roman noir sont beaucoup plus liés qu’on ne le pense en général. Un grand nombre d’auteurs de romans noirs sont aussi des poètes. Je pourrais vous citer, aux USA, Ron Rash, James Sallis, Richard Hugo ou, en France, des gens comme Léo Malet qui fréquentait les surréalistes ou plus récemment, Marc Villard. Sans compter Edgar Poe notre maître à tous qui a inventé le roman noir, le roman à énigmes, qui a renouvelé la littérature fantastique et qui est aussi connu pour son œuvre poétique! Je crois que dans les deux cas, poésie et roman noir, il y a une certaine école du regard. Le poète et l’auteur de roman noir font la même chose, il change d’angle de vue, il cherche à voir au-delà des apparences, ils sont dans une démarche du dévoilement…

Un de vos poèmes commence par ces mots « Vieillir c’est devenir aussi joyeux qu’un préfixe privatif ». Dans un autre vous listez 18 façons de cultiver l’insomnie (Il ne dort pas). Vous pratiquez beaucoup l’humour désespéré… Est-ce une manière privilégiée de conserver « le plaisir d’être au monde malgré tout » ?

Je ne pense pas non plus que la poésie ne puisse pas faire bon ménage avec l’humour ou l’autodérision. Je suis un grand amateur de cinéma italien précisément parce que c’est un cinéma qui sait faire se côtoyer l’émotion et le rire. Rien ne me semble plus gênant, dans une certaine poésie contemporaine, que cette manière froide de prendre la pose, d’intellectualiser systématiquement… Je préfère une poésie avec des gens dedans, des goûts, des saveurs, des couleurs. La poésie n’est pas là pour intimider, elle est là pour rencontrer l’autre, et à travers cette rencontre, établir une forme de communication avec un lecteur auquel on dit: « Tu vois, toi et moi, on se ressemble. »

Propos recueillis par Isabelle, août 2019

Tu retrouves, je découvre… Houellebecq

Conversation entre Yves Kafka et Isabelle à propos de Sérotonine.

Isabelle : Yves, tu es un fidèle lecteur de Michel Houellebecq. De roman en roman, pourquoi y reviens-tu ?

Yves : Pourquoi Houellebecq ? Parce qu’il agit sur moi comme une sorte de baume anesthésiant de toute volonté de souhaiter un monde idéal. Houellebecq a quelque chose de rassurant, en ce sens qu’il pratique un lâcher-prise total, par rapport au bien penser et au politiquement correct. Avec lui, c’est comme si on était déchargé de toute la noirceur de l’âme, de toutes les idées limites que l’on peut avoir à certains moments, parce qu’il ose absolument tout, et avec un bonheur qui est réjouissant. C’est ce que j’aime chez Houellebecq. Par ailleurs, je trouve que l’aspect désespéré de toutes les histoires qu’il nous raconte et de tous les personnages qu’il met en scène n’est absolument pas désespérant, au contraire, pour moi, il est vivifiant. J’aime ce qu’il raconte, j’aime cet homme. Lire la suite

Rencontre avec Camille Cornu


Dans Habiletés sociales, une très jeune femme prend des cours à l’hôpital pour apprendre à se comporter en société d’une façon adaptée. Elle a grandi dans un foyer pour enfants abandonnés qui menace de la mettre dehors. Sa vie s’entremêle à celle de Framboise, une jeune femme qui lui ressemble et à celle de l’Actrice avec qui elle entretient une relation amoureuse.

Un roman initiatique, qui joue avec le langage et invente un monde où l’on doit acquérir la « saveur vanille » si l’on veut sortir du statut de « Hors-saveur ». Un monde qui ressemble beaucoup au nôtre ?

Retour sur l’entretien mené par Babeth dans le cadre de l’Escale du livre, le 8 avril 2018.

Babeth : Comment est née l’héroïne de ce roman ?

Camille Cornu : Tout part du Manuel des habiletés sociales, qui existe vraiment et dont je voulais parler. Un manuel qui apprend à se comporter de façon adaptée avec les autres. Lire la suite

Des mots et du papier

Nous avons participé à un atelier de création de livre-objet avec Laurence Bucourt. Cette exploratrice des formes du livre nous a fait découvrir la calligraphie et le pliage de papier pour nous conduire vers la réalisation d’un livre-objet.

De simples carrés de Canson pliés et collés pour donner en résultat un petit objet d’art à déplier comme un cadeau surprise à chaque ouverture. Laurence nous avait demandé de venir avec des citations que nous avons déposées avec précaution sur le papier, des tampons encreurs sont venus parfaire la mise en forme du texte.

© Liseuses de Bordeaux

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© Liseuses de Bordeaux

Cet atelier était une initiative de Florence et Valérie de la bibliothèque de Mériadeck. De nombreux ateliers sont proposés tout au long de l’année en rapport avec le livre.

A venir : atelier OuLiPo (Ouvroir de littérature potentielle) avec Eduardo Berti et Frédéric Forte (21 mai), ateliers BD animés par les Requins Marteaux (21 et 22 avril) et atelier sérigraphie animé par l’Insoleuse, le 24 septembre. Ces ateliers sont ouverts à toute personne abonnée aux médiathèques de Bordeaux.

Depuis le 1er octobre 2015, les bibliothèques de Bordeaux sont gratuites pour tout le monde que vous soyez bordelais ou non. Voila une belle façon d’ouvrir la culture au plus grand nombre.

Merci à la bibliothèque Mériadeck pour cette belle initiative !

Isabelle et Babeth, 11/04/2016

C’est quoi au juste une journée d’Alfred ?

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©Alfred

Par une fin de journée ensoleillée, Isabelle et Babeth attendent bien sagement, en sirotant une limonade, un auteur de BD dont on entend de plus en plus parler à travers la planète mais surtout à Bordeaux. Alfred, bien connu pour son travail en jeunesse (Octave et le cachalot) a reçu le prix Fauve d’Angoulême en 2014 pour Come Prima. C’est lors de ses performances dessinées que nous l’avons découvert et apprécié. De là nous avons découvert son travail et aujourd’hui nous souhaitions rencontrer cet autodidacte qui a trouvé une forme de reconnaissance avec cet album, pour savoir comment il travaillait.

Alors voilà ….c’est quoi au juste ….une journée d’Alfred ? Lire la suite