La Quincaillerie : une nouvelle médiathèque à Langon

Le 1er septembre 2022, a été inaugurée la Quincaillerie à Langon. Drôle de nom, me direz-vous, pour une médiathèque. C’est qu’au 33 rue Malbec se trouvait un bâtiment datant de la Renaissance où fut installée en 1806 la Quincaillerie Biros. C’est suite à un appel à la population qu’il a été décidé de rendre honneur à ce lieu en conservant son ancienne activité pour nommer la nouvelle médiathèque de Langon. Extrêmement bien située dans la rue piétonne, elle participe avec les commerces alentour à dynamiser le centre-ville. Il n’y a pas moins de 11 espaces sur 3 niveaux.

Au sous-sol, un espace atelier pour créer avec de grandes tables et une balançoire au milieu d’un puit de lumière traversant les trois étages. Au rez-de-chaussée, l’accueil, des espaces dédiés à l’informatique (l’Etabli), un espace pour les jeux vidéos nommé Le labo (chaque espace porte un nom en rapport avec la quincaillerie), un espace détente et un espace animation pour accueillir des groupes.  Au 1er étage, une partie ludique pour les plus jeunes et l’espace acoustique qui donne envie de flâner. De l’autre côté, on trouve l’univers jeunesse, les BD, les premiers romans, les mangas et la partie adulte. 

Au 2e étage, il y a les bureaux du personnel où sont réalisées diverses tâches, comme par exemple la préparation des commandes, la réception des ouvrages (pour les 12 bibliothèques du réseau), le catalogage, l’équipement des documents (mettre les côtes et couvrir les livres). 

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Les liseurs de Daraya

 

C’est une photo qui est à l’origine de l’écriture des Passeurs de livres de Daraya. Une photo qui interroge Delphine Minoui, grand reporter spécialiste du Moyen-Orient. C’est une quête qui commence alors pour elle. Elle veut savoir, elle veut comprendre. Utilisant les réseaux de communication modernes, elle retrouve la trace des personnes photographiées, ces jeunes Syriens entourés de livres qui bouquinent alors qu’une pluie de bombes détruit tous les jours leur cité.
Dès 2011, Bachar-al-Assad fait croire aux Occidentaux qu’il est le seul rempart contre Daech et que Daraya est un nid de terroristes qu’il faut éliminer. Or, l’armée syrienne libre est apparue dans le seul but d’obtenir le respect des droits de l’homme. Ces jeunes gens d’une vingtaine d’année se sont révoltés contre les injustices dans leur pays. Leurs actions se veulent non-violentes et on les a fait passer pour des djihadistes pour cautionner ces bombardements. Alors pour survivre et s’éduquer, ils décident de construire une bibliothèque souterraine et clandestine, ouverte à tous. Ils récupèrent dans les logements détruits et abandonnés des ouvrages de toutes sortes, en prenant soin d’inscrire sur la première page le nom du propriétaire, espérant qu’un jour les livres leur reviendront.

« Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leur arme d’instruction massive ».

Ce sera un lieu d’échanges qui va les rapprocher. La plupart n’aimaient pas lire auparavant, mais ils découvrent avec cette bibliothèque secrète le pouvoir de la lecture.

« Les livres nous ont sauvés. C’est notre meilleur bouclier contre l’obscurantisme ».

A travers ce récit, Delphine Minoui nous fait partager le drame de ces habitants pris au piège d’une guerre qu’ils n’ont pas voulue. Par son empathie, elle vit avec eux et nous fait vivre le drame de leur situation. On pourrait presque les entendre se parler. On imagine les photos prises au risque de leur vie pour témoigner de la cruauté syrienne. Chaque nouvel épisode nous fait frémir d’inquiétude. Et malgré la terreur qui règne, je suis admirative de leur joie de vivre. Même lorsqu’en 2016 des centaines de bus viennent les évacuer presque morts de faim, l’un d’entre eux se sent grandi de cette tragédie. Cette bibliothèque les a aidés à tenir le coup.

« Si les livres ne peuvent soigner les plaies, ils ont le pouvoir d’apaiser les blessures de la tête. Le livre ne domine pas. Il donne. Il ne castre pas. Il épanouit. »

Ahmad, Abou-El-Ezz, Shadi, Omar Abou Anas, Hussam Ayash : en écrivant les noms de ces bibliothécaires d’un temps, je souhaite prendre le relais de Delphine Minoui pour continuer la chaîne de vérité contre la dictature.

Les passeurs de livres de Daraya. Une bibliothèque secrète en Syrie, de Delphine Minoui

Babeth, 15 septembre 2019

Soirée d’inauguration du marathon littéraire INSITU

J’ai eu la chance d’encadrer un groupe inscrit pour cette soirée atypique aux Archives de Bordeaux Métropole. Pour Lettres du monde, venir en ce lieu chargé d’histoire, pour ce cinquième anniversaire d’Insitu, est un symbole fort : c’est ici qu’a eu lieu la première édition. 
L’auteur Négar Djavadi avait carte blanche pour organiser cette soirée. Fruit d’un travail considérable, elle nous a proposé des lectures qu’elle avait choisi de faire dans des lieux insolites.

BALCON

Tout a commencé pour notre groupe sur le balcon qui relie les bureaux des archivistes. C’est depuis la salle de lecture que nous avons écouté Négar Djavadi nous lire un passage d’Une chambre à soi de Virginia Woolf, Mathieu Ehrhard La vie de Frederick Douglass, esclave américain, écrite par lui-même et Gaëlle Battut Les passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui. Puis Patricia, l’archiviste qui nous accompagnait, nous a dirigé vers les magasins d’archives du 4ème étage.

Là, nous attendaient Stéphanie Cassignard et Jérôme Thibault pour une lecture intimiste de Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafizi.

 

Le marathon a continué au 1er étage dans un couloir où la violoncelliste Julie Läderach et le comédien Alexandre Cardin ont réalisé un sublime duo sur le texte de Ray Bradbury Fahrenheit 451.

 

Pour finir en beauté, c’est devant la plaque originale de la Déclaration de 1789, pilonnée le 5 mai 1793 après la chute de la monarchie, que le poète slameur Souleymane Diamanka nous a ému par ses mots symbolisant parfaitement le thème de cette édition : la liberté.

 

La cerise sur le gâteau fut la rencontre entre Négar Djavadi et Delphine Minoui. Venue spécialement d’Istanbul suite à l’invitation de Négar et de Lettres du monde, cette grande reporter et auteure nous a bouleversé par son témoignage et son rayonnement. Cette rencontre était ponctuée d’extraits du documentaire que Delphine Minoui a co-réalisé avec Bruno Joucla, d’après son livre Les passeurs de livres de Daraya (Seuil, 2017).

CONFERENCE DELPHINE MINOUI

Il est plus de 22 h et j’ai perdu la notion du temps, tellement émue par l’histoire de cette bibliothèque secrète de Daraya. C’est sur le parvis des Archives que les discussions continuent entre comédiens et participants à cette chaude soirée.
Un grand merci au personnel des Archives pour leur implication dans cet évènement et rendez-vous ce week-end pour ce marathon littéraire, dans des lieux insolites et décalés à Bègles, Bordeaux et Cenon.
Bravo à l’équipe de Lettres du monde !

Babeth, 6 juin 2019

Pour aller plus loin :
Daraya, la bibliothèque sous les bombe : entretien avec le réalisateur

 

Les oiseaux morts de l’Amérique

Christian Garcin est l’invité d’honneur du festival Lettres d’automne qui aura lieu du 9 novembre au 2 décembre prochain à Montauban. L’occasion pour Marie-France de partager son coup de coeur avec Les oiseaux morts de l’Amérique.

Voici un ouvrage original et plein de sensibilité ! Ce roman « américain » de Christian Garcin a été édité cette année chez Actes Sud. Le roman se présente comme une sorte de chronique, la chronique de petites vies qui s’écoulent tranquillement, en marge de la société, sans mots inutiles ni actions spectaculaires.

Les trois protagonistes principaux sont des laissés-pour-compte de la société américaine, des SDF qui vivotent dans les tunnels de canalisation de Las Vegas, non loin du luxe outrancier des hôtels-casinos du Strip où ils font la manche pendant la journée. Tous les trois sont des vétérans des guerres inutiles et meurtrières des États-Unis : guerre du Vietnam pour le plus âgé, Hoyt, guerre d’Irak pour les deux autres. L’Etat a oublié un jour de leur verser leur pension et ils se sont retrouvés là, à jamais inadaptés aux contraintes de la société libérale, chacun trimbalant son lot de traumatismes et de solitude. Et pourtant, rien de dramatique dans leur existence, ils sont liés par une solidarité de bon voisinage, une  convivialité discrète préside à leur cohabitation.Lire la suite »