Soirée d’inauguration du marathon littéraire INSITU

J’ai eu la chance d’encadrer un groupe inscrit pour cette soirée atypique aux Archives de Bordeaux Métropole. Pour Lettres du monde, venir en ce lieu chargé d’histoire, pour ce cinquième anniversaire d’Insitu, est un symbole fort : c’est ici qu’a eu lieu la première édition. 
L’auteur Négar Djavadi avait carte blanche pour organiser cette soirée. Fruit d’un travail considérable, elle nous a proposé des lectures qu’elle avait choisi de faire dans des lieux insolites.

BALCON

Tout a commencé pour notre groupe sur le balcon qui relie les bureaux des archivistes. C’est depuis la salle de lecture que nous avons écouté Négar Djavadi nous lire un passage d’Une chambre à soi de Virginia Woolf, Mathieu Ehrhard La vie de Frederick Douglass, esclave américain, écrite par lui-même et Gaëlle Battut Les passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui. Puis Patricia, l’archiviste qui nous accompagnait, nous a dirigé vers les magasins d’archives du 4ème étage.

Là, nous attendaient Stéphanie Cassignard et Jérôme Thibault pour une lecture intimiste de Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafizi.

 

Le marathon a continué au 1er étage dans un couloir où la violoncelliste Julie Läderach et le comédien Alexandre Cardin ont réalisé un sublime duo sur le texte de Ray Bradbury Fahrenheit 451.

 

Pour finir en beauté, c’est devant la plaque originale de la Déclaration de 1789, pilonnée le 5 mai 1793 après la chute de la monarchie, que le poète slameur Souleymane Diamanka nous a ému par ses mots symbolisant parfaitement le thème de cette édition : la liberté.

 

La cerise sur le gâteau fut la rencontre entre Négar Djavadi et Delphine Minoui. Venue spécialement d’Istanbul suite à l’invitation de Négar et de Lettres du monde, cette grande reporter et auteure nous a bouleversé par son témoignage et son rayonnement. Cette rencontre était ponctuée d’extraits du documentaire que Delphine Minoui a co-réalisé avec Bruno Joucla, d’après son livre Les passeurs de livres de Daraya (Seuil, 2017).

CONFERENCE DELPHINE MINOUI

Il est plus de 22 h et j’ai perdu la notion du temps, tellement émue par l’histoire de cette bibliothèque secrète de Daraya. C’est sur le parvis des Archives que les discussions continuent entre comédiens et participants à cette chaude soirée.
Un grand merci au personnel des Archives pour leur implication dans cet évènement et rendez-vous ce week-end pour ce marathon littéraire, dans des lieux insolites et décalés à Bègles, Bordeaux et Cenon.
Bravo à l’équipe de Lettres du monde !

Babeth, 6 juin 2019

Pour aller plus loin :
Daraya, la bibliothèque sous les bombe : entretien avec le réalisateur

 

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Les oiseaux morts de l’Amérique

Christian Garcin est l’invité d’honneur du festival Lettres d’automne qui aura lieu du 9 novembre au 2 décembre prochain à Montauban. L’occasion pour Marie-France de partager son coup de coeur avec Les oiseaux morts de l’Amérique.

Voici un ouvrage original et plein de sensibilité ! Ce roman « américain » de Christian Garcin a été édité cette année chez Actes Sud. Le roman se présente comme une sorte de chronique, la chronique de petites vies qui s’écoulent tranquillement, en marge de la société, sans mots inutiles ni actions spectaculaires.

Les trois protagonistes principaux sont des laissés-pour-compte de la société américaine, des SDF qui vivotent dans les tunnels de canalisation de Las Vegas, non loin du luxe outrancier des hôtels-casinos du Strip où ils font la manche pendant la journée. Tous les trois sont des vétérans des guerres inutiles et meurtrières des États-Unis : guerre du Vietnam pour le plus âgé, Hoyt, guerre d’Irak pour les deux autres. L’Etat a oublié un jour de leur verser leur pension et ils se sont retrouvés là, à jamais inadaptés aux contraintes de la société libérale, chacun trimbalant son lot de traumatismes et de solitude. Et pourtant, rien de dramatique dans leur existence, ils sont liés par une solidarité de bon voisinage, une  convivialité discrète préside à leur cohabitation. Lire la suite

Inventaire d’inventions (inventées)

Inventaire d’inventions (inventées) est le dernier ouvrage d’Eduardo Berti. C’est un objet littéraire original et teinté d’absurde. C’est un livre fait de livres, une véritable bibliothèque d’inventions littéraires qui encourage le lecteur à l’exploration.

Inventaire d’inventions (inventées) prend comme point de départ une centaine d’inventions qui sont le pur produit de l’imagination d’écrivains et n’existent que dans la fiction : le pianocktail de Boris Vian, la Kallocaïne de l’écrivain et pacifiste suédoise Karin Boye, le superficine du Russe Sigismund Kryzanowski, le myopicide de Raymond Queneau … qu’Eduardo Berti retravaille pour les insérer dans des courts récits. Il y a donc des textes qui parlent de vrais livres et de vrais auteurs et d’autres qui parlent de faux livres et de faux auteurs. Certains textes sont réécrits, d’autres insérés tels quels… Eduardo Berti définit cet ouvrage comme « une anthologie active influencée par celles de Borgès et de Bioy Casares qui mélangeaient des choses réelles et inventées. »

« La vie est infiniment plus étrange que tout ce que l’esprit de l’homme puisse inventer »
Arthur Conan Doyle, Une affaire d’identité

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Ma nuit de la lecture

Le 20 janvier, bibliothèques et librairies ont ouvert leurs portes en soirée pour dévoiler de manière ludique et festive la richesse de leurs collections*. Certains lecteurs ont pu, comme à Limoges, dormir dans la médiathèque. D’autres lieux ont proposé des jeux et des lectures. C’est le cas de la médiathèque de Podensac où s’est rendue Babeth…
 
Il fait nuit, je déambule dans la bibliothèque sans but précis. Juste observer, capter les sons, regarder les autres lecteurs, curieux comme moi de cette belle aventure. Je leur souris. Déjà l’entrée donnait le ton : quelques bougies dans des pots montrant le chemin. Un guide chapeauté (et accompagné d’un drôle d’animal en peluche sur l’épaule) me donne, d’une voix douce, le choix entre deux espaces.

La malle aux livres des Comptoirs de Magellan

Je ne remercierai jamais assez mon amie Agnès de m’avoir fait découvrir, il y a bien longtemps, cette boutique de Bordeaux : Les Comptoirs de Magellan. C’est devenu un incontournable lorsque je dois faire des achats en ville. On y trouve de tout : une bonne bouteille de vin au sous-sol, un portefeuille en cuir de buffle à l’étage, et au rez-de-chaussée, au milieu d’une vaisselle délicate et des pulls colorés … des livres. A la veille de Noël, j’avais envie de vous faire un cadeau : partager avec vous, si vous ne le connaissez pas déjà, ce lieu magique. Et la meilleure façon de le connaître, c’est de faire parler ses propriétaires…

Quand et comment est né ce magasin ? En 2003 dans la canicule d’un été trop chaud… Nous étions quatre anciens de Nature et découvertes à vouloir partager notre soif de voyages. Notre but : satisfaire les voyageurs réels ou imaginaires au travers de la littérature, de la culture, des objets, des senteurs et des saveurs. Nous avons aussi une zone enfant pour sensibiliser les plus jeunes à la diversité du monde.

Indépendant ou chaîne de magasin ? Nous  sommes une entreprise à taille humaine avec trois magasins (à Bordeaux, Libourne et la Teste). Pas de logique de chaînes ou de business-plan de grande expansion. Notre développement se fait au fil des rencontres.

Comment choisissez-vous les livres (et romans en particulier) que vous vendez ? Nous ne sommes pas inféodés à l’office. Les livres que nous avons sont référencés par Roxane qui a suivi une formation de philo et métiers du livre. C’est un mélange de nouveautés, de fond et surtout de coups de coeur. Nous vendons aussi des livres à des personnes qui ne rentrent pas forcément dans les librairies traditionnelles. 

Quels sont les livres que vous vendez le plus ? En cette période de fêtes (mais cela fluctue avec nos coups de cœurs et nos dernières lectures… tout est  relatif), voici quelques exemples : 

Encore des nouilles (chroniques culinaires) de Pierre Desproges
Le restaurant de l’amour retrouvé de Ito Ogawa
Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos, un super roman ado/adulte qui se dévore

Quels sont vos coups de cœur lecture, vos conseils pour Noël ?
Le royaume des voix, roman espagnol d’Antonio Muñoz Molina. Roman choral magnifique qui évoque, à travers de multiples personnages, la vie des habitants d’un village perdu au fin fond de l’Andalousie sur une centaine d’années. Un chef d’oeuvre : il donne la voix à des sans voix, des témoins de leur temps courageux.

Underground Railroad de Colson Whitehead. Fuite d’une esclave noire du Sud à travers un réseau clandestin d’hommes voués à les aider. Beau roman, le sujet est tellement ardu : doter une esclave presque analphabète d’une pensée réflexive sur l’identité noire qui revendique et prend conscience de son propre pouvoir politique dans cette Amérique blanche terrorisée par cette force. Après Toni Morrison, c’est courageux d’écrire sur le sujet.

La chorale des maîtres bouchers, roman de Louise Erdrich.

L’incroyable histoire de Wheeler Burden, de Selden Edwards. Passé un peu au travers de la critique… Un enfant qui naît juste après la guerre, de bonnes fées qui semblent régir sa vie… Et pan ! Un matin, il se réveille dans la Vienne des années 30. Belle histoire, originalité et surprise jusqu’à la fin.

Le bourreau de Gaudi, polar de Aro Sainz de la Maza. Haletant, original, impossible à lâcher !

En jeunesse, nous vous conseillons tous les romans de Jean-Claude Mourlevat : on aime Le combat d’hiver, Le chagrin du roi mort ou Terrienne.

En récit de voyage, nous aimons beaucoup Sylvain Tesson : nous vous conseillons tout de lui !

 

Propos recueillis par Babeth, décembre 2017

Les Comptoirs de Magellan se trouvent :
16 rue Ravez à Bordeaux
32 place Abel Surchamp à Libourne
251 avenue du Parc des Expositions à La Teste-de-Buch