Grégoire Delacourt : de l’expression d’une colère à l’enfant réparé

Grégoire Delacourt est arrivé ce samedi matin au salon Lire en poche de Gradignan avec humour et légèreté. Comme un enfant qui lance une blague pour détendre l’atmosphère, cet homme qui ne fait pas son âge nous présentait ses deux derniers romans.

Un jour viendra couleur d’orange est le 9e roman de l’auteur. Ce titre, tiré d’un poème de Louis Aragon, est plein de promesses : « Un jour viendra couleur d’orange, un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront ». La toile de fond du roman, ce sont les gilets jaunes. Grégoire Delacourt voulait essayer de comprendre ce mouvement en colère, car pour lui, on a tous des colères enfouies.

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Revenir à toi de Léonor de Récondo 

Que seriez-vous prête à faire pour retrouver votre mère ? Une mère que vous n’avez pas vue depuis 30 ans. Qui a disparu de votre vie alors que vous n’étiez qu’une enfant. Seriez-vous prête à traverser la France ? A dormir dans une tente devant sa porte fermée ?
Magdalena voit sa vie bouleversée lorsqu’on lui annonce que sa mère, Apollonia, a été retrouvée. Comédienne reconnue, Magdalena devait commencer les répétitions pour jouer Antigone au festival d’Avignon. Elle décide de partir sur une impulsion et son voyage en train vers le sud-ouest de la France est l’occasion de faire remonter en elle tous les souvenirs et toutes les souffrances de l’ignorance. Cette absence a forgé le caractère de Magdalena. Longtemps, elle a eu le sentiment de ne pas exister. Son métier lui a permis de se fabriquer une histoire pour faire peau neuve.

« J’avais le droit d’être mes rôles, c’est tout ; sur scène j’étais libre, pourtant ailleurs, enfermée. »

Magdalena déconcerte par ses attitudes. Partie sans rien lorsqu’elle prend le train, ses achats n’ont rien à voir avec sa vie parisienne. Bizarre aux yeux des autres, elle paraît fragile comme un oiseau tombé du nid. Et pourtant son comportement, lorsqu’elle retrouve Apollonia, nous montre une jeune femme forte et déterminée.
La pièce de Sophocle est très présente dans ce roman. Comme Antigone, Magdalena est un personnage ambivalent où la famille est au centre de sa tragédie.
Léonor de Recondo nous propose un texte raffiné d’une grande poésie qui m’a bouleversée. Elle démarre son texte de façon symbolique avec le retrait d’un grain de beauté chez la dermatologue : une partie d’elle n’existe plus. J’ai trouvé sublime ce travail d’écriture autour des 5 sens : le regard du contrôleur sur Magdalena, les odeurs répulsives dans la maison d’Apollonia, ou le passage extraordinaire lorsque Magdalena prend sa douche.

« Seins lourds, tétons dressés sous le flux, fine cascade à l’approche du galbe, avant de dévaler sur le ventre, l’eau s’empare de la peau souple, de la respiration lente, puis se pose un instant sur les hanches, course à peine freinée par le pubis, pilosité taillée, puis précipitée vers la profondeur des lèvres. »

Une belle lecture pour cette rentrée littéraire.

Babeth, le 17 septembre 2021

Revenir à toi, Léonor de Récondo, 2021, Editions Grasset

Les enfants sont rois de Delphine de Vigan

Kimmy Diore a disparu. Cette petite fille de 6 ans, devenue une star grâce à YouTube et Instagram, est introuvable. On pourrait croire que le dernier roman de Delphine de Vigan est une simple intrigue ayant pour but de retrouver Kimmy et de savoir qui l’a enlevée. Que nenni ! Cet événement est surtout un prétexte pour évoquer notre société qui s’engouffre dans le monde du virtuel et des likes à gogo. De 2001 à 2031, l’auteur retrace et imagine notre rapport à l’Ecran télévisuel puis numérique.

Au moment de la finale de l’émission Loft Story, Mélanie Diore (la mère de Kimmy) est une adolescente qui trouve dans la télé réalité un moyen de combler un vide existentiel. Lorsqu’elle sera une jeune maman, c’est auprès de Facebook qu’elle trouvera le sentiment d’exister. Sa vie ne lui suffit pas. En passant de la position de celui qui regarde à celui qui est regardé, son bonheur prend forme. Etre vue, regardée, admirée lui semble à la portée de tous et elle veut en profiter. Sur sa chaîne YouTube et ses comptes Instagram, elle fait un carton. Ses enfants ont un succès fou. Alors elle les filme tous les jours, dévalisant les magasins, laissant les internautes décider de tel ou tel achat, ou rire de leur « PQ battle » en période de confinement. Kimmy a grandi dans ce monde parallèle offert à chacun sur son écran de téléphone. 

Oui mais Kimmy a disparu.

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L’enfant céleste

Nous vous avons réservé une petite sélection de premiers romans de la rentrée littéraire. Aujourd’hui, le premier roman de Maud Simonnot, L’enfant céleste (L’Observatoire), en librairie ce 19 août.

L'enfant céleste, par Maud SimonnotNous avions rencontré l’auteure à l’Escale du Livre, pour la sortie de sa biographie de Robert McAlmon, La nuit pour adresse (2017). Elle nous revient avec son premier roman, L’enfant céleste.

« En tant que lecteur et résident d’îles, je retrouve dans les pages de ce roman l’intacte merveille des nuits d’été, les yeux grands ouverts sous la mystérieuse procession des étoiles. » Erri de Luca

Résumé éditeur. Sensible, rêveur, Célian ne s’épanouit pas à l’école. Sa mère Mary, à la suite d’une rupture amoureuse, décide de partir avec lui dans une île légendaire de la mer Baltique. C’est là en effet qu’à la Renaissance, Tycho Brahe – astronome dont l’étrange destinée aurait inspiré Hamlet – imagina un observatoire prodigieux depuis lequel il redessina entièrement la carte du Ciel.
En parcourant les forêts et les rivages de cette île préservée où seuls le soleil et la lune semblent diviser le temps, Mary et Célian découvrent un monde sauvage au contact duquel s’effacent peu à peu leurs blessures.

Pourquoi on aime ce livre. Parce que cette histoire nous touche. La relation fusionnelle qui unit Mary à son fils, cet élan de survie qui la pousse à quitter Paris avec lui donne un souffle de liberté à ce récit. Sur cette île, durant cette parenthèse libératrice, Mary se reconstruit et son petit garçon lumineux à l’intelligence sensible s’épanouit au contact de la nature, des nuits étoilées et de la mer.
Accompagnée des figures tutélaires de Tycho Brahe et Shakespeare, l’écriture sensible de Maud Simonnot nous entraîne dans un voyage hors du temps, dans une contemplation des paysages de la mer Baltique.
Un très beau premier roman, lumineux et poétique. Une invitation à la rêverie.

Marisa, 19 août 2020