Tous tes enfants dispersés

Tous tes enfants dispersés, de Beata Umubyeyi Mairesse

Avec ce post continue l’exploration des cinq romans sélectionnés pour le Prix des lecteurs-Escale du Livre 2020. 

Dans son magnifique premier roman, Tous tes enfants dispersés, Béata Umubyeyi Mairesse apprivoise les fantômes du passé et les silences de trois générations de Rwandais.

1997. Blanche revient à Butare, ville de la province du sud du Rwanda, trois ans après en être partie pour se protéger du génocide alors en cours. Pour retrouver sa mère, Immaculata. Elle espère renouer avec quelques habitudes de son enfance comme celle où elle profitait de la douceur des soirées rwandaises assise sur un petit banc de la barza, la terrasse couverte entourée de jacarandas bleus, en parlant avec sa mère. Mais l’enfance est finie depuis longtemps et la violence du génocide a rendu Immaculata silencieuse. Les retrouvailles tant attendues ne sont pas celles espérées.

La famille de Blanche est « une famille à repriser ». Blanche se sent coupable d’avoir échappé au génocide en rejoignant la France quand son frère, Bosco, s’est engagé dans l’armée rwandaise. Immaculata, la Tutsie, a vécu des mois la peur au ventre terrée dans la cave d’une librairie pour échapper à la barbarie. Les survivants de cette période sont profondément meurtris. Les retrouvailles sous les jacarandas sont celles de ceux ayant réchappé au pire, à l’horreur absolue. Ce sont des retrouvailles de « cœurs en lambeaux ». Alors, même si Blanche s’agace de ce que son frère veut faire d’elle une complice du gouvernement français dont les agissements restent coupables, même si elle regrette le silence de sa mère, elle tente de tisser des liens entre elle et ceux qui sont restés.

« Mais n’est-ce pas pour cela que j’étais revenue ici, pour tisser une virgule entre hier et demain et retrouver le fil de ma vie ? »

Tous tes enfants dispersés questionne la transmission de son histoire. Que peut-on savoir de son histoire quand sa mère se refuse à parler ? Il faut du temps à Immaculata pour qu’elle accepte de se livrer en pointillé. Au fil d’un récit pudique, le lecteur apprend qu’elle a eu deux enfants dont un hors mariage, ce qui lui a valu en son temps les reproches de la société rwandaise. Deux amants, donc. Damascène, l’étudiant hutu et Antoine l’ingénieur français. Sa vie a été chahutée par l’histoire de son pays : elle perd son premier amant après les conflits entre Hutus et Tutsis de 1973, puis le second lorsqu’il choisit de repartir dans son pays natal. Immaculata, elle, reste à Butare avec ses enfants.

Ce roman est avant tout celui des mères persévérantes. Immaculata, bien sûr, mais aussi Blanche qui construit sa vie à Bordeaux loin de sa famille entre culpabilité, exil et racisme.

Béata Umubyeyi Mairesse interroge également l’identité métis. Blanche est métis, comme l’est son fils Stokely dont le père est médocain par sa mère et antillais par son père. « Les personnages essayent de s’approprier une identité si possible pacifiée. Ce n’est pas le cas pour tous. »

« La littérature permet de soulever le couvercle du chagrin et de se parler ».

La force de ce roman est de donner une voix à Immaculata, à Blanche et à Stokely. Trois générations s’expriment dans une écriture sensible et pudique. Si le cou est le couvercle du chagrin, comme le dit un proverbe rwandais, Béata Umubyeyi Mairesse le soulève pour faire entendre les vies de ses personnages bouleversés par la brutalité. Magnifique.

Florence, 9 mars 2020

Personne n’a peur des gens qui sourient

Le dernier roman de Véronique Ovaldé Personne n’a peur des gens qui sourient, édité chez Flammarion, se lit comme un thriller psychologique dans lequel l’autrice a su habilement ménager le suspense jusqu’à la fin.

Le premier chapitre est à ce titre remarquable, la tension y est à son paroxysme. Après avoir en toute hâte rassemblé le strict nécessaire – le Beretta de son défunt mari, les passeports, les peluches de la benjamine et des livres pour l’aînée – Gloria, l’héroïne, embarque ses deux filles à la sortie de l’école et leur fait parcourir la France sans aucune explication, des rivages de la Méditerranée à un petit bourg alsacien où la jeune femme possède une maison héritée de sa grand-mère. Gloria agit avec détermination et sang froid, apparemment prête à tout pour aménager « une zone de sauvetage » à ses filles et les mettre à l’abri du danger.

Mais de quel danger s’agit-il ? Lire la suite

Fugitive parce que reine

Mère de poète, un rôle bien difficile

biblliotheque-bordeaux-logo-liseuses-de-bordeauxLa bibliothèque du Grand-Parc à Bordeaux a invité samedi 15 février Marie-Hélène Sainton pour une nouvelle conférence intitulée « Les poètes et leur mère« . Deux Liseuses y ont assisté et vous en donnent une libre interprétation…

Baudelaire, Verlaine, Rimbaud… Quelle relation ces trois génies avaient-ils avec leur mère ? Ont-elles compris leur génie avant les autres ? Les ont-elles encouragés dans cette voie difficile qu’est la poésie ? Au vu de leurs existences pour le moins tourmentées, cette relation s’avère bien difficile… Lire la suite

Les écrivains et leur mère

marie-helene-sainton-bibliotheque-grand-parc-liseuses-de-bordeauxLa bibliothèque du Grand-Parc à Bordeaux a invité samedi 8 février Marie-Hélène Sainton pour une conférence intitulée « Les écrivains et leur mère« . Vous n’y étiez pas ? Deux Liseuses vous racontent…

C’est avec beaucoup de vivacité et d’enthousiasme que Marie-Hélène Sainton nous a présenté son travail sur la place de la mère dans la vie et l’oeuvre des écrivains.
Pour illustrer son propos, elle a choisi quatre écrivains à première vue bien différents : Hervé Bazin, Albert Cohen, Charles Juliet et Romain Gary dont elle nous a rapidement exposé la biographie, puis lu quelques extraits de romans autobiographiques. Lire la suite

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