L’écorce qui s’écaillait dévoilait du bois couleur d’os…

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Une terre d’ombre est le dernier roman paru de Ron Rash, auteur américain, romancier et poète, originaire de Caroline du Sud.
Le titre renvoie non seulement à l’ombre tenace qui règne dans un petit vallon isolé du soleil par une haute falaise de granit, mais aussi à l’obscurantisme des habitants de la contrée qui entoure le vallon.
Nous sommes dans la chaîne des Blue Ridge dans les Appalaches, région montagneuse, isolée et grandiose.
Laurel et son frère Hank, récemment revenu de la guerre 14-18 en Europe où il a perdu une main, habitent la ferme construite par leurs parents, morts depuis, dans le vallon privé de soleil.

Au-dessus du vallon, c’est une nature exubérante et somptueuse qui nous est décrite. Une nature où les bosquets de tulipiers alternent avec les massifs de rhododendrons sauvages et jouent à cache-cache avec le soleil. Il est question de perroquets multicolores, de chant du ruisseau, de papillons pourpres… mais aussi de châtaigniers morts « dont l’écorce qui s’écaillait dévoilait du bois couleur d’os. »
La vie de Laurel et Hank est difficile, ils doivent faire fructifier une terre et un verger voués à l’ombre. Mais le courage ne leur manque pas et, aidés par leur vieux voisin Slidell, ils se battent pour améliorer leurs conditions de vie. L’avenir de Laurel est néanmoins bien incertain : femme intelligente et énergique, elle est marquée par une tache de naissance violette qui, jointe à la mauvaise réputation du lieu où elle vit, la fait passer pour une sorcière et la condamne à l’isolement.

Ce roman est d’abord l’histoire d’une rencontre, celle de Laurel et d’un homme muet habillé de haillons qui joue divinement de la flûte. Laurel le recueille, l’écoute jouer avec émerveillement, le regarde aider son frère aux durs travaux de la ferme. Elle partage avec lui la beauté de la nature, oubliant presque le petit vallon sinistre et sa condition de femme rejetée. Le bonheur semble enfin à porté de main…
C’est sans compter avec la petite ville, son saloon minable, ses habitants confits dans leurs certitudes, aveuglés par un patriotisme borné.
Nous sommes en effet à la fin de la guerre 14-18 qui bien que se déroulant de l’autre côté de l’océan a coûté des vies américaines et apporté aux Etats-Unis son lot de gueules cassées. L’écho de cette guerre va suffisamment troubler les esprits pour donner lieu à des violences aveugles, donnant l’occasion à certains habitants de mettre en scène leurs frustrations, leurs préjugés, leur xénophobie sous couvert de patriotisme et d’héroïsme.

Et ce sera le drame…

Ce roman est intéressant à bien des égards. D’abord par sa portée romanesque : il nous dépeint sobrement une belle histoire d’amour tragique, puis par sa critique des mentalités dans une petite ville de province isolée, ébranlée par la guerre lointaine, et enfin par son aspect historique : le sort des Allemands se trouvant sur le sol américain à la déclaration de la guerre de 14-18.

La langue est adaptée à ces divers aspects de l’histoire. Elle peut être poétique et faire resplendir la nature de mille couleurs.  Elle peut être précise et respecter à la lettre la réalité historique, elle est sobre et percutante quand elle dépeint le quotidien des habitants de la ville en ce début du vingtième siècle.

En résumé un roman enrichissant, très agréable à lire.

Par Marie-France

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3 réflexions sur “L’écorce qui s’écaillait dévoilait du bois couleur d’os…

  1. Ce roman est magnifique et Ron Rash mérite d’être mieux connu et plus lu ! Au fil de ce roman, il dissèque les séquelles irréversibles de la guerre, l’ignorance qui pousse à la cruauté, et le rôle de l’éducation, seule capable de sortir les hommes de la bêtise. C’est un drame et dès le début le lecteur sait que le malheur s’abattra sur les Sheltons, Hank et sa soeur Laurel véritable héroïne qui illumine ce drame en 5 parties (très classique…), par son courage et son espoir en un avenir meilleur.
    Ron Rash installe le drame dans un décor sauvage, indompté et inquiétant, comme un écho au monde des humains…
    Merci Marie-France pour cette découverte !

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  2. Ron Rash n’est pas très connu en France, et j’espère que ce roman va mettre fin à cette injustice. Ce livre est extrêmement bien écrit et puissant : à dévorer de toute urgence !

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