Le livre des souterrains, de Phoebe Hadjimarkos Clarke

Il s’agit de l’auteure du très remarqué Aliène publié en 2024, auquel a été décerné le prix France Inter, qui revient avec un roman à paraître le 20 août, habité comme le précédent par le souci du dérèglement climatique et de ses conséquences sur le vivant, par la question du genre, de la porosité entre les genres mais également, entre les espèces. Phoebe Hadjimarkos Clarke sait ainsi faire exister comme nulle autre des personnages humains comportant des caractéristiques animales ou végétales, et réciproquement. Son écriture est marquée par la volonté « d’individuer » ses personnages au-delà de la question du genre et de l’espèce. Dans cette histoire, il est également question de morts et de la frontière entre vie et mort qui, à son tour, devient poreuse.

Outre la transcendance de ces catégories qui abolit un certain nombre de repères et de normes, l’histoire se présente sous forme de poupées russes. Une femme, commissaire d’exposition, relate la teneur des dernières traces écrites laissées par Marie Marzouk, artiste et personnage principal, avant sa disparition lors d’une performance. Dans cet écrit s’intercalent des notes de M. Marzouk et aussi des feuillets que l’artiste a volés par hasard et dont elle se demande s’ils ne lui sont pas en quelque manière adressés, si leur auteur.e ne serait pas un.e ami.e qui s’est suicidé.e il y a longtemps mais qu’elle n’a jamais oublié.e. Emportée dans une spirale d’errance faite d’ennui, de désœuvrement et de lutte contre la canicule, Marie Marzouk, au lieu de préparer la performance dont on lui a passé commande, se met en effet à déambuler dans les souterrains du métro et à voler de menus effets à des inconnus. C’est ainsi qu’elle récupère presque par mégarde ces feuillets qui vont l’obséder comme la chaleur caniculaire qui s’abat sur la ville (cf. Mille choses de Juan Tallon dans lequel la canicule est également omniprésente de manière tout aussi prédictive…).

Au titre de ses autres obsessions : le terme de sa vie de femme désirable à l’orée de la cinquantaine, la part des corps humains (peau, cheveux…) qui tous les jours repart à la terre, cet.te ami.e perdu.e, le sens ou l’impuissance des œuvres d’art, tout cela dans un contexte pré-apocalyptique marqué, en 2030, par l’érection de frontières et la présence planante d’un ennemi invisible… Ce roman questionne de manière acide l’identité des femmes une fois dépassée la date de péremption que la société leur assigne alors qu’elles ne sont qu’au mi-temps de leur vie, scandale que Marie Marzouk estime grandement passé sous silence y compris par les féministes.

« Que le regard sur mon corps de types inconnus
M’importe plus
Que le mien
C’est ça qui est dégoûtant
« 

Ce roman est l’histoire d’une fuite et de la recherche d’une issue différente de celles auxquelles l’artiste se sent promise contre son gré, l’histoire d’un contournement permis par l’art et le hasard. Un roman empreint d’une lucidité crue, d’une colère et d’une aura de mystères qui nous laisse entrevoir les maléfices dont un futur en proie au dérèglement climatique pourrait être porteur…

France, juillet 2026

Le livre des souterrains, Phoebe Hadjimarkos Clarke, Editions du sous-sol, sortie 20 août 2026

La Végétarienne de Han Kang

Un drôle de titre quand même, et à mon sens un titre un peu réducteur… Je l’avoue, cela a contribué au fait que je découvre cette auteure coréenne Prix Nobel de littérature 2024 par Impossibles adieux (Prix Médicis 2023) avant de poursuivre mon exploration de son univers par ce roman-ci. Sont tour à tour convoqués, pour caractériser le style de HAN KANG, prose poétique et réalisme magique ainsi que la figure d’Haruki Murakami. 

Je ne me prononcerais pas sur la comparaison avec Murakami qui à certains égards ne me semble pas si juste mais je ne résiste pas à tracer un parallèle avec son dernier roman, La cité aux murs incertains. Alors qu’il y propose une vision marquante de la frontière entre réel et irréel en disant que oui, cette frontière existe mais qu’elle est incertaine et change constamment à la façon d’un être vivant, la même image s’avère parfaitement appropriée pour résumer la conception de la frontière entre normalité et anormalité qu’Han Kang nous livre dans La végétarienne. La frontière existe certes, mais elle est ténue, labile, mouvante. 

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Cache-cache bâton d’Emmanuel Lepage

Les conséquences du réchauffement climatique nous poussent à remettre en cause nos façons d’être au monde. Interroger nos déplacements, notre consommation de viande ou encore notre vie en maisons individuelles. Le roman graphique Cache-cache bâton du dessinateur Emmanuel Lepage, paru en 2022 aux Editions Futuropolis, apporte des éléments de réflexion à ce dernier questionnement en nous invitant à découvrir une expérience pionnière d’habitat partagé que lui et ses parents ont vécu dans les années soixante en Bretagne.

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La rivière, de Peter Heller

Une odeur de fumée leur parvenait depuis deux jours… Ainsi s’ouvre le roman de Peter Heller, La Rivière, (édité pour la traduction dans la collection Babel chez Actes Sud en 2021) installant d’emblée une atmosphère troublante dans laquelle le lecteur est désormais aux aguets.

Wynn et Jack sont deux étudiants partis pagayer pour deux semaines sur une rivière qui doit les amener jusqu’ à la baie d’Hudson. Ils sont liés depuis l‘université, ont vécu les mêmes déboires amoureux et sont de fins connaisseurs de la nature. De milieux sociaux différents, chacun porte néanmoins une histoire familiale singulière qui donne à chacun sa couleur propre. Wynn incarne la lumière, une confiance à tout crin, peut être une certaine naïveté tandis que Jack est plus crépusculaire mais ils avaient cela en commun, un regard littéraire posé sur le monde. Ou au moins un amour des livres, de la poésie, de la fiction et des récits d’expédition.

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