Rencontre avec Camille Cornu


Dans Habiletés sociales, une très jeune femme prend des cours à l’hôpital pour apprendre à se comporter en société d’une façon adaptée. Elle a grandi dans un foyer pour enfants abandonnés qui menace de la mettre dehors. Sa vie s’entremêle à celle de Framboise, une jeune femme qui lui ressemble et à celle de l’Actrice avec qui elle entretient une relation amoureuse.

Un roman initiatique, qui joue avec le langage et invente un monde où l’on doit acquérir la « saveur vanille » si l’on veut sortir du statut de « Hors-saveur ». Un monde qui ressemble beaucoup au nôtre ?

Retour sur l’entretien mené par Babeth dans le cadre de l’Escale du livre, le 8 avril 2018.

Babeth : Comment est née l’héroïne de ce roman ?

Camille Cornu : Tout part du Manuel des habiletés sociales, qui existe vraiment et dont je voulais parler. Un manuel qui apprend à se comporter de façon adaptée avec les autres. Lire la suite

Publicités

Evangelia de David Toscana

Alléluia, Alléluia, Hosanna au plus haut des cieux, une Fille est née. Avouez que nous n’avons pas entendu souvent cette invocation. Pourtant, Dieu qu’elle sonne bien ! C’est tout le propos de David Toscana dans son livre intitulé Evangelia.
L’ange Gabriel s’est trompé, l’enfant de Marie et Joseph n’est pas un garçon mais une fille prénommée, bien sûr, Emmanuelle. Et force est de constater que même pour la fille de Dieu, la vie n’est pas facile sur Terre, quand on est une femme !
Oh, comme j’avais envie de fantaisie et même de loufoquerie en ces dimanches pluvieux ! Et ce roman a parfaitement répondu à mes attentes. L’auteur reprend, à son compte, les textes bibliques avec beaucoup d’humour. Il les transforme en situations inattendues, cocasses et surtout très drôles.

Et j’ai cru en Emmanuelle et les personnages qui la côtoient : un Dieu dont l’amour n’est pas le seul enjeu, un Jésus, petit frère de la Messie, qui la jalouse. J’ai beaucoup aimé car, finalement, David Toscana nous interroge sur des textes qui fondent une inégalité des sexes dont nous nous sortons tout juste.

Berengère, 2 avril 2018

Nous avons toujours vécu au château

Nous avons toujours vécu au château est un roman insolite dont « l’inquiétante étrangeté » m’a immédiatement captivée. Shirley Jackson, spécialiste du roman fantastique, l’a écrit en 1965.

D’emblée, le lecteur est plongé dans une atmosphère étrange, quelque peu anxiogène. On y voit la jeune narratrice, Mary Katherine Blackwood, effectuer sa sortie hebdomadaire au village pour se ravitailler à l’épicerie. Elle est en butte à l’hostilité plus ou moins déclarée des gens du village. Mais sa condition sociale ( très assumée par ailleurs) – elle est issue d’une famille de hobereaux et habite le manoir qui jouxte le village – peut-elle à elle seule expliquer certaines remarques ? En tout cas, la demoiselle n’est pas dépourvue d’imagination et sait opposer à l’inimitié des villageois un masque imperturbable sans rien dévoiler des sentiments violents qui l’animent. Lire la suite

La nuit des béguines d’Aline Kiner

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce roman car prendre comme sujet le béguinage est un choix étonnant. En effet, le béguinage, en France, relève d’une période historique courte, entre la fin du XIIème et la fin du XIVème siècle. Il s’agit aussi d’écrire sur des femmes qui, au Moyen-Âge, sont indépendantes et libres.

Aline Kiner choisit pour contexte historique la reprise en main de l’autorité politique par le rigide Philippe le Bel. Un grand nettoyage est mené, en particulier à l’encontre des Templiers. De plus, les béguines sont aussi dans le collimateur de l’Inquisition. Une des leurs, Marguerite Porete, a été arrêtée et condamnée au bûcher. Lire la suite

Lumikko

Lire un livre d’un auteur scandinave, c’est toujours, pour moi, entrer dans une réalité très loin de la mienne, et j’adore ça : la Scandinavie me fascine ! Aujourd’hui, c’est la Finlande qui est à l’honneur avec Pasi Ilmari Jääskeläinen, auteur de Lumikko.

Ce roman a des allures de conte saupoudré de fantastique.

Il était une fois, dans un petit village finlandais, une société littéraire présidée par Laura Lumikko, reine de la littérature pour enfants. Elle sélectionne de futurs talents dès l’enfance et leur transmet l’art de l’écriture. Neuf membres sont déjà sociétaires. Une dixième vient d’être choisie : Ella Milana, professeure de finlandais remplaçante.

En pénétrant le fonctionnement de la société, nous découvrons que les relations de ces écrivains sont basées sur les règles d’un jeu complexe leur permettant de s’arracher la vérité à tour de rôle. Toutefois, la disparition de Laura Lumikko plane sur cette nouvelle intronisation et un mal étrange s’empare des livres du village, faisant dévier l’histoire originale.

Ce roman mêle à la douceur de la neige les ombres de la mythologie nordique, ce qui m’a intriguée et happée, je dois bien l’avouer. De plus, l’auteur s’interroge sur l’origine de l’inspiration. Seraient-ce des muses qui apportent idées et pensées neuves pour abreuver la prose des poètes et écrivains ? Ou ne serait-elle qu’une supercherie ?

Aux côtés du personnage principal, Ella Milana, nous menons l’enquête avec pour cobayes les différents auteurs que composent la société littéraire du roman. C’est aussi, pour moi, l’occasion de sonder l’âme finlandaise en abordant des personnages avec des caractères différents qui représentent ses multiples facettes.

Enfin, l’auteur nous livre une réflexion sur l’écriture, son rôle dans notre vie et sa construction à travers l’observation du monde, de l’humanité et de la vie.

Bérengère, 26 février 2018