Nous avons toujours vécu au château

Nous avons toujours vécu au château est un roman insolite dont « l’inquiétante étrangeté » m’a immédiatement captivée. Shirley Jackson, spécialiste du roman fantastique, l’a écrit en 1965.

D’emblée, le lecteur est plongé dans une atmosphère étrange, quelque peu anxiogène. On y voit la jeune narratrice, Mary Katherine Blackwood, effectuer sa sortie hebdomadaire au village pour se ravitailler à l’épicerie. Elle est en butte à l’hostilité plus ou moins déclarée des gens du village. Mais sa condition sociale ( très assumée par ailleurs) – elle est issue d’une famille de hobereaux et habite le manoir qui jouxte le village – peut-elle à elle seule expliquer certaines remarques ? En tout cas, la demoiselle n’est pas dépourvue d’imagination et sait opposer à l’inimitié des villageois un masque imperturbable sans rien dévoiler des sentiments violents qui l’animent. Lire la suite

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Marcher droit et tourner en rond

Ce roman d’Emmanuel Venet se présente sous la forme d’un monologue intérieur dont le narrateur est un autiste de 45 ans atteint du syndrome d’Asperger. Emmanuel Venet y renouvelle une perspective littéraire – déjà utilisée par Montesquieu et Voltaire (excusez du peu !!), respectivement dans les Lettres persanes et L’ingénu – qui consiste à observer le monde en changeant radicalement de point de vue. Ici, c’est par le biais du trouble mental que s’effectue le déplacement. Lire la suite

Marx et la poupée

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Marx et la poupée est un roman autobiographique. C’est aussi le premier roman de Maryam Madjidi, une jeune auteure iranienne arrivée en France avec sa mère à l’âge de 6 ans pour retrouver son père en exil politique à Paris.

Marx et la poupée, donc. Une association pour le moins incongrue. Pourquoi Marx ? C’est au nom du communisme que les parents militants de Maryam ont combattu les différents régimes : celui du shah et celui des ayatollahs. Quant à la poupée, elle symbolise la perte des repères affectifs qui balaya la vie de la petite fille lorsque sa famille fut réduite à l’exil. Avant de quitter l’Iran, elle dut se séparer de tous ses jouets, distribués aux enfants du quartier. La famille a pu échapper à ses adversaires mais les ouvrages politiques des parents et la poupée de l’enfant conservent une vie souterraine : enterrés quelque part dans le jardin de Téhéran, ils hantent la mémoire de chacun. Lire la suite

Olga et le colonel

olga-et-le-colonel-liseuses-de-bordeauxDans ce troisième roman de Marie-Françoise Raillard, Olga et le colonel, édité aux éditions La fontaine secrète, deux histoires s’imbriquent l’une dans l’autre, deux voix s’entremêlent : celle d’Olga, jeune Polonaise victime de la barbarie nazie, échouée pendant la guerre, on ne sait trop comment, dans la bourgeoise ville de Pau, celle de la narratrice, Marie-Claire Labastide, elle-même originaire de Pau, qui découvre après la mort d’Olga, en lisant les cahiers écrits par celle-ci dès le début de l’Occupation, un aspect  peu reluisant de l’histoire de la famille Labastide.

Deux époques se chevauchent donc, la période de la guerre et de l’après-guerre et la période actuelle. Par contre, il y a dans la majeure partie du roman une quasi unité de lieu puisque l’essentiel de la vie d’Olga, de son arrivée à Pau jusqu’à sa mort, se déroule dans  l’immeuble dont la famille paternelle de la narratrice est propriétaire, où celle-ci est née, a grandi et retourne de temps à autre pour rendre visite à ses parents. Lire la suite

Sacrifice de Joyce Carol Oates

joyce-carol-oates-sacrifice-liseuses-de-bordeauxDécidément, la romancière américaine Joyce Carol Oates m’impressionne par l’abondance et la qualité de sa production littéraire. J’avais à peine terminé la lecture de Carthage (2015) que Daddy love (avril 2016) trouvait déjà sa place sur la table des libraires, suivi dès octobre 2016 par Sacrifice. Les phénomènes sociaux américains dans lesquels son œuvre s’enracine n’ont pas fini de d’inspirer la romancière… Lire la suite