Dans la jungle, d’Adeline Dieudonné

Dans son dernier roman, Adeline Dieudonné nous plonge au cœur d’un féminicide doublé d’un infanticide. Dans un style direct et nerveux, où la tension est palpable de la première à la dernière ligne, l’autrice explore un thème majeur dans son œuvre : la violence. Elle nous entraîne ici dans le quotidien d’Arnaud et Aurélie, un couple en apparence ordinaire, mais au sein duquel règne un climat de tension qui ne cesse de s’intensifier au fil du récit.

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Mexico Médée, de Dahlia de la Cerda

Dahlia de la Cerda revient avec une nouvelle œuvre, Mexico Médée, après le très remarqué Chiennes de garde, publié en 2022. Ce recueil de nouvelles dénonçait déjà le narcotrafic ainsi que la condition des femmes dans un pays marqué par l’oppression et la violence.
Aujourd’hui, sa voix se fait plus brûlante encore pour le plus grand plaisir du lecteur. Elle façonne des récits où la douleur se mue en résistance. Militante et activiste engagée, elle donne corps aux existences invisibilisées de femmes, enfants et autres laissés pour compte, pris dans les mailles d’un Mexique gangrené par un pouvoir souterrain qui dicte ses lois.

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Les choses humaines de Karine Tuil

Alexandre vit la plupart du temps aux Etats-Unis pour ses études. Il est brillant et c’est un sportif émérite. Ses parents vivent en France.

Jean Farel, son père, est un grand journaliste politique. Personnalité la plus aimée des français, il soigne son image à coup de tweets et de photos dans les magazines. Il passe pour un bon père et un époux fidèle. Dans la réalité, il mène une double vie, pousse son fils à être le meilleur et n’hésite pas à être violent avec lui.

Claire, la mère d’Alexandre est essayiste. En épousant Jean, de 27 ans son aîné, elle a vu sa carrière exploser. Et lorsqu’elle décide de le quitter, plus personne ne s’intéresse à son travail. Féministe, elle a élevé son fils dans le respect de l’autre. Elle intervient souvent dans les médias contre les violences faites aux femmes.

Mila Wizman a été élevée dans une famille juive. Après un acte terroriste dans son école, elle part vivre avec les siens en Israël. De retour en France, ses parents se séparent. Mila part quelques temps vivre avec sa mère à Brooklyn dans le quartier juif orthodoxe. Ne supportant pas l’éducation rigoriste, elle vient s’installer en France chez son père qui a refait sa vie avec Claire. C’est ainsi qu’elle rencontre Alexandre.

Deux êtres totalement différents, de par leur statut et leur éducation. Lui a un parcours de jeune élite à qui tout réussit. Mais il est aussi narcissique, il a une grande aisance avec le langage. Il a une sexualité libérée dans les actes et un langage parfois ordurier. Mila est majeure et a eu des rapports sexuels avec un homme marié. Son rapport au sexe est différent, de par son éducation juive ultrapratiquante. Un soir, ils partent ensemble à une fête et ont des rapports sexuels.

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Tous tes enfants dispersés

Tous tes enfants dispersés, de Beata Umubyeyi Mairesse

Avec ce post continue l’exploration des cinq romans sélectionnés pour le Prix des lecteurs-Escale du Livre 2020. 

Dans son magnifique premier roman, Tous tes enfants dispersés, Béata Umubyeyi Mairesse apprivoise les fantômes du passé et les silences de trois générations de Rwandais.

1997. Blanche revient à Butare, ville de la province du sud du Rwanda, trois ans après en être partie pour se protéger du génocide alors en cours. Pour retrouver sa mère, Immaculata. Elle espère renouer avec quelques habitudes de son enfance comme celle où elle profitait de la douceur des soirées rwandaises assise sur un petit banc de la barza, la terrasse couverte entourée de jacarandas bleus, en parlant avec sa mère. Mais l’enfance est finie depuis longtemps et la violence du génocide a rendu Immaculata silencieuse. Les retrouvailles tant attendues ne sont pas celles espérées.

La famille de Blanche est « une famille à repriser ». Blanche se sent coupable d’avoir échappé au génocide en rejoignant la France quand son frère, Bosco, s’est engagé dans l’armée rwandaise. Immaculata, la Tutsie, a vécu des mois la peur au ventre terrée dans la cave d’une librairie pour échapper à la barbarie. Les survivants de cette période sont profondément meurtris. Les retrouvailles sous les jacarandas sont celles de ceux ayant réchappé au pire, à l’horreur absolue. Ce sont des retrouvailles de « cœurs en lambeaux ». Alors, même si Blanche s’agace de ce que son frère veut faire d’elle une complice du gouvernement français dont les agissements restent coupables, même si elle regrette le silence de sa mère, elle tente de tisser des liens entre elle et ceux qui sont restés.

« Mais n’est-ce pas pour cela que j’étais revenue ici, pour tisser une virgule entre hier et demain et retrouver le fil de ma vie ? »

Tous tes enfants dispersés questionne la transmission de son histoire. Que peut-on savoir de son histoire quand sa mère se refuse à parler ? Il faut du temps à Immaculata pour qu’elle accepte de se livrer en pointillé. Au fil d’un récit pudique, le lecteur apprend qu’elle a eu deux enfants dont un hors mariage, ce qui lui a valu en son temps les reproches de la société rwandaise. Deux amants, donc. Damascène, l’étudiant hutu et Antoine l’ingénieur français. Sa vie a été chahutée par l’histoire de son pays : elle perd son premier amant après les conflits entre Hutus et Tutsis de 1973, puis le second lorsqu’il choisit de repartir dans son pays natal. Immaculata, elle, reste à Butare avec ses enfants.

Ce roman est avant tout celui des mères persévérantes. Immaculata, bien sûr, mais aussi Blanche qui construit sa vie à Bordeaux loin de sa famille entre culpabilité, exil et racisme.

Béata Umubyeyi Mairesse interroge également l’identité métis. Blanche est métis, comme l’est son fils Stokely dont le père est médocain par sa mère et antillais par son père. « Les personnages essayent de s’approprier une identité si possible pacifiée. Ce n’est pas le cas pour tous. »

« La littérature permet de soulever le couvercle du chagrin et de se parler ».

La force de ce roman est de donner une voix à Immaculata, à Blanche et à Stokely. Trois générations s’expriment dans une écriture sensible et pudique. Si le cou est le couvercle du chagrin, comme le dit un proverbe rwandais, Béata Umubyeyi Mairesse le soulève pour faire entendre les vies de ses personnages bouleversés par la brutalité. Magnifique.

Florence, 9 mars 2020