Auteurs jeunesse et auteurs adultes : même combat ?

photographie-gilles-abier-liseuses-de-bordeauxRencontre avec l’écrivain Gilles Abierhttps://ssl.gstatic.com/ui/v1/icons/mail/images/cleardot.gif

Alors que le parrain de Lire en Poche Gradignan 2016 (interview de Lionel Destremau à la fin de cet article) n’est autre qu’un auteur jeunesse de renom (PEF et son inénarrable Prince de Motordu), je souhaitais en savoir plus sur la littérature jeunesse en France. Qui la lit ? Et qui sont ces auteurs français qui écrivent pour la jeunesse ? Le domaine est varié, j’ai donc fait le choix de m’attacher à un auteur dont l’une des spécificités est de parler aux adolescents.

Pour cela, je suis allée rencontrer un auteur installé dans la région bordelaise. Mi-interview mi-conversation à 3 voix, j’étais accompagnée de Marie, jeune adulte de 20 ans, et grande lectrice de Gilles Abier. Nous aimons toutes les deux son écriture percutante, son esprit vif qui nous interroge. Gilles Abier participe à cette littérature dite réaliste qui s’empare de sujets de société.

Qu’est-ce qui vous motive dans l’écriture ?

Gilles : J’ai une formation de comédien. Je rentre dans la peau du personnage. Pour Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire, je voulais que le personnage raconte son histoire d’une manière impertinente, que le lecteur rie avec lui, de ce qui lui arrive, et au dernier moment, qu’on se rende compte que ce n’était pas une histoire drôle. Cette impression que tu crois connaître quelque chose, et qu’en fait pas du tout, tout se retourne. Il y a un mot qui est très important pour moi c’est le mot « interprétation ». J’aime bien jouer sur ça.

Marie : J’ai vraiment ressenti ça dans La piscine était vide ou dans la dernière nouvelle de Comment je me suis débarrassée de ma mère. On ne sait plus qui ment.

Gilles : Ça symbolise vraiment ce que j’aime faire, avec une phrase, voire un mot, tout est remis en question.

Vous avez écrit en adulte et en jeunesse ?

Gilles : J’ai commencé à écrire en adulte chez Acte Sud avec Fausses compagniesComme mon éditeur savait que j’avais fait des études en art dramatique, il m’a demandé d’écrire une pièce de théâtre pour la jeunesse. Je me suis rendu compte que le monde de la littérature jeunesse me correspondait mieux. C’est ce que je ressens actuellement, même si mon roman en adulte avait bien marché. Je n’exclus d’ailleurs pas d’écrire en adulte de nouveau. J’ai une histoire un peu noire que je traîne depuis des années et j’ai accepté que ce ne soit pas une histoire pour la jeunesse. Quand je l’écrirai, je sais que c’est un livre qui s’adressera aux adultes.

Qu’est ce qui identifie un livre en jeunesse pour vous ?

Gilles : C’est le personnage principal qui est jeune. Et en jeunesse, il y a des thèmes que l’on ne peut pas aborder. On évite tout ce qui est détails sexuels ou meurtres. Sauf en roman d’anticipation, où l’on peut tuer des gens parce que nous ne sommes pas dans le monde réel.

Quel est votre public ?

Gilles : Les collégiens et lycéens. Il y a, comme Marie, beaucoup de jeunes adultes et j’ai aussi des retours de mères qui ont été touchées par mes histoires. Il arrive que l’on s’identifie à mes personnages. Il y a des coïncidences. J’ai eu des retours de personnes qui ont le sentiment que c’est leur propre vie que je raconte.

Marie : J’aime les livres de Gilles Abier parce qu’ils décrivent des émotions que j’ai déjà ressenties. 

Quelles sont tes lectures Marie ?

Marie : Je lis de tout sans me soucier de savoir si c’est en jeunesse ou adulte. 

Gilles : Qui lit les auteurs jeunesse ? C’est une question que se sont posés plusieurs éditeurs. A un moment donné, certains sortaient leurs livres en deux exemplaires : un pour la jeunesse et un en adulte. Stéphane Servant qui écrit chez Rouergue se pose régulièrement la question. Entre le jeu de la langue qui lui est propre et les thèmes qu’il aborde, c’est toujours entre les deux. Je pense qu’il y a des adultes qui sont intéressés par des livres dits « pour les jeunes » mais ils n’iront pas les acheter car c’est classé en jeunesse.

Marie : Il y a des bibliothèques qui classent leurs livres par thème. Par conséquent il n’y a pas de séparation entre jeunesse et adulte que l’on peut trouver côte à côte. Je trouve que c’est bien car les thèmes abordés, notamment dans les livres de Gilles Abier, parlent autant aux jeunes qu’aux adultes.

Lionel-DestremeauAprès avoir remercié Gilles et Marie pour s’être prêtés au jeu de cette conversation, je souhaitais connaître l’avis de Lionel Destremau, Commissaire général du salon Lire en Poche. Je voulais savoir ce qu’il pensait de la littérature jeunesse et pourquoi il avait choisi PEF comme parrain pour l’édition 2016.

Lionel : La littérature jeunesse est une part essentielle de Lire en Poche, qui ne doit pas être considérée comme secondaire, ou comme une « animation pour les familles ». Cela constitue aussi une des missions de la manifestation dans son soutien à la lecture et l’écriture. D’autre part, justement s’agissant de la lecture et l’écriture, la littérature jeunesse n’a plus rien à voir avec ce que nos générations ont connu (où nous avions Perrault, les classiques, etc., mais peu de créations contemporaines), et c’est aussi parce que cette littérature s’est énormément développée que se maintient un goût pour la lecture et l’écriture dans les jeunes générations. C’est aussi grâce à ce goût maintenu que s’envisagent les futurs lecteurs adultes et les auteurs de demain, qui sait ?

De fait, une part de la littérature française contemporaine vient de ou va vers la littérature jeunesse. On ne compte plus les auteurs ayant les deux casquettes, certains ayant commencé par écrire de la jeunesse avant de passer en littérature générale, d’autres effectuant l’inverse. Les Olivier Adam, Véronique Ovaldé, Agnès Desarthe, Arnaud Cathrine, Maylis de Kerangal et autres, mais aussi la littérature de genre, que ce soit le polar (Oppel, Leroy, Gendron, Ferey, etc), ou la SF/Fantasy évidemment…

Et de fait PEF a aussi cette double casquette, à la fois auteur jeunesse reconnu, dont l’œuvre passe de génération en génération depuis 30 ans maintenant, et auteur de littérature générale, avec par exemple un choix pour sa carte blanche dans ce registre (Milena Agus) et non en jeunesse. Il n’y a donc pas à mes yeux d’un côté la littérature jeunesse et de l’autre la littérature adulte, mais un continuum entre les deux, des allers-retours, des échanges.

Enfin, pour reprendre l’image classique du comédien pour qui, contrairement à ce que l’on a tendance à penser, il est plus difficile de faire rire et d’endosser un rôle comique, que de faire pleurer et tenir un rôle dramatique, il me semble que contrairement à ce que certains pensent, il est particulièrement complexe d’écrire « pour les enfants », sans doute plus que « pour les adultes », puisque de sa position d’adulte, il faut se mettre à hauteur de l’enfant, savoir toucher son cœur ou son âme, donc conserver en soi ce qui le permettra, tout en ayant la distance de l’adulte qui devra choisir ses phrases et peser ses mots…

Propos recueillis par Isa G., 14 août 2016

Toutes les photos sont soumises au droit d’auteur

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