Minh Tran Huy ou la mémoire en héritage

voyageur-malgre-lui-minh-tran-huy-liseuses-de-bordeauxPrix de l’Escale du livre cette année pour son troisième roman, Voyageur malgré lui, Minh Tran Huy est venue rencontrer ses lecteurs lors de cette manifestation. Elle nous a parlé de son enfance durant laquelle, élevée par sa grand-mère, elle voyait le monde en vietnamien et nous a expliqué comment, au fur et à mesure, la langue et la culture se sont effacées. C’est ainsi que pour elle, nostalgie de l’enfance et nostalgie du vietnamien sont intimement liées.
Voyageur malgré lui est l’histoire du père de Minh Tran Huy, réfugié vietnamien arrivé en France comme étudiant. Line, narratrice au métier très poétique d’enregistreuse de sons, nous raconte plusieurs destins de voyageurs malgré eux, avant d’arriver à l’histoire de son père : Albert Dadas, fugueur maladif; Samia Yusuf Omar, athlète somalienne, héroïne des jeux de Pékin et noyée en mer en tentant de rejoindre l’Europe juste avant les JO de Londres; Thinh, l’oncle bizarre; Hoai, la cousine disparue.

Pourquoi ne pas avoir directement parlé du père ?
A cette question, l’auteure répond que c’était son projet initial. En effet, à la sortie de son premier roman, La princesse et le pêcheur, son père, homme d’ordinaire si silencieux, avait commencé à s’ouvrir sur son passé. Minh Tran Huy voulait parler de lui, de son exil, du fait qu’il ait toujours été étranger dans sa vie, que ce soit en France, comme expatrié et même au Vietnam où on le prend aujourd’hui encore pour un touriste japonais… Mais elle n’y arrivait pas.
Lors d’une résidence d’écriture, elle a écrit une nouvelle sur Albert Dadas. Celui-ci lui a rappelé l’oncle Minh. Puis le reportage sur Samia Yusuf Oma lui a rappelé la cousine Hoai. Grâce à la connexion des uns et des autres, les mots sont venus. Progressivement, la partition de ce livre musical a donné vie à ses personnages.

Minh Tran Huy est obsédée par les traces que chacun laisse de son passage dans ce monde. En écrivant l’histoire de son père, elle laisse une trace de lui, de son histoire difficile d’exilé, de ses ancêtres. C’est aussi pour ça que l’héroïne est enregistreuse de sons car, en enregistrant son père, Line garde sa voix, cette voix restée si longtemps silencieuse, taisant un passé douloureux.
Minh Tran Huy a une écriture tendre et pudique, à l’image de ce qu’elle est. Ses trois premiers romans parlent du Vietnam. Dans le prochain, elle promet, tout en parlant de l’Asie, de ne pas citer le nom du pays de ses parents. Reste à savoir si elle arrivera à s’émanciper de son histoire familiale…

Edith, 17/04/2015

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