Frank Sinatra dans un mixeur de Matthew McBride

frank-sinatra-dans-un-mixeur-matthew-mcbride-liseuses-de-bordeauxFrank Sinatra est un des premiers titres de la nouvelle collection Néonoir de Gallmeister. Mais qui est donc ce Frank Sinatra promis au mixeur ? Autant vous le dire, ce n’est pas un disque vinyle du crooner américain mais le Yorkshire du héros. Ce qui donne le ton du roman : on ne vous épargnera rien… mais peut-être aimerez-vous cela ?

Nick Valentine, ancien flic devenu détective privé est entraîné dans une enquête qui mêle faux suicide de banquier et casse raté. Nous sommes à Saint-Louis, Misssouri, ville aux multiples industries vivantes (Monsanto et Chrysler) et mortes, et dont les rives du Missouri et du Mississipi peuvent servir, entre autre, à disperser un corps façon puzzle.

Nick, en parfait héros de roman noir, n’est pas un type fréquentable. Il boit beaucoup, il boit du Yukon Jack, de l’Austin Nichols (malt 50,5%), du Wild Turkey, parfois une Corona glacée (« Et n’oubliez pas le citron »), il boit aussi du Pabst Blue Ribbon et beaucoup d’autres liqueurs et mange parfois, il mange des OxyContin 20 mg et des pancakes à l’œil chez Rosebud depuis qu’il connait les secrets honteux du patron.

Après quelques pages de Frank Sinatra, je me suis posée quelques questions :

– Peut-on s’attacher à un personnage dont la principale activité est d’ingurgiter alcool et médicament + un peu d’héroïne ? Réponse : absolument. Frank le chien n’y est pas pour rien.

– Peut-on bâtir une intrigue sur les conséquences d’un casse en camionnette de boulanger ? Tout à fait car Matthew Mc Bride, en auteur astucieux, enchaîne rebondissements et collisions incongrues sans nous perdre… et sans oublier les pauses récréatives (et leurs drôles de jeux).

– Vais-je supporter ce régime jusqu’au bout ? Parfaitement, si on m’accorde quelques pages Joker.

Et pour finir, le fusil de chasse stocké dans le coffre de la Crown Victoria de Nick servira-t-il à autre chose qu’à tirer le dindon ? Bien sûr. Et la tronçonneuse Stihl aussi ? Non ?!!! Si…

Frank Sinatra dans un mixeur répond aux standards du roman noir : le hasard et la malchance comme moteurs de l’histoire, un héros dont la part d’ombre est à découvrir au fil des pages, un univers violent, un regard désabusé sur la corruption, un langage argotique, une vision hyperréaliste du crime. Les grands précurseurs de ce genre littéraire, tels Dashiell Hammet dans les années 20, publiaient leurs textes dans des magazines populaires surnommés « pulp magazines ». Elle est là, la filiation que je cherchais avec le cinéma. Frank Sinatra est un cousin de Pulp fiction de Tarantino. On y trouve la même violence et le même second degré qui permet de la supporter. Le détachement que le héros ressent pour sa vie, nous l’endossons pour traverser avec lui ce déchaînement de bêtise et de violence. Pour être en mesure d’en rire.

Voilà l’intérêt de la lecture par rapport au cinéma : pour éviter une scène insoutenable, il suffit de tourner quelques pages plutôt que de fermer les yeux, de se boucher les oreilles et d’attendre que votre voisin vous tape sur l’épaule. Vive les livres !

Isabelle, 05/2015

Le vent glacé suscita en moi des envies de café chaud mais j’avais arrêté. La pensée du café me donna des envies de cigarettes, mais ça aussi j’avais arrêté. En fait, c’est à cause des cigarettes que j’avais arrêté le café ; je n’envisageai pas l’un sans l’autre. C’est tout ou rien, pour un type comme moi.

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