Souvenirs dormants


« Paris, pour moi, est semé de fantômes, aussi nombreux que les stations de métro et tous leurs points lumineux, quand il vous arrivait d’appuyer sur les boutons du tableau de correspondances. »

Où s’en vont les visages et les voix des personnes rencontrées dans le passé, lorsqu’elles sont hapées dans le gouffre de l’oubli ?

Inlassablement, Patrick Modiano continue dans Souvenirs dormants son travail d’introspection mémorielle, évoquant le Paris de sa jeunesse. Cette fois, les figures féminines refont surface, fantômes qui hantaient déjà, pour certains, les romans plus anciens de l’auteur.
Les souvenirs fugaces liés à ces femmes surgissent du néant, au détour d’une rue, exhumés devant la façade d’un immeuble, dans un café, ravivés par la lecture d’une dédicace ou d’une note griffonnée à la hâte à l’encre bleue.

Petites bulles de passé éclatant sous l’effet du hasard, ces morceaux de mémoire constituent un magnifique hommage à Paris, lui redonnant un peu de son âme perdue.

Marisa, 4 novembre 2019

Station Eleven, roman post-apocalyptique

emily-saint-john-mandel-station-eleven-liseuses-de-bordeauxStation Eleven d’Emily Saint John Mandel est un roman post-apocalyptique qui m’a fait passer un bon moment, bien que je ne sois pas familière du genre.

Station Eleven commence par une fin spectaculaire : la mort sur scène d’un acteur – Arthur Leander – interprétant le Roi Lear. Un secouriste – Jeevan Chaundhary – monte sur scène pour lui porter les premiers secours, sous les yeux d’une fillette de huit ans – Kirsten Raymonde – actrice au rôle muet. Les trois personnages principaux du roman sont réunis dans cette scène, juste avant qu’une catastrophe beaucoup plus grande chamboule l’ordre du monde : une épidémie de grippe décime la population et impose une réorganisation de la société. Lire la suite

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds

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La vie naît par les mots et la mort habite le silence. C’est pourquoi il nous faut continuer d’écrire, de conter, de marmonner des vers de poésie et des jurons, ainsi nous maintiendrons la faucheuse à distance, quelques instants.

Révélé par sa trilogie Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le cœur de l’homme (Folio) dont je vous conseille vivement la lecture, Jón Kalman Stefánsson nous revient avec ce roman au titre étrange : D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, servi par la traduction du talentueux Eric Boury. Lire la suite

Corps désirable…ou pas !

corps-desirable-hubert-haddad-liseuses-de-bordeauxHubert Haddad nous donne matière à réflexion sur la transplantation du corps humain. Cédric Allyn-Weberson a été victime d’un accident. Tout son corps ne répond plus. Il subit alors une opération médicale sans précédent : une greffe d’un autre corps. Toute sa vie bascule et en est transformée, surtout pour sa compagne Lorna qui ne sait plus comment aimer cet homme et ce corps qu’elle ne reconnait plus. Et puis, l’auteur fait intervenir un autre paramètre : la mémoire du corps transplanté. Elle est vivante, modifie le comportement et interfère dans l’esprit de Cédric. Comment vivre dans ces conditions ? Notre personnage devra y répondre pour continuer à vivre…

Berengère, 27 août 2015

Le dernier gardien d’Ellis Island

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C’est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entreponts immondes d’où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs.

Il y a d’abord cette écriture, si juste, si pure. Pas un mot de trop, pas d’emphase ni de digression inutile. Le roman de Gaëlle Josse est si poétique qu’on souhaite le lire à haute voix, pour donner vie et corps à ce récit. Si ce livre est si remarquablement écrit, c’est sans doute parce qu’il est né d’une émotion, celle qu’a ressentie l’auteure lorsqu’elle a visité, en 2012, le centre d’immigration d’Ellis Island, à New York. Désormais Musée de l’Immigration, cette île a abrité de 1892 à 1954 le centre d’accueil des immigrés souhaitant s’établir aux États-Unis. Lire la suite