Barbara Constantine, Frédérique Deghelt Interview croisée

FD FB copieProfitant de la venue de Barbara Constantine et Frédérique Deghelt au salon LIRE EN POCHE de Gradignan, nous vous avons concocté une petite interview croisée. Se basant sur leurs livres Et puis Paulette de Barbara Constantine et La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt, cette conversation avait pour thème « les relations entre les générations ».

Le livre de F. Deghelt raconte l’histoire d’une jeune femme qui enlève sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite. Ce livre semble nous poser cette question : « Et si nous pouvions changer les choses ? Vivre notre vie autrement : qu’en ferions-nous ? »

Celui de B. Constantine parle de Ferdinand, de sa ferme qui se remplit : un ami devenu veuf, deux vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés. Et puis, Paulette… est une histoire d’amour, d’amitié et de solidarité.

Chacune, avec ses mots, nous a répondu, pour notre plus grand plaisir et le vôtre.

Qu’est-ce qui vous a motivé à prendre des personnes âgées comme personnages principaux de vos livres ?

FD : Pour ma part, ce n’est pas du tout comme cela que ça marche. Je ne choisis pas une personne et son âge, ou un thème sur lequel écrire. Ce sont les personnages qui viennent vers moi et cette fois en l’occurrence, Jade qui s’est pointée la première, me décrivant la situation qui m’a permis de tirer un fil. « J’ai trente ans, on va mettre ma grand-mère dans une maison de repos, je l’adore, ça me révulse, je l’enlève et je la ramène chez moi ». Et avec ça je commence… Tout ce qui en découle n’en est pas l’origine.

BC : C’est une étape de la vie que je connais mal (pas eu l’occasion de côtoyer de personnes âgées dans ma famille, par exemple) mais qui m’intéresse, me fascine. D’où l’envie d’écrire sur la question. Ça me rappelle un truc… Pendant des années, j’ai trimbalé et accroché aux murs de chaque endroit où j’ai vécu, le portrait d’une femme (découpé dans une revue) très très vieille et incroyablement ridée. C’était (et c’est encore) pour moi, le summum de la beauté.

Dans le livre de Frédérique Deghelt, il y a un très beau passage où la grand-mère va rassurer une amie de Jade qui vient d’avoir un bébé et qui se sent débordée. Sans dévoiler l’histoire de Et puis Paulette…, cette anecdote fait écho au livre de Barbara Constantine. Comment définiriez-vous le lien qui unit ces deux générations (bébé/vieux) ?

FD : Il est intéressant parce qu’il installe un saut de génération. Il décomplexe le plus âgé qui n’a plus ce problème de réussir une éducation, d’être jugé pour cela. Entre le grand-parent et le plus jeune, il n’y a que le lien que chacun va créer avec l’autre. Le bébé si petit soit-il sent sûrement cette absence d’enjeu, cette tranquillité dans laquelle il peut s’installer. C’est un lien d’échange extrême. Celui qui est plus vieux est rajeuni par ce lien. Et le plus jeune peut capter et comprendre d’où il vient. On ne peut pas grandir quand on ne connait pas les origines de son identité.

BC : J’avoue avoir du mal à définir les choses. Par flemme mais aussi par goût : j’aime bien le flou ! (à cause de ma myopie, peut-être). Il me semble, quand même, qu’il y a plus de liens entre ces deux générations si éloignées (bébé/vieux), qu’entre d’autres plus proches en âge. Quand on est moins pressé, qu’on a moins besoin de paraître, que le boulot, les addictions, les passions ne prennent plus toute la place, on est un peu comme des enfants, non ?…

Dans le livre de Frédérique Deghelt, Jade et Jeanne sont de la même famille. Dans Et puis Paulette, les personnes de tous âges, qui vivent ensemble, n’ont aucun lien de parenté. Pensez-vous qu’il est plus facile d’accepter de vivre avec une personne âgée quand elle ne fait pas partie de notre famille ?

FD : Je crois que c’est plus une question de caractère que de famille. Mais il est certain que pour des enfants qui vont récupérer leurs parents, il y a une sorte d’inversion perverse. Ils ont été élevés par ceux-là, il y a un passé voire un passif. Ils sont sous le regard de ceux-là même qui les gouvernaient et qui ont perdu leur autorité, leur superbe, la jeunesse et l’aura qu’ils pouvaient avoir parfois. C’est cette donne-là qui rend les choses plus difficiles dans une même famille. A l’inverse, il est parfois difficile d’être dans une intimité quand les liens de parenté sont absents. Même si je crois qu’il n’est pas plus facile de changer la couche de son parent que d’un inconnu… il y a un moment où il faut considérer toute l’humiliation de la prise en charge de l’autre et c’est vrai aussi dans la maladie. C’est ce qui explique comme on peut se détendre quand on est soigné par une infirmière plutôt que par un proche. Il y a l’alibi du métier choisi. Elle est là parce qu’elle a voulu y être. On ne lui a pas été imposé. On retrouve ce paramètre avec un étranger qui vous recueille.

BC :  J’imagine que c’est plus simple. Pas de passé en commun, de secrets, de non-dits, de contentieux. Ça doit être pesant, tout ça… Mais ce n’est pas forcément valable pour tout le monde. Il y a des familles qui s’entendent bien et qui pourraient finir leur vie ensemble, harmonieusement. Mais si on n’a pas cette chance, eh bien, j’aime bien l’idée de pouvoir choisir ses parents, se créer une famille…

Comment aimeriez-vous voir le monde autour de vous quand vous serez très très très vieille ?

FD : C’est une très jolie question. J’aimerais voir le monde en continuant de m’émerveiller. Je serais très déçue si quelqu’un me disait en le sachant sûrement, que je vais m’aigrir. (bon maigrir pourquoi pas !) Mais voir le monde avec bienveillance, c’est encore participer au monde, transmettre, donner ce qu’on sait et apprendre aussi de ce qu’on ne sait pas. De ce qui vient et change pour ceux qui vont rester.

BC : Beau (pff ), chaud (ça, y’a des chances) et plein d’amour (mmm) . Mais non, je déconne ! En réalité, je ne comprends pas très bien la question. Parce que quand vous dîtes très très très vieille, vous voulez dire terriblement âgée, c’est ça ? Dans le genre 110 ou 120 ans ? Alors, si jamais on en arrive là, faut être lucide, on n’y verra plus grand-chose…

Propos recueillis par Isabelle G.

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