Les frères Sisters de Patrick deWitt

Les frères Sisters… En 1851, la seule évocation de leur nom fait frémir ceux qui le prononcent et détaler ceux qui l’entendent. Engagés par le Commodore, ces tueurs professionnels à la sinistre réputation chevauchent de l’Oregon à la Californie, traquant un chercheur d’or du nom de Hermann Kermit Warm.

Eli et Charlie Sisters forment une fratrie bien étrange, tant ils sont dissemblables. Charlie agit de sang-froid, aime l’alcool et les femmes et n’a qu’une idée en tête : tuer ce chercheur d’or pour empocher le magot promis par le Commodore. Plus circonspect, Eli est le suiveur, le frère un peu naïf, fleur bleue et philosophe à ses heures. Il tue à la perfection, mais parfois avec remords et hésitations. C’est à travers lui que Patrick deWitt choisit de raconter cette chevauchée meurtrière et impitoyable, apportant à ce récit une dimension singulière, parfois drôle, parfois poétique, un supplément d’âme.

Grands espaces de l’Ouest américain, chercheurs d’or, duels, putains, ours, Indiens, et du sang, beaucoup de sang… Patrick deWitt joue avec les codes du western, n’hésitant pas à le parodier.

Un vrai régal de lecture.

Marisa, 17 septembre 2018

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Le bourreau de Gaudi de Aro Sáinz de la Maza

Bâtir est un terme d’architecture, mais aussi de couture. Cette enquête m’a fait l’effet d’un long travail de construction, comme peut l’être la Sagrada Familia. Aro Sáinz de la Maza a tendu les fils de son ouvrage jusqu’à la dernière page.
Peu à peu, nous découvrons Barcelone avec sa beauté architecturale, son agitation, sa chaleur mais également ses nuits sombres, son envie d’être la plus attirante possible, au prix de nombreux sacrifices.
Avant le lever du soleil, celui que l’on nommera le Bourreau de Gaudi allume le feu sur la ville : un combat incessant oppose le Bourreau à Barcelone. Car la ville de Barcelone est un personnage qui compte dans les méandres de cette intrigue. Le Bourreau accroche ses victimes aux bâtiments construits par Antonio Gaudi à l’aide de câble d’acier et les fait brûler vives. Auparavant, il les a soumises à sa volonté, dans un cachot, pendant plusieurs jours.
Ce polar bien ficelé a un goût de vengeance. 
Pour défaire tous les nœuds, Milo Malart est appelé à la rescousse par la juge d’instruction Susanna Cabot. Ce flic anéanti par le suicide de son neveu rend notre enquête palpitante. Il nous énerve autant qu’il nous émeut. Caractériel, il malmène ses collègues. Intuitif, il est capable de lire dans l’esprit des gens. Tous les échafaudages sont en place pour faire de ce roman policier un sacré monument.
Lorsque je le rembobine jusqu’à la première page, je suis stupéfaite des éléments qui m’étaient donnés à voir tout au long du roman sans que je ne les aperçoive. Le bourreau était là et je ne le voyais pas !
Babeth, 19 février 2018

Le mur invisible

Si je devais choisir des livres pour l’originalité de leur propos, Le mur invisible ferait sans nul doute partie de ma sélection. Ecrit en 1963 par Marlen Haushofer (1920-1970), ce roman est un chef d’œuvre insolite d’une étonnante modernité.

Le propos. Alors qu’elle passe un séjour enchanteur dans les Alpes autrichiennes, une femme se retrouve isolée dans un chalet. Durant la nuit, un phénomène étrange est apparu, bouleversant à jamais son existence : un mur transparent se dresse désormais à proximité de la propriété, la séparant du reste du monde. De l’autre côté du mur invisible, la vie s’est figée. Que va-t-elle devenir ? Comment va-t-elle survivre ?

Une héroïne forte. Alors que beaucoup auraient baissé les bras, soupiré à fendre l’âme, soufflé dans leurs joues, pleuré et re-pleuré de désespoir, cette femme fait le choix d’affronter sa nouvelle condition, de survivre coûte que coûte. Rien que cela. Entourée d’animaux dont elle a désormais la charge, elle garde au fond d’elle-même un espoir ténu qui la fait tenir debout : si elle est vivante, d’autres doivent également l’être, quelque part, et peut-être sont-ils déjà partis à sa recherche.

Un cadre enchanteur, une héroïne forte, une dose d’espoir qui fait vivre… Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce roman une expérience de lecture hors du commun. Ce livre n’appartient certainement pas à la catégorie des feel good books, mais il a l’avantage d’être profondément humain.

Marisa, 24 janvier 2018

Lune de glace de Jan Costin Wagner

Premier volet des enquêtes du jeune inspecteur finlandais Kimmo Joentaa, Lune de glace est un polar efficace, le livre idéal à emporter pour les vacances au froid, en Sibérie ou ailleurs.

En quelques mots, ça donne…

L’ambiance. La neige, la glace, le froid, la nuit, la lune. Le silence. Des meurtres. Des victimes fort sympathiques.

Les personnages. Un assassin discret, mutique. Le genre de type qu’on ne remarque pas. Des meurtres attentionnés. Un inspecteur en plein deuil, intuitif, peu disert, vaguement paumé. Une enquête qui piétine. Des mobiles qu’on peine à trouver.

Addictif. Vivement conseillé.

Marisa, 27 décembre 2017

Je pensais que mon père était Dieu

je-pensais-que-mon-pere-etait-dieu-paul-auster-liseuses-de-bordeauxEn septembre 1999, sur les ondes d’une radio nationale, Paul Auster demande aux auditeurs américains de lui envoyer des récits qui ont marqué leur vie.
« Ce qui m’intéressait le plus, ai-je précisé, c’étaient des histoires non conformes à ce que nous attendons de l’existence, des anecdotes révélatrices des forces mystérieuses et ignorées qui agissent dans nos vies, dans nos histoires de famille, dans nos esprits et nos corps, dans nos âmes. En d’autres termes, des histoires vraies aux allures de fiction. »
Sur 4000 textes reçus, l’écrivain en sélectionne 172 qu’il réunit dans cette anthologie.
Que vous choisissiez de lire les textes dans l’ordre ou en les picorant, de-ci, de-là, au gré de vos envies, parcourir ce recueil est un ravissement. Parfois poétiques, parfois drôles, parfois nostalgiques, ces récits constituent un point de vue kaléidoscopique sur la réalité américaine. Paul Auster nous fait côtoyer l’intime, traque ces petits riens, ces instants où la vie quitte la banalité du quotidien pour rejoindre l’extraordinaire, sans pour autant perdre son caractère profondément humain.
Un livre à avoir à portée de main, dans sa bibliothèque, et à lire et relire sans modération.
Marisa, 28 novembre 2017