L’écriture poétique de Laura Kasischke

laura-kasischke-liseuses-de-bordeauxLaura Kasischke est un grand écrivain. Ses romans m’empoignent et me bouleversent par leur intrigue aiguisée, leur écriture poétique, et leurs images qui s’ancrent dans ma mémoire… Reconnue aux États-Unis pour sa poésie, pour laquelle elle a obtenu de nombreux prix, celle-ci n’avait à ce jour jamais été traduite en français. C’est chose faite avec Mariée Rebelles, premier recueil de poèmes de Laura Kasischke, sorti en 1992 dans son édition originale, et publié cet automne chez Page à Page en format bilingue.

Elle y raconte son histoire, sobrement. Marie Desplechin, qui signe la préface de ce recueil, écrit à propos de cette collection de textes, qu’elle n’est « jamais intimidante, exclusive ou rébarbative. C’est sans avoir le sentiment de consentir un effort qu’on y entre. »

Laura Kasischke a eu la gentillesse de me recevoir alors qu’elle participait au festival America à Vincennes. L’occasion de comprendre son rapport à la poésie, source de toute son écriture.

laura-kasischke-liseuses-de-bordeauxWild Brides vient d’être traduit en français sous le titre Mariées Rebelles. C’est votre premier recueil de poèmes publié aux Etats-Unis il y a une vingtaine d’années…
J’avais vingt-neuf ans quand je l’ai écrit… C’était il y a vingt-cinq ans…Ce sont des poèmes de jeunesse ! La seule chose que j’ai essayé de faire c’est d’écrire des poèmes, sur mes préoccupations de l’époque. Ces poèmes ont été inspirés par un son, une atmosphère ou un sujet… Quand mon fils était petit, il devait avoir 3 ou 4 ans, il avait des cheveux blonds, bouclés et longs. Et il était temps qu’on s’occupe de sa coupe de cheveux. J’ai voulu le faire moi-même, ce qui a été une grande erreur, et pendant que je lui coupais les cheveux, je me suis dit : « Tiens, il y a un poème à faire sur ce changement ». Je pensais au fait qu’il grandissait, au changement physique… Les vers venaient à moi.

Dans Esprit d’hiver, votre dernier roman, Holly, le personnage principal veut écrire un poème. Vous écrivez que le poème doit venir à elle. Comment travaillez-vous ?
Je ne sais pas vraiment. Mis à part que ce que je dis sur la manière dont Holly écrit et lit de la poésie est autobiographique. J’ai une idée, j’y pense pendant un certain temps, parfois j’écris quelques notes, mais pas toujours… Mais vous savez, je n’aime pas en parler car cela peut sembler prétentieux… Je ressens un sentiment d’urgence. Je ne sais pas où je vais… J’écris un premier jet que je modifie par la suite.

Vous ne vous fixez pas de contraintes ?
Oh, non ! Je ne serais pas capable de me dire que je dois écrire un poème par jour. Je ne pourrais pas le faire. Quand j’écris de la fiction, je me fixe un planning et j’écris tous les jours. Je me fixe des contraintes parfois quand j’écris des romans, même si cela peut avoir un résultat très artificiel. Tout dépend du temps que j’ai… Parfois je me fixe un nombre de pages à écrire chaque jour quand j’écris de la fiction. Mais pas pour la poésie.

Dans Esprit d’hiver, Holly veut écrire un poème mais elle a un blocage qu’elle compare à un cygne dans sa gorge. Votre processus d’écriture est-il aussi douloureux ?
Parfois, oui. Quand je n’aime pas ce que j’écris, quand je n’ai pas d’inspiration… Je n’ai pas ce problème quand j’écris un roman : je peux écrire dans un café ou alors cinq minutes après être revenue de quelque part… Alors que quand j’écris un poème, j’ai besoin d’être seule dans la maison, je ne dois pas être dérangée… J’ai besoin d’être seule avec moi-même… Mais j’ai une famille et des étudiants que je ne peux pas blâmer de venir me voir…

Quel rôle joue la poésie dans votre vie ?
J’ai toujours écrit de la poésie. Je ne me considère pas en premier lieu comme une romancière. Quand j’ai commencé à travailler sérieusement l’écriture de fiction, j’ai commencé par écrire des nouvelles, mais ce n’est pas ma forme d’écriture. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais même lorsque j’étais plus jeune, j’ai toujours été attirée par la poésie… L’idée de fragments, la musicalité… La poésie est ce que j’aime le plus lire. J’aime son côté sensoriel, les images, les métaphores, le langage figuratif… Ce sont les bases de la poésie et elles m’attirent.

Quand savez-vous qu’il est temps pour vous d’écrire un poème ou d’écrire un roman ?
J’écris de la poésie et du roman en même temps. Écrire de la poésie me stresse parfois, et parfois j’échoue à en écrire. Pour un roman, il y a moins d’enjeux. Je ne peux pas m’angoisser de la même manière quand j’écris un roman dont l’écriture va me prendre trois ans ! Je ne décide pas vraiment si je vais écrire de la poésie ou un roman… Je peux passer plusieurs jours à écrire un roman, puis l’inspiration me vient pour un poème. Parfois je glisse des poèmes dans mes romans et inversement…

Propos recueillis par Florence, 27/09/2016

La photo est soumise au droit d’auteur.

Les Liseuses organisent un bookclub consacré à Laura Kasischke en novembre. Plus de détails ici.

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