Vinegar Girl

Pour un roman dont le titre est Vinegar Girl, que l’on pourrait traduire littéralement par « une fille au vinaigre », celui-ci est charmant et délicieusement sarcastique.

Kate Baptista manque de diplomatie. Elle dit ce qu’elle pense sans prendre le soin d’enrober ses propos dans un peu de courtoisie. Elle va au plus direct dans ses relations comme dans sa manière de manger du bœuf séché : en le découpant aux ciseaux. Ce manque de tact cache (à peine) une existence morne, plus subie que choisie. A trente ans, elle vit toujours chez son père, un scientifique distant plus intéressé par ses sujets de recherche que par ses filles, et tente sans véritable succès d’élever sa jeune sœur Bunny. Elle occupe un emploi d’assistante dans une école maternelle… par défaut.

Le moins que l’on puisse dire, c’était que Kate n’avait jamais envisagé de travailler dans une école maternelle. Cependant, au cours de sa deuxième année d’université, elle avait dit à son professeur de botanique que son explication de la photosynthèse était « foireuse ». Une chose en entraînant une autre, on avait fini par lui demander de partir. 

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My absolute darling

My absolute darling est assurément le roman à lire en ce moment : il est remarquablement écrit, bouleversant et effrayant.

L’histoire, c’est celle de Turtle, jeune fille de quatorze ans, élevée seule par son père, Martin, depuis la mort de sa mère dans des conditions obscures.

Martin est un tyran, un pervers, un type malsain : il viole sa fille et exerce sur elle une emprise psychologique oppressante. Il est obsédé par l’idée d’apprendre à sa fille à survivre dans la forêt qui entoure leur maison – en fait, un taudis crasseux – et use de tout type de manipulations psychologiques pour contraindre sa fille à lui obéir. Lire la suite

Derniers feux sur Sunset

Avec Derniers feux sur Sunset, Stewart O’Nan offre à ses lecteurs une belle biographie romancée des dernières années de la vie de Francis Scott Fitzgerald.

L’auteur de Gatsby le magnifique est au crépuscule de sa vie, criblé de dettes et alcoolique. En 1937, il part s’installer à Hollywood avec l’espoir que sa notoriété d’écrivain lui permette de participer à quelques scenarii et d’avoir ainsi son nom au générique d’un film. Il quitte donc l’est des Etats-Unis, laissant Zelda en proie à la folie, internée dans un hôpital psychiatrique, et leur fille Scottie en pension. Mais les studios hollywoodiens ne font pas grand cas de Fitzgerald, à qui ils confient l’écriture de scénarii de films faciles et sans envergure, pour les lui retirer presque aussitôt et les confier à d’autres scénaristes. Il est traité comme un écrivaillon interchangeable, ce qui renforce son sentiment que ses faits d’écriture sont derrière lui. Lire la suite

Ces morts heureux et héroïques

Jeanne roule à travers l’Idaho en portant une attention particulière aux détails. Elle roule toute la nuit jusqu’au petit matin pour atteindre la prison d’Etat dans laquelle son fils Rob est détenu. Si elle accorde une telle importance aux détails, c’est qu’elle les transforme en anecdotes qu’elle peut raconter à son fils, pensant le distraire.

Ainsi débute Visites, l’une des dix nouvelles du recueil Ces morts heureux et héroïques écrit par Luke Mogelson. Visites raconte l’histoire de Jeanne et de ce fils qu’elle ne comprend plus. Ce qu’elle comprend encore moins, c’est cette foutue guerre à laquelle il a participé et qui l’a considérablement métamorphosé. Lire la suite

Inventaire d’inventions (inventées)

Inventaire d’inventions (inventées) est le dernier ouvrage d’Eduardo Berti. C’est un objet littéraire original et teinté d’absurde. C’est un livre fait de livres, une véritable bibliothèque d’inventions littéraires qui encourage le lecteur à l’exploration.

Inventaire d’inventions (inventées) prend comme point de départ une centaine d’inventions qui sont le pur produit de l’imagination d’écrivains et n’existent que dans la fiction : le pianocktail de Boris Vian, la Kallocaïne de l’écrivain et pacifiste suédoise Karin Boye, le superficine du Russe Sigismund Kryzanowski, le myopicide de Raymond Queneau … qu’Eduardo Berti retravaille pour les insérer dans des courts récits. Il y a donc des textes qui parlent de vrais livres et de vrais auteurs et d’autres qui parlent de faux livres et de faux auteurs. Certains textes sont réécrits, d’autres insérés tels quels… Eduardo Berti définit cet ouvrage comme « une anthologie active influencée par celles de Borgès et de Bioy Casares qui mélangeaient des choses réelles et inventées. »

« La vie est infiniment plus étrange que tout ce que l’esprit de l’homme puisse inventer »
Arthur Conan Doyle, Une affaire d’identité

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