D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds

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La vie naît par les mots et la mort habite le silence. C’est pourquoi il nous faut continuer d’écrire, de conter, de marmonner des vers de poésie et des jurons, ainsi nous maintiendrons la faucheuse à distance, quelques instants.

Révélé par sa trilogie Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le cœur de l’homme (Folio) dont je vous conseille vivement la lecture, Jón Kalman Stefánsson nous revient avec ce roman au titre étrange : D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, servi par la traduction du talentueux Eric Boury.

C’est un mardi tout en lenteur, pas un souffle de vent au-dehors, le voisin promène son chien, une vieille chanson à succès passe à la radio, et tout à coup une explosion se produit à la table de la cuisine. Ari demande à Þora, faut-il que tu fasses autant de bruit en mangeant?

Par un matin banal comme tant d’autres, gagné par l’ennui d’une vie jugée monotone, Ari balaye d’un violent revers de main son petit déjeuner devant le regard ahuri des siens. En pleine crise existentielle, il décide de quitter l’Islande,  sa femme Þora et ses trois enfants, pour partir vivre seul au Danemark.
Deux ans plus tard, il reçoit un courrier de son père Jakob avec lequel il a rompu toute relation. A l’intérieur une photo de son père et de sa mère, morte depuis plus de quarante ans, et le diplôme d’honneur de son grand-père paternel Oddur, papier jauni qu’Ari reconnaît pour l’avoir toujours vu accroché à la meilleure place du salon familial.
Chargés de mémoire, ces souvenirs réveillent en lui le mal du pays et le décident à mettre fin à son exil. Il rentrera à Keflavík, la ville de son enfance, ce port de pêche situé au bout du monde et ne possédant que trois points cardinaux, « le vent, la mer et l’éternité ».

En accomplissant ce voyage aussi bien géographique qu’introspectif, Ari accepte son passé et l’héritage familial dont il a jusqu’ici voulu s’affranchir. Le douloureux souvenir de sa mère défunte, l’histoire de ses grands-parents paternels confrontés à l’âpreté du quotidien dans le fjord de Norðjförður… Autant de destins qui vont petit à petit l’éclairer et donner un sens à sa propre existence, lui qui en avait perdu la clé.

Jón Kalman Stefánsson mêle les histoires de trois générations d’Islandais, entrecroisant les époques, opérant même des changements stylistiques pour mieux servir le récit : plus saccadé lorsqu’il décrit le présent, le style de l’auteur se fait plus poétique à l’évocation du passé.

Point d’accès à l’âme islandaise, ce roman nous séduit par sa poésie et nous éclaire sur l’histoire de ce pays. Aucun doute possible, le talent de cet auteur est maintenant une évidence.

Marisa, 16/09/2015

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