Les strates, roman graphique de Pénélope Bagieu

Lors de notre dernière réunion des Liseuses, Isabelle m’a tendu Les strates de Pénélope Bagieu, en me disant « Tiens, je pense que ça va te plaire ». C’est une BD autobiographique au format agréable avec un élastique pour le maintenir fermé comme un agenda. Après l’avoir lu, j’ai eu le sentiment d’avoir eu entre les mains le journal intime de Pénélope et d’avoir été comme une confidente. Ce n’est pas la première fois qu’elle nous parle d’elle. Je me marrais en la suivant sur son blog BD Ma vie est tout à fait fascinante, où elle nous racontait des instants de sa vie quotidienne. Après, j’ai appris des tas de choses sur des femmes qui ont marqué l’humanité, avec Les culottées.

Mais là c’est différent.
L’absence de couleur, c’est un peu comme si elle nous disait, « Ok, j’aime toujours rigoler, mais j’ai des choses sérieuses à te dire. Enlève l’élastique qui sert bien fort mes secrets et lis ».
Elle nous livre des moments de son enfance et de son adolescence avec de nombreuses références aux années 90. Des petits détails sur les fringues, la référence aux magazines de l’époque ou des séries comme Street Fighter.
Ce qu’il y a de bien avec Pénélope, c’est que lorsqu’on lit ses petites histoires on se sent moins seule. Notamment lorsqu’elle parle de son chat qui pissait partout (et malgré tout, on reste attaché à ces petites bêtes). En évoquant un premier amour, elle met en exergue ces rencontres fortuites de personnes qui vont nous guider et marquer notre vie. Lorsque Pénélope Bagieu convoque ses propres souvenirs, elle fait renaître notre histoire personnelle. Elle fait passer des émotions très variées à travers ses dessins. Son procédé narratif passe par l’humour pour parler parfois de choses graves, comme la confiance en soi ou la culpabilité. J’ai été particulièrement touchée par l’histoire qu’elle a nommé Déjà vu. Quel que soit l’âge, l’époque, il y a des choses qu’on n’ose pas dire, qu’on garde enfouies au fond de soi. Et là clairement, elle écrit pourquoi elle n’a rien dit. C’est poignant. C’est un beau message pour ouvrir la parole et déculpabiliser. Je ne vais pas vous lister tous les thèmes abordés dans ce roman graphique, mais n’hésitez pas à le découvrir, vous passerez du rire aux larmes : émotions garanties.

Babeth, le 19 avril 2022

Les strates, Pénélope Bagieu, Gallimard Bd, 2022

PI YING XI, Théâtre d’ombres, de Philippe FOREST

Qu’est-ce qui fait que l’on prend une situation, ou plutôt juste un sentiment, à peine un soupçon, pour un signe ? C’est à ce questionnement que Philippe Forest confronte son lecteur dans ce « récit » recomposé. Dans cette confrontation au monde qu’est la vie, le « signe » est-il le produit de l’interaction du sujet avec le monde, ou bien seulement une projection arbitraire et unilatérale du sujet, et de lui seul ?

Telle est la question que se pose l’auteur en sortant de ce restaurant chinois, la question qui le conduira en Chine ou plutôt l’y reconduira car à bien y regarder, il ne la quitte plus beaucoup cette Chine devenue tout à la fois son ici, son quartier, et son ailleurs, son paysage mental. Face à ce qui pourrait sembler constituer un signe (un appel à l’aide sans provenance), il fait le choix de l’interpréter comme tel, prenant ainsi le risque de s’embarquer pour la Chine sans plus de motif que la conscience d’un besoin, celui d’imaginer « qu’il y a quelque chose à découvrir, qui, d’une certaine façon, se trouve en relation avec ma vie et qui, si je comprends quoi, m’en révélera peut-être le sens ».

La Chine qu’il connaît si bien (en tout cas mieux que d’aucuns qui rapidement s’en revendiquent spécialistes), et pourtant si peu, cette Chine devient au fil de cette narration mêlant récit et introspection un peu comme un autre lui-même.

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Les enfants sont rois de Delphine de Vigan

Kimmy Diore a disparu. Cette petite fille de 6 ans, devenue une star grâce à YouTube et Instagram, est introuvable. On pourrait croire que le dernier roman de Delphine de Vigan est une simple intrigue ayant pour but de retrouver Kimmy et de savoir qui l’a enlevée. Que nenni ! Cet événement est surtout un prétexte pour évoquer notre société qui s’engouffre dans le monde du virtuel et des likes à gogo. De 2001 à 2031, l’auteur retrace et imagine notre rapport à l’Ecran télévisuel puis numérique.

Au moment de la finale de l’émission Loft Story, Mélanie Diore (la mère de Kimmy) est une adolescente qui trouve dans la télé réalité un moyen de combler un vide existentiel. Lorsqu’elle sera une jeune maman, c’est auprès de Facebook qu’elle trouvera le sentiment d’exister. Sa vie ne lui suffit pas. En passant de la position de celui qui regarde à celui qui est regardé, son bonheur prend forme. Etre vue, regardée, admirée lui semble à la portée de tous et elle veut en profiter. Sur sa chaîne YouTube et ses comptes Instagram, elle fait un carton. Ses enfants ont un succès fou. Alors elle les filme tous les jours, dévalisant les magasins, laissant les internautes décider de tel ou tel achat, ou rire de leur « PQ battle » en période de confinement. Kimmy a grandi dans ce monde parallèle offert à chacun sur son écran de téléphone. 

Oui mais Kimmy a disparu.

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Les choses humaines de Karine Tuil

Alexandre vit la plupart du temps aux Etats-Unis pour ses études. Il est brillant et c’est un sportif émérite. Ses parents vivent en France.

Jean Farel, son père, est un grand journaliste politique. Personnalité la plus aimée des français, il soigne son image à coup de tweets et de photos dans les magazines. Il passe pour un bon père et un époux fidèle. Dans la réalité, il mène une double vie, pousse son fils à être le meilleur et n’hésite pas à être violent avec lui.

Claire, la mère d’Alexandre est essayiste. En épousant Jean, de 27 ans son aîné, elle a vu sa carrière exploser. Et lorsqu’elle décide de le quitter, plus personne ne s’intéresse à son travail. Féministe, elle a élevé son fils dans le respect de l’autre. Elle intervient souvent dans les médias contre les violences faites aux femmes.

Mila Wizman a été élevée dans une famille juive. Après un acte terroriste dans son école, elle part vivre avec les siens en Israël. De retour en France, ses parents se séparent. Mila part quelques temps vivre avec sa mère à Brooklyn dans le quartier juif orthodoxe. Ne supportant pas l’éducation rigoriste, elle vient s’installer en France chez son père qui a refait sa vie avec Claire. C’est ainsi qu’elle rencontre Alexandre.

Deux êtres totalement différents, de par leur statut et leur éducation. Lui a un parcours de jeune élite à qui tout réussit. Mais il est aussi narcissique, il a une grande aisance avec le langage. Il a une sexualité libérée dans les actes et un langage parfois ordurier. Mila est majeure et a eu des rapports sexuels avec un homme marié. Son rapport au sexe est différent, de par son éducation juive ultrapratiquante. Un soir, ils partent ensemble à une fête et ont des rapports sexuels.

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