Là-haut, tout est calme

Là-haut, tout est calme de Gerbrand Bakker

Le décor. Une ferme familiale du nord de la Hollande.

Le drame inaugural. Après la mort prématurée de son frère jumeau Henk, Helmer est sommé par son père d’abandonner ses études et de rentrer d’Amsterdam pour reprendre l’exploitation familiale destinée à Henk, le fils préféré. Son existence s’écoule au rythme de la ferme, les tâches se répètent au fil des saisons. Et le temps passe, inexorablement.

L’élément déclencheur. Au début du récit, Helmer a 55 ans. Il vit avec son père grabataire dans une solitude extrême. Jusqu’à ce qu’un événement perturbe le paisible écoulement des jours. Ce matin-là, Helmer décide de prendre sa vie en main. Son premier geste sera de déplacer son père à l’étage, dans la chambre du haut. Une décision qui marquera sa renaissance.

Pourquoi on aime ce roman. Parce que Gerbrand Bakker est un orfèvre. Il prend le temps d’installer le décor, de donner corps à ses personnages et diffuse avec soin l’atmosphère si particulière que dégage ce roman. En littérature, peu nombreux sont les auteurs qui s’autorisent un tel luxe. En déroulant soigneusement son récit, sans bruit ni fracas, l’auteur explore avec justesse le thème du deuil, du devoir filial et des relations familiales, des sujets délicats qui nécessitent beaucoup de subtilité et de finesse, tant dans l’écriture que dans ses silences.

Marisa, juin 2019

Le travail d’écriture de Philippe Djian

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Lire en poche 2018 proposait un grand entretien avec Philippe Djian. Après avoir dévoré Oh…, la série des Doggy Bag ou l’inoubliable 37,2° le matin, je ne pouvais pas manquer cette rencontre. D’apparence peu accessible, Philippe Djian nous a livré ses pensées (tous azimuts) sur l’écriture, sans langue de bois. Retour sur ces Uppercuts désenchantés.

Lorsqu’il écrit, Philippe Djian part sans savoir où il va. La première phrase est lancée comme une amorce, et l’histoire se déroule sans plan préétabli.

Je ne reprends jamais l’amorce. Je refuse d’être ennuyé par l’histoire. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est comment les personnages réagissent face aux petits ou aux gros problèmes, comment ils arrivent à vivre, ou pas, ensemble. Je ne mets pas l’histoire au premier chef. Mais écrire un bouquin sans histoire, ce serait sacrément compliqué.

L’idée est de se servir de l’histoire pour développer des thèmes qui lui sont chers. Qu’est ce que c’est que la normalité ? Ou le pardon ?

Je mets des personnages dans une boîte. Ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent sauf sortir sans me demander la permission. J’invente des facettes, je ne m’inspire jamais de personnes que je connais.

Pour lui, il n’y a pas une palette de sentiments étendus qui nous font avancer dans la vie. C’est toujours l’amour, la haine, la passion, la tristesse, la folie… Il faut savoir comment les recycler, s’en resservir. L’histoire va lui permettre de mettre en place un mode de narration.

Faire tenir une phrase debout c’est très compliqué. Le vrai travail de l’écrivain c’est de s’intéresser à la langue. Si vous êtes un apprenti écrivain bouleversé par Proust par exemple, est ce que vous allez essayer de le copier ou essayer d’arriver à son niveau d’écriture ? On peut faire un pas de côté et faire différemment : changer l’angle. C’est ce que j’essaie de faire, car les écrivains qui m’ont bouleversé, ont changé mon regard.  La littérature, ce n’est pas anodin, mes plus grandes émotions, je les ai eues à travers la littérature.

Philippe Djian pense également qu’en écriture, il n’y a pas de mauvais genres:

Il y a de mauvais écrivains, mais pas de mauvais genre.

Pour conclure, il nous parle également de la société d’aujourd’hui et du rôle de l’écrivain:

Je ne comprends pas comment on peut vivre sans lire. Je pense que les écrivains sont utiles dans la vie des hommes. A un moment, il faut rendre ce qu’on nous a donné sinon humainement vous ne valez pas grand chose. Il faut être ébloui par la langue. Il y a une volonté, une envie, une obligation presque de donner la part que l’on a à donner mais aussi de la rendre.

Cet intérêt constant pour le style chez Djian vous donnera peut-être envie de lire cet auteur. Pour ma part je l’apprécie pour son côté « grande gueule » et parce qu’il ose dire qu’il « ne veut pas laisser le roman populaire aux seules mains d’auteurs médiocres » !

Babeth, 4 novembre 2018
Crédit photo Les Liseuses de Bordeaux

Fugitive parce que reine

C’est dimanche et je n’y suis pour rien de Carole Fives

Tout, chez Carole Fives, m’interpelle. Son écriture à la fois cynique et drôle (dont nous avons déjà parlé ici), son goût pour l’art (n’hésitez pas à lire Camille Claudel, la vie jeune où Carole anime des personnages autour d’une sculpture). Dans C’est dimanche et je n’y suis pour rien, c’est par le titre et la photo de couverture que l’auteur m’a attirée : une femme, représentée de profil, le visage caché par un nuage de plumes, semble attendre que ce nuage s’éloigne de lui-même. Lire la suite

Évariste, révolutionnaire de génie

evariste-francois-henri-deserable-liseuses-de-bordeauxÉvariste Galois… Ce nom ne vous dit sans doute pas grand chose, mais il figure au panthéon des mathématiciens. Mort à vingt ans dans un duel, ce jeune homme inconnu du grand public a eu le temps de révolutionner les mathématiques, rien que cela. François-Henri Désérable lui consacre son premier roman, Évariste, publié chez Gallimard début 2015.

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