Les enfiévrés

Les enfiévrés, de Ling Ma

Nous vous avons réservé une petite sélection de premiers romans de la rentrée littéraire. Aujourd’hui, le premier roman de Ling Ma, Les enfiévrés (Mercure de France), en librairie ce 27 août.

Candace Chen vit seule à New York. Ses parents sont morts, lui laissant pour héritage de l’argent, des souvenirs de Chine et cette phrase, comme un viatique : « Quoi qu’il arrive, nous voulons juste que tu sois utile. »
Recrutée un peu par hasard dans une entreprise qui commercialise des bibles, la jeune femme se révèle une employée modèle. Lorsque New York est touchée par une terrible épidémie et se vide de ses habitants, elle continue à se rendre quotidiennement au travail, imperturbable petit soldat des temps modernes.
Ce n’est que lorsqu’elle réalise que sa vie est en danger que Candace quitte la ville, déterminée à sauver sa peau.

La force de ce récit tient au regard que porte Ling Ma sur le travail et la place qu’il occupe dans nos vies : en poussant le zèle de Candace jusqu’à l’absurde, en la faisant travailler jusqu’à la limite du possible et du raisonnable, elle pointe du doigt l’essentiel, le manque.
L’arrivée d’un virus qui amène les individus à répéter inlassablement les mêmes gestes jusqu’à leur mort contraint l’héroïne a faire un choix déterminant, pour la première fois de sa vie.

On peut regretter que l’auteure ne s’attarde pas davantage sur ces zombies « enfievrés », certaines scènes promettant d’être absolument terrifiantes. Cela aurait pu éviter quelques longueurs et donner davantage de rythme au récit.

Mais d’ailleurs, qui sont réellement ces morts-vivants ? Les personnes infectées ou celles qui se tuent à la tâche, jour après jour ?

Un premier roman à lire pour les problématiques qu’il soulève, pour les rues désertes de Manhattan et les palmiers à Times Square, et pour trouver, peut-être, une réponse à cette question : Candace va-t-elle s’en sortir indemne ?

Marisa, 27 août 2020

Ce qu’il faut de nuit

laurent petitmangin ce qu il faut de nuit

Nous vous avons réservé une petite sélection de premiers romans de la rentrée littéraire. Aujourd’hui, le premier roman de Laurent Petitmangin, Ce qu’il faut de nuit (La manufacture de livres), en librairie ce 20 août.

Résumé éditeur C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.

L’extrait  « Ils étaient beaux mes deux fils, assis à cette table de camping, Fus déjà grand et sec, Gillou encore rond, une bonne bouille qui prenait son temps pour grandir. Ils étaient assis dos à la Moselle, et j’avais sous mes yeux la plus belle vue du monde. Mon regard allait des coteaux presque dans l’obscurité à leurs visages bien éveillés, francs, éclairés par notre lampe-tempête. J’étais content ce soir-là et tous ceux qui avaient suivi. Je profitais de cette période. Il y avait déjà trois mois que la moman était partie, j’avais évacué la peur de ne pas y arriver, de ne pas faire face à tout ce qu’il y avait à organiser, à gérer. Tout ce que j’avais déjà entrevu depuis trois ans. C’était terrible à dire, mais c’était presque plus facile maintenant qu’il n’y avait plus l’hôpital, les soirées et les dimanches passés à attendre. Presque plus facile. Si elle m’avait entendu. C’était pourtant vrai, et les vacances n’avaient jamais autant mérité leur nom. »

On aime… 
Entendre la voix de ce père qui ploie mais tient bon, portant à bout de bras ses deux fils jusqu’à l’âge adulte, parfois déçu et couvert de honte, parfois fier, toujours présent pour eux. 
Ressentir sous la plume de l’auteur la pudeur de ce père, celui d’un coeur simple, un taiseux, un homme à l’affection maladroite. L’auteur habite les personnages avec justesse, finesse et une discrète empathie.
Lire ce récit social et familial, ode aux petites gens à qui la vie ne fait pas de cadeaux. Ni caricatural ni larmoyant.

Un premier roman tout en délicatesse, en tout point abouti
Il arrive parfois dans la vie d’un lecteur que des personnages de roman l’accompagnent quelque temps, lovés dans un coin de sa mémoire. Ce fut le cas pour moi ici. Longtemps après avoir refermé ce livre j’ai repensé à ce père et ses fils. Et si les choses s’étaient passées autrement. Et si…?

Marisa, 20 août 2020

L’enfant céleste

Nous vous avons réservé une petite sélection de premiers romans de la rentrée littéraire. Aujourd’hui, le premier roman de Maud Simonnot, L’enfant céleste (L’Observatoire), en librairie ce 19 août.

L'enfant céleste, par Maud SimonnotNous avions rencontré l’auteure à l’Escale du Livre, pour la sortie de sa biographie de Robert McAlmon, La nuit pour adresse (2017). Elle nous revient avec son premier roman, L’enfant céleste.

« En tant que lecteur et résident d’îles, je retrouve dans les pages de ce roman l’intacte merveille des nuits d’été, les yeux grands ouverts sous la mystérieuse procession des étoiles. » Erri de Luca

Résumé éditeur. Sensible, rêveur, Célian ne s’épanouit pas à l’école. Sa mère Mary, à la suite d’une rupture amoureuse, décide de partir avec lui dans une île légendaire de la mer Baltique. C’est là en effet qu’à la Renaissance, Tycho Brahe – astronome dont l’étrange destinée aurait inspiré Hamlet – imagina un observatoire prodigieux depuis lequel il redessina entièrement la carte du Ciel.
En parcourant les forêts et les rivages de cette île préservée où seuls le soleil et la lune semblent diviser le temps, Mary et Célian découvrent un monde sauvage au contact duquel s’effacent peu à peu leurs blessures.

Pourquoi on aime ce livre. Parce que cette histoire nous touche. La relation fusionnelle qui unit Mary à son fils, cet élan de survie qui la pousse à quitter Paris avec lui donne un souffle de liberté à ce récit. Sur cette île, durant cette parenthèse libératrice, Mary se reconstruit et son petit garçon lumineux à l’intelligence sensible s’épanouit au contact de la nature, des nuits étoilées et de la mer.
Accompagnée des figures tutélaires de Tycho Brahe et Shakespeare, l’écriture sensible de Maud Simonnot nous entraîne dans un voyage hors du temps, dans une contemplation des paysages de la mer Baltique.
Un très beau premier roman, lumineux et poétique. Une invitation à la rêverie.

Marisa, 19 août 2020

Fenêtre sur crime

Fenêtre sur crime, de Linwood BarcayRay est illustrateur. A la mort de son père, il revient dans la maison familiale où vit Thomas, son frère schizophrène qui est persuadé de travailler pour la CIA.
En effet, Thomas est convaincu qu’une menace terroriste imminente plane sur les Etats-Unis et que Bill Clinton lui a confié la délicate mission de sauver son pays. Durant cette attaque, le système informatique sera anéanti et toutes les données stockées sur la Toile détruites.

Le temps presse.

Il lui faut mémoriser le plus vite possible les plans de tous les espaces terrestres, du plus petit village à la plus grande mégalopole. Jour après jour, devant son ordinateur, il parcourt la planète, s’appuyant sur les prises de vues du logiciel Whirl 360.

Mais sa mission se complique lorsque, au cours d’une de ses déambulations virtuelles, son regard est attiré par une silhouette, au deuxième étage d’un immeuble new-yorkais. Une tête humaine tournée vers la fenêtre est enfermée dans un sac plastique. De quand date cette image ? Thomas est-il témoin d’un crime ? Faut-il avertir la CIA ? Peut-il en parler à son frère Ray ?

Toutes les réponses sont dans ce livre, un roman que vous ne pourrez plus lâcher.

Marisa, 27 mars 2020

Les revenants de Laura Kasischke

« La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté.
Telle fut la première pensée qui vient à l’esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture. 
Une grande beauté. 
La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d’un frêne. L’astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. »

Les revenants de Laura KasischkeProfesseur de musique à l’université, Shelly est le seul témoin d’un accident de voiture impliquant deux jeunes gens, Craig et Nicole. A l’arrivée des secours, elle laisse derrière elle les deux accidentés, miraculeusement vivants.
Or le lendemain, en lisant l’article consacré à l’accident dans la presse locale, Shelly apprend avec stupeur que Nicole est morte dans une mare de sang, et que Craig s’est enfui.
Que s’est-il réellement passé ce soir-là ? Pourquoi personne ne veut prendre en compte le témoignage de Shelly ?

Ce roman a pour décor le campus d’une université du Midwest américain, microcosme puritain et élitiste, où professeurs, étudiants et quelques fantômes se côtoient, chacun transportant ses problèmes, ses névroses et ses croyances.

Car Laura Kasischke aime gratter le vernis de l’apparence : reflet de la société dans son ensemble, ce campus universitaire est le décor de bien des secrets inavouables, à commencer par ceux que cache la pure et sage Nicole… 

Un thriller teinté de fantastique… et une subtile analyse de la société américaine.

Marisa, 21 mars 2020