Autour du monde de Laurent Mauvignier

laurent-mauvignier-autour-du-monde-liseuses-de-bordeauxMarie-France a lu pour nous Autour du monde de Laurent Mauvignier, sélectionné pour le Prix des lecteurs-Escale du Livre 2015.

A première vue, le dernier roman de Laurent Mauvignier pourrait être considéré comme un recueil de nouvelles si ce n’est que ses quatorze histoires ne sont pas séparées les unes des autres de manière formelle. Elles s’organisent, prennent leur essor et finissent par se dissoudre en un  fondu enchaîné  narratif, dans une autre histoire.

D’abord un peu déconcertant, ce procédé stylistique finit par intriguer, voire amuser, poussant le lecteur à revenir en arrière pour préciser le passage ou même la phrase où se situe le hiatus, l’enjambement qui permet de passer d’un petit monde à un autre, d’un personnage à l’autre, d’une partie du globe à une autre … Ainsi, la mer du Nord renvoie à une autre mer plus chaude, la visite d’un monument renvoie à un autre monument à des kilomètres de là …etc … La transition est plus ou moins réussie, parfois subtile, parfois un peu forcée et la répétition de ce procédé devient à la longue un peu lassante.

Quoiqu’il en soit, le lecteur voyage au gré des enchaînements d’un continent à un autre : après la Russie, il atterrit à Dubaï puis se retrouve dans l’avion en partance pour l’Amérique du Nord, après avoir côtoyé les grands fauves en Tanzanie.

Un seul lien entre toutes ces histoires : l’annonce du tsunami au Japon en mars 2011. Par le biais des médias, télévision en tête, les mêmes images sans cesse répétées font irruption dans la vie des personnages, répercutées à la vitesse de l’éclair aux quatre coins du globe. Leur impact est fort – on n’a jamais vu une vague aussi gigantesque – mais cet impact n’est que momentané et n’influe pas sur le devenir des protagonistes, tout empêtrés qu’ils sont dans les méandres de leur destin. Seuls les personnages de la première histoire et ceux de la dernière vont être directement confrontés à la violence du séisme.

Il semble donc que l’information, entreprise emblématique de notre époque qui fait partager à tous la même horreur du drame, ne soit pas suffisante pour donner à chacun le sentiment d’appartenance au même univers. Le voyage non plus, malgré la rapidité des moyens de transport. Les protagonistes des récits de Mauvignier, pour beaucoup des occidentaux en vacances dans des paysages de cartes postales, espèrent se ressourcer dans un exotisme factice ou dans un ailleurs chargé de culture et d’histoire; mais ils ne retrouvent en fin de compte que leurs problèmes sur fond de solitude mal assumée.

Ainsi, même s’il est facile et agréable à l’homme moderne de voyager vite et loin, le séjour en terre étrangère apparaît comme un leurre ou même comme le révélateur d’un malaise qu’on ne voulait pas nommer.

Ces personnages confrontés loin de chez eux à des moments qui vont engager leur vie sont pourtant très différents les uns des autres, différents par l’âge, la situation sociale, le vécu et l’expérience. On s’attache à certains, on regrette parfois de les quitter si vite pour embarquer avec d’autres qui nous semblent présenter moins d’intérêt. Pourtant il n’est pas rare qu’en chemin nos nouveaux compagnons de route, qui nous paraissaient un peu fades au départ, prennent de l’épaisseur et nous entraînent à leur suite jusqu’à cet instant fatidique.

Ainsi en a-t-il été pour moi de ces deux vieux voisins italiens qui décident le temps d’une journée de vivre autre chose et d’aller tenter leur chance au casino sur la frontière slovène. Ou Monsieur Arroyo, le sensible employé philippin d’un grand hôtel à Dubaï qui pense avoir de la chance de vivre à l’ombre de belles femmes et qui finit par repousser plus loin dans ma mémoire Syafiq, l’ingénieur malaisien en déplacement professionnel à Moscou où il vivra le temps d’une nuit une insolite et torride histoire d’amour avec un ancien ami russe en passe de devenir père.

Tous ces personnages rencontrés au hasard d’un voyage n’ont pas laissé la même trace, loin s’en faut, mais reconnaissons que la plume de l’auteur est capable de leur donner de la consistance. Laurent Mauvignier sait manier l’étude psychologique avec beaucoup de talent, de justesse et de sensibilité.

La tentative du romancier de saisir dans un même instant, celui du tsunami, le devenir de tant de personnages différents aux antipodes les uns des autres est intéressante, mais elle n’apparaît comme telle que dans l’après coup, une fois la lecture terminée. La lecture elle-même est ponctuée de moments très divers, moments de plaisir mais aussi d’agacement et d’ennui car le voyage est long et ne réveille pas toujours le plaisir avec la même intensité.

Marie-France, 10/02/2015 

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5 réflexions sur “Autour du monde de Laurent Mauvignier

  1. Coucou Marie-France, complètement d’accord avec ta lecture du dernier Mauvignier. Moi, je me suis tellement ennuyée que je ne suis jamais allée au bout du voyage …. très surfait ce livre, encore un monsieur qui vit sur sa réputation ….

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  2. Très belle critique littéraire de ce roman. C’était mon préféré du prix de l’Escale du Livre mais pas le meilleur de Mauvignier, je le concède. La sélection globale est cette année décevante. A très bientôt
    Véronique

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  3. splendide commentaire pour un roman de structure complexe. Malgré l’évocation d’un dédale, on garde l’envie d’y entrer. Bravo !

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