La vérité est-elle toujours bonne à dire ?

Photo AFP

Catherine Millet ©AFP

Il y a foule pour la rencontre avec Catherine Millet chez Mollat, ce jeudi 13 février 2015. De nombreuses personnes appartiennent à la tranche d’âge de l’auteur mais je m’étonne de voir autant d’étudiants. L’un d’eux m’explique que le conférencier est leur professeur d’université : Jean-Michel Devésa.

L’auteur du livre La vie sexuelle de Catherine M. me surprend presque par sa simplicité. Légèrement distante, elle écoute tout autant les questions qui lui sont posées que les bruits de la rue. Cette distance, je la ressentais déjà en lisant ses récits autobiographiques, comme si elle n’était pas concernée mais devenait soudain un objet d’étude. Finalement, tout se recoupe et on reconnaît vite en elle la critique d’art et la femme libérée qui parle de masturbation comme d’autres parleraient de recette de gâteau. J’aime ça et c’est un peu pour cette raison que je suis venue. Elle est intéressante pour avoir osé parler de ses expériences sexuelles dans le détail, ou encore du sentiment de jalousie qui l’a dévoré pendant des années, dans Jours de souffrance.

Aujourd’hui elle est venue nous parler de Une enfance de rêve, dernier volet de son triptyque autobiographique. Elle tend à exhumer ses souvenirs en écrivant. Plus qu’une écriture, c’est une réécriture. Le livre avance dans un ordre plus ou moins chronologique mais il est en permanence repris depuis le début : sa façon à elle de chercher la vérité. Jean-Michel Devésa fait l’hypothèse d’un « feuilletage » pour parler de cette façon d’écrire : Catherine Millet  revient sur son passé comme si sa vie se feuilletait pareillement à un livre.

 J’écris pour me débarrasser de moi.

Sans sentimentalisme, elle raconte avec une approche scientifique ses souvenirs avec la part rêvée et imaginée. Son but : produire un témoignage qui n’a pas encore été apporté. C’est lors de l’écriture de Jours de souffrance qu’elle découvre que se remémorer apporte un sentiment de satisfaction malgré la douleur.

Toute cette souffrance s’efface derrière l’objet que j’en ai fait.

Enfant, elle déformait son quotidien en l’embellissant pour se protéger.

 Ecrire, c’est essayer de continuer ce tissage entre le réel et le rêve.

Le travail d’écriture a pour elle une visée esthétique car il métamorphose les traumatismes en un objet, le livre, qui prétend à la beauté. Elle a vécu des drames, les bagarres entre ses parents, le suicide de sa mère, la mort de son frère dans un accident de voiture, et avec le recul elle pense que ces êtres qui l’entouraient ont raté leur vie. En ressuscitant sa famille par l’écriture, elle a le sentiment d’être dans l’apaisement, une façon de rattraper cette vie ratée et de transformer ses souvenirs en objet esthétique.

Il s’agit d’aller au-delà du souvenir. Comme le suggère J.M. Devesa, Catherine Millet cherche à exprimer une détermination singulière à dire la vérité sur le monde et sur elle.

Une vérité que tu voudrais dire toute mais dont tu sais intimement et intellectuellement (parce que tu n’es pas dupe) qu’il est impossible de dire entièrement.

Babeth

Pour aller plus loin :
Jeudi 4 juin au Lieu sans nom : lecture d’extraits d’ Une enfance de rêve de Catherine Millet par Marie-France Céran.

La vidéo de la rencontre proposée par Mollat

 

 

 

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2 réflexions sur “La vérité est-elle toujours bonne à dire ?

  1. Remarquable, cette analyse délicate d’une lecture qui peut l’être aussi pour bien des lecteurs, tant l’enfance a de secrets.

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