Une perle rare venue d’Islande

Retenez bien ce nom, même si ce n’est pas facile : Audur Ava Olafsdottir. Née en 1958 à Reykjavik, directrice du Musée de l’Université d’Islande et professeur d’histoire de l’art, cette écrivain islandaise connaît un succès grandissant en France, d’abord avec son roman Rosa Candida (2010), puis l’Embellie (2012) et l’Exception (2014), tous parus chez Zulma.

rosa-candida-audur-ava-olafsdottir-liseuses-de-bordeauxRosa Candida Rosa candida sonne comme un récit initiatique et poétique, celui d’Arnljotur, jeune Islandais de 22 ans qui choisit de quitter son île pour se consacrer à sa passion, l’horticulture. Dans ses bagages, le jeune homme n’emporte que deux choses qui lui sont chères : la photographie de sa fille, fruit d’un amour d’une nuit, et les boutures d’une espèce très rare de roses, la rosa candida, variété que sa mère cultivait dans la serre familiale avant de mourir accidentellement. Parti travailler à l’embellissement de l’une des plus célèbres roseraies du monde, réputée pour la variété des roses qu’on y cultive, ce jeune homme s’accomplit comme adulte : par ce cheminement et au bout du chemin, son existence prend sens. Ce qui nous plaît dans ce roman, c’est la justesse avec laquelle l’écrivain parvient à décrire la psychologie des personnages, tout en maintenant une distance avec leur vécu. Discrètement, délicatement, elle s’efface et laisse ainsi une respiration, un interstice dans lequel le lecteur se glisse pour faire de ce récit le sien. « A chaque lecteur de reconstruire son jardin imaginaire« , propose Audur Ava Olafsdottir. Peu importe où se trouve ce jardin, « il faudra que chaque lecteur le trouve et qu’en même temps il fasse entrer un peu de poésie dans sa vie, à son tour« .

l-embellie-audur-ava-olafsdottir-liseuses-de-bordeauxL’Embellie 

La narratrice est une linguiste menant une vie bien rangée lorsqu’on son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme dont il attend un enfant. Or justement, des enfants, elle n’en a jamais voulu. Pourtant, alors que sa vie de femme mariée bascule, sa meilleure amie, sur le point d’accoucher, lui confie son fils, Tumi, enfant sourd et presque aveugle. Désormais sans attache, elle emmène ce petit garçon en voyage au coeur des terres islandaises. A l’image du cheminement initiatique de Rosa candida, le voyage de la narratrice de l’Embellie lui permet  de se détacher des traumatismes vécus et de se reconstruire en tant qu’individu et femme. Aux côtés de ce petit garçon différent dont elle choisit de s’occuper, elle réapprend à communiquer, elle la linguiste polyglotte à qui son mari reprochait d’être insondable comme un livre fermé.  Plus qu’un récit sur la maternité, ce roman s’attache à ce moment de la vie où l’âge de l’insouciance laisse doucement place à celui de la responsabilité, mettant l’adulte face à ses choix et face à ses actes, ici face à la responsabilité de s’occuper d’un enfant. L’humour dont fait preuve l’auteur ne masque pas la gravité du propos, mais il permet d’aborder ces difficultés avec détachement, sans visée moralisatrice.

l-exception-audur-ava-olafsdottir-liseuses-de-bordeauxL’Exception Le réveillon de la Saint Sylvestre, c’est le moment que choisit Floki pour annoncer à sa femme Maria l’intention de la quitter pour un homme, son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos (!). Délaissée avec ses jumeaux en bas âge par celui qui partageait sa vie depuis onze ans, Maria peut compter sur l’aide de sa voisine Perla, une femme singulière, auteure de polars et conseillère conjugale… Une fois encore, Audur Ava Olafsdottir s’attache à décrire la reconstruction d’une femme délaissée par son mari, de manière brutale et inattendue. L’écrivain excelle à décrire l’impact de cet abandon dont le personnage principal n’avait pas su percevoir l’imminence. Ce qui séduit chez cette auteure, c’est son ton décalé et l’humour qui caractérise son style. La légèreté de l’humour et le détachement empêchent tout pathos et permettent à Olafsdottir de parler des moments douloureux de l’existence, rien qu’en les effleurant, en toute délicatesse.

Marisa

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