Miss Islande

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Un vent de liberté souffle dans les romans d’Auður Ava Ólafsdóttir. 

Dans Rosa candida, Arnljotur quittait l’Islande pour consacrer sa vie à l’horticulture. Dans Miss Islande, la jeune Hekla abandonne sa campagne natale pour s’établir à Reykjavik afin d’accomplir son rêve, devenir écrivain.

Elle emporte Ulysse de James Joyce en langue originale, ses manuscrits et sa machine à écrire, et se laisse porter par la volonté farouche d’accomplir sa destinée.

Va-t-elle y parvenir ?

Situer son histoire dans les années 60 permet à l’auteur de s’interroger sur la place de la femme dans la société islandaise de l’époque. Mais rassurez-vous, comme à chaque fois qu’un sujet lui tient à coeur, Auður Ava Ólafsdóttir l’aborde avec délicatesse, l’air de rien, avec humour, légèreté et poésie.

Ce roman est ouvertement féministe et nous offre un magnifique portrait de femme éprise de liberté, ainsi qu’un vibrant hommage à l’écriture et aux livres. Un roman à lire et à offrir.

Marisa, 5 septembre 2019

Ce roman fait écho aux propos que nous avions échangés avec Auður Ava Ólafsdóttir à Lire en Poche, en 2014. Nous avions alors évoqué les femmes et la littérature… (ici)

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Le Rituel des dunes

Après Là où les tigres sont chez eux ou L’Île du Point Nemo, nous retrouvons avec délectation l’univers de Jean-Marie Blas de Roblès, avec Le Rituel des dunes, roman publié pour la première fois en 1989 (Seuil).

L’histoire. Expatrié dans le nord de la Chine, Roetgen tombe amoureux d’une Américaine excentrique de vingt ans son aînée. A chacune de leur rencontre, il devient à sa demande une sorte de Shéhérazade, inventant pour elle des contes extraordinairement envoûtants, des récits merveilleux ayant pour cadre la Chine.

« J’ai fait l’amour avec une folle en communication directe avec Spinoza et les lézards célestes. J’ai mangé et fumé d’étranges résines venues de Kachgar par la route de la soie. J’ai broyé de l’encre pour un des frères de Pu Yi, et nous nous sommes enivrés en mangeant des steaks hachés… »

Notre avis. Pour le lecteur qui ne connaît pas encore Jean-Marie Blas de Roblès, Le Rituel des dunes constitue une très bonne introduction à son oeuvre. D’abord le décor, luxuriant et sans cesse changeant, et cet insatiable goût pour les voyages, le dépaysement, l’inconnu. Ensuite, les personnages singuliers, tous plus atypiques les uns que les autres, comme ce légendaire empereur au double visage, ou « ce con de Laffite », qui réussit à passer une nuit enfermé dans la Cité interdite…

Jean-Marie Blas de Roblès se délecte, il s’amuse à nous désorienter, entrecroisant les récits et les époques, jouant à mêler réalité et fiction, jusqu’à les confondre. Emporté par le flot du récit, le lecteur peut en toute confiance lâcher prise. N’est-ce pas le but ultime de la lecture?

Avec ce récit foisonnant, l’auteur offre au romanesque ses lettres de noblesse.

Marisa, 25 février 2019

Evangelia de David Toscana

Alléluia, Alléluia, Hosanna au plus haut des cieux, une Fille est née. Avouez que nous n’avons pas entendu souvent cette invocation. Pourtant, Dieu qu’elle sonne bien ! C’est tout le propos de David Toscana dans son livre intitulé Evangelia.
L’ange Gabriel s’est trompé, l’enfant de Marie et Joseph n’est pas un garçon mais une fille prénommée, bien sûr, Emmanuelle. Et force est de constater que même pour la fille de Dieu, la vie n’est pas facile sur Terre, quand on est une femme !
Oh, comme j’avais envie de fantaisie et même de loufoquerie en ces dimanches pluvieux ! Et ce roman a parfaitement répondu à mes attentes. L’auteur reprend, à son compte, les textes bibliques avec beaucoup d’humour. Il les transforme en situations inattendues, cocasses et surtout très drôles.

Et j’ai cru en Emmanuelle et les personnages qui la côtoient : un Dieu dont l’amour n’est pas le seul enjeu, un Jésus, petit frère de la Messie, qui la jalouse. J’ai beaucoup aimé car, finalement, David Toscana nous interroge sur des textes qui fondent une inégalité des sexes dont nous nous sortons tout juste.

Berengère, 2 avril 2018

Singe savant tabassé par deux clowns

singe-savant-tabasse-par-deux-clowns-georges-olivier-chateaureynaud-liseuses-de-bordeauxLes nouvelles de Georges-Olivier Châteaureynaud sont de petits bijoux qui pourraient chacun faire l’objet d’un court-métrage extraordinaire. Dans Singe savant tabassé par deux clowns, couronné du Goncourt de la nouvelle en 2005, l’auteur nous transporte de la réalité à l’insolite, par un glissement subtil et parfaitement maîtrisé du récit.

Sous la plume de cet auteur naît une kyrielle de personnages étranges : une prostituée au front mystérieusement tatoué, une petite fille fantomatique surgissant du brouillard, sans compter les sœurs Ténèbre, trio infernal né de l’esprit d’un producteur de cinéma… Quelques inventions aussi, telles ces machines à fusiller automatiques installées à Écorcheville ou ces aïeuls ressuscités grâce à l’extraction de souvenirs…

Chaque histoire est l’occasion pour l’auteur d’interroger la réalité qui nous entoure. Gorgées d’humour, ces nouvelles nous hantent longtemps, longtemps, bien après avoir refermé le livre….

A lire de toute urgence.

Marisa,  2 juin 2016

Popa Singer de René Depestre

popa-singer-rene-depestreQuand le loa tient Moma Popa…

On retrouve beaucoup de poésie dans le dernier ouvrage de René Depestre, Popa Singer. Ce livre peut se définir comme une chronique de l’auteur en Haïti en 1957, époque où Duvalier prend le pouvoir et installe une dictature.
René Depestre raconte sa confrontation au tyran qu’il a bien connu. Lorsque celui-ci lui propose un poste dans son gouvernement, il se retrouve pris entre deux feux : la seule liberté possible pour le poète est la voie du communisme.
Par son écriture aussi flamboyante que les carnavals de son île, René Depestre dénonce toute l’absurdité et la cruauté des ambitions de « Papa Doc ».
Et puis, il y a le loa (un esprit) qui s’incarne dans Moma Popa, la mère du poète, pour crier quelques vérités politiques mais aussi et surtout pour protéger ses enfants de la folie duvaliesque.

Bérengère, 13/04/2016