Les poissons ne ferment pas les yeux

de lucaErri De Luca sera présent cette année à l’Escale du livre. L’occasion pour nous de vous donner notre avis sur son dernier roman.

Les poissons ne ferment pas les yeux d’Erri De Luca raconte les bouleversements qui traversent le cœur, le corps et l’âme d’un enfant de dix ans. Largement autobiographique, ce récit permet à l’auteur de poser son regard et sa plume sur l’enfant qu’il était cet été-là.

Sur une île napolitaine où il passe les trois mois d’été avec sa mère – son père est parti travailler aux Etats-Unis – où la vie s’écoule au rythme du soleil, du vent et de la mer, l’enfant découvre la liberté : il marche pied nu, n’est pas contraint de respecter des horaires, se détache des conventions de l’hygiène… Il sent que la corne sous ses pieds se durcit, que sa peau se craquelle et tiraille sous l’effet conjugué du soleil, du sel et du vent… Mais dix ans, ce n’est plus vraiment l’enfance. Le verbe aimer entre dans le vocabulaire, le corps se fait ressentir et le sentiment de justice interroge les esprits.

Les émotions et les questionnements qui agitent cet enfant sont décrits avec une infinie justesse. Il découvre le sentiment amoureux, bien qu’il ne comprenne pas le sens du verbe aimer au début, et lui préfère le verbe maintenir car « il comportait la promesse de tenir par la main » comme le faisait autrefois son père. Puis, il va comprendre que l’énergie du verbe aimer a besoin de quelqu’un d’autre pour s’extraire de son corps et ce sera la révélation de la jeune fille dont il a oublié le nom.

Le malaise entretenu par un corps en inadéquation avec sa maturité intellectuelle est perceptible : « Mon corps ne m’intéresse pas et il ne me plaît pas. C’est celui d’un enfant que je ne suis plus ». Puis à travers la haine que lui portent trois garçons jaloux de sa relation avec la jeune fille, et son passage à tabac, il découvre le sentiment de justice. Erri De Luca fait s’interroger ses protagonistes sur la justice. L’enfant semble penser que tout tort commis sur un individu est irréparable et qu’aucun châtiment ne peut le réparer, alors que la jeune fille invente sa justice pour faire payer les bourreaux…

Ce récit autobiographique permet à l’auteur de revenir une seconde fois en enfance et d’approcher l’enfant qu’il était, tiraillé entre le napolitain bruyant de sa mère et l’italien calme de son père, entre la protection de sa mère et la confrontation avec l’extérieur, entre l’oisiveté de l’enfance et l’envie de s’émanciper à travers l’apprentissage d’un métier, la pêche en l’occurrence…
Les mots sont précis et cadencés. La musique du récit entraîne le lecteur d’un bout à l’autre de ce court roman tout en nuance et en subtilité.

Florence

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Une réflexion sur “Les poissons ne ferment pas les yeux

  1. Très joli livre, court mais dense. J’ai prolongé le plaisir avec « Tu, mio » qui permet de rester encore un peu sur cette plage italienne en plein été, avec l’histoire d’un adolescent attiré par une jeune femme un peu spéciale…

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