Crash-test de Claro

crash-test-claro-liseuses-de-bordeauxDans les années 1970, les mannequins de silicone n’existaient pas encore. Alors, pour effectuer des tests d’accidents de voitures, les entreprises utilisaient des corps de personnes mortes et non réclamées. L’un des personnages de Claro est un manutentionnaire d’une de ces entreprises. Toute la journée, il manipule des corps désarticulés et sans vie. Il déshumanise ces êtres et s’oublie lui-même, il n’est plus qu’un pantin qui tente d’articuler sa propre vie.
Comment continuer à avancer si c’est en faisant toujours face à la mort ?
Et puis, il y a cette strip-teaseuse, elle aussi est confrontée à d’autres corps dont le mouvement cherche à exercer une pression sur elle. Elle articule ses membres et se crée une échappatoire.
Le troisième et dernier personnage est un adolescent qui découvre les mystères de son corps à travers les bandes dessinées pour adultes, cachées dans la penderie de sa mère.
D’une écriture ciselée et tranchante, Claro décrit trois vies, leur quotidien banal voire pathétique. Mais il laisse transparaître une vraie tendresse pour ses personnages car ce qu’ils vivent est dur et douloureux : ils cherchent une dignité d’être humain en vie.

Berengère, 22/08/2015

L’oiseau du bon Dieu de James McBride

Enfin un roman inattendu !
Une épopée romanesque jubilatoire pleine d’humour, d’ironie et d’entrain.

En 1856, le jeune Henry Shackleford voit sa vie bouleversée quand John Brown, un abolitionniste mystique, vient le libérer de l’esclavage. Celui-ci le prend pour une fille et va lui en donner les habits. L’enfant, surnommé l’échalote, va suivre ce capitaine auto-proclamé et sa petite armée, bringuebalé de campements sommaires aux salons dorés des philanthropes de la côte Est des États-Unis en passant par les bordels peu reluisants de l’Ouest américain.
A travers cette épopée qui a obtenu le National Book Award en 2013, James McBride nous rappelle toute la violence de la question de l’esclavage avant la Guerre de Sécession. John Brown, personnage illuminé et fou, reste pourtant humain et attachant. L’auteur nous livre le portrait d’un authentique héros américain. On rit beaucoup de l’humour féroce de James McBride. Et si l’on peut regretter quelques longueurs et répétitions, on est totalement pris dans cette histoire, tels les témoins de cette époque un peu folle.
Une découverte !

Edith, 20 août 2015

America, T.C. Boyle

america-t-c-boyle-liseuses-de-bordeauxAmerica de T.C. Boyle, sorti en 1995, est un grand roman intemporel et universel. Il traite des nantis et des pauvres, de leur éternelle opposition dans une cohabitation toute relative. De ce thème « classique », T.C. Boyle tire un récit implacable, redoutable et dérangeant.

Delanay et Candido auraient pu ne jamais se rencontrer, bien que vivant à Los Angeles et plutôt près l’un de l’autre. Le premier, bourgeois bon teint, vit dans un quartier huppé, fermé et sécurisé, et se présente comme humaniste et tolérant. Le second, immigré clandestin mexicain, campe au fond d’un canyon non loin de la maison du premier ; il survit, l’espoir chevillé au corps qu’un jour il vivra son rêve américain. Malgré leur proximité, Delanay et Candido ne pouvaient se rencontrer que par accident, les frontières mentales entre ces deux mondes étant presque plus imperméables que les frontières physiques. Et T.C. Boyle de créer cet accident : Delanay renverse Candido avec sa voiture (forcément, on est à Los Angeles…)Lire la suite »

Incandescences de Ron Rash

ron-rash-incandescences-liseuses-de-bordeauxImpossible pour moi de ne pas suivre assidûment la production littéraire de Ron Rash. Après les romans Le monde à l’endroit (2012) et Une terre d’ombre (2014) commentés sur ce blog, voici Incandescences, un recueil de nouvelles paru en mai dernier au Seuil et récompensé lors de sa sortie aux États-Unis (2010) par le prestigieux Frank O’Connor International Short Story Award.

De la Guerre de Sécession à nos jours, Ron Rash s’attarde sur le quotidien d’hommes et de femmes marqués par la misère et le manque. Manque d’argent, de nourriture, de drogue, en proie à des croyances et des superstitions, les (anti-)héros de ces nouvelles s’avèrent capables du pire pour sauvegarder le peu qu’il leur reste, profitant de la faiblesse des autres pour gagner en force et assurer leur survie.Lire la suite »