Fin de mission de Phil Klay

phil-klay-fin-de-mission-liseuses-de-bordeauxFin de mission est un recueil de nouvelles ayant obtenu le prestigieux National Book Award en 2014. C’est le premier livre de Phil Klay, ex-marine ayant servi en Irak.

Phil Klay se sert de son expérience de soldat pour mettre en scène dans chacune des douze nouvelles de ce recueil des hommes, soldats en exercice ou vétérans revenus à la vie civile, combattant sur le front ou « planqués » dans un bureau, des hommes dont il dresse un portrait hyperréaliste, parfois drôle et souvent désespéré. Il n’y a pas de super héros à la sauce hollywoodienne dans Fin de mission, seulement des hommes ordinaires et complexes.Lire la suite »

Emily de Stewart O’Nan

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J’ai beaucoup aimé Emily, le dernier roman de Stewart O’Nan. Nostalgique, jamais triste, à l’humour subtil, Emily dresse le portait sur une année d’une octogénaire vivant à Pittsburgh. Les saisons s’y écoulent lentement, avec quelques à-coups parfois, toujours sans urgence.

Les semaines d’Emily sont rythmées par deux rendez-vous immuables : la venue de sa femme de ménage, Betty, le mercredi et les déjeuners au Eat’n Park avec sa belle-sœur Arlène, le mardi. Ce n’est pas qu’Emily et Arlène soient particulièrement proches. En fait, c’est l’âge qui les a rapprochées. Et la solitude. Car Emily, c’est le portrait de la solitude des grandes villes d’aujourd’hui : elle vit seule dans une maison de banlieue, ses contacts avec ses voisins sont courtois, bien que rares…

Ses sorties hebdomadaires avec Arlène sont une aventure. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur une scène hilarante où Arlène traverse Pittsburgh au volant de sa voiture, presque à l’aveuglette. Emily, assise à la place du co-pilote, est terrifiée, ne peut prononcer un mot pendant le trajet et est véritablement soulagée d’arriver au Eat’n Park, où grâce à des coupons de réduction, elles ne paieront qu’un repas sur les deux. Mais Arlène, prise d’un malaise, s’effondre, faisant subitement prendre conscience à Emily de sa dépendance et de la fragilité de l’existence. Emily choisit de lutter en s’achetant une voiture qui devient l’emblème de son indépendance et de son contrôle sur sa vie.

Et pourtant, elle attend. Elle attend les visites de ses enfants, Margaret et Kenneth, et de ses petits-enfants, qui sont les points d’orgue du roman. Les visites sont brèves, toujours un peu précipitées, mais intenses. Stewart O’Nan montre avec beaucoup de subtilité les efforts d’Emily pour ne pas reproduire l’éducation qu’elle a reçue de sa mère, ses incompréhensions des évolutions de la société, que ce soit le désir d’indépendance de sa fille Margaret ou l’homosexualité de sa petite-fille, et son regret de ne pas avoir été la mère qu’elle aurait voulu être.

Le roman aborde aussi le déclassement de la classe moyenne. Si Emily a réussi à s’extraire de son milieu social rural, sa fille Margaret, bien qu’ayant un emploi, a besoin du soutien financier régulier de sa mère pour subvenir à ses besoins, et ce malgré des conditions d’existence nettement inférieures. Car c’est cela aussi que décrit Stewart O’Nan : ce que la classe moyenne a perdu en deux générations dans une ville industrielle en déclin comme Pittsburgh.

Mais Emily est un roman à l’humour lumineux. Il s’immisce naturellement dans les scènes, comme celle où, après avoir goûté à la liberté que procure une voiture, Emily découvre les affres des réparations coûteuses et les franchises d’assurance…

Il y aurait encore tant de choses à écrire sur ce roman subtil : l’omniprésence du chien Rufus, vieux springer malade, qui est un personnage à part entière ; la musique classique, qui masque le silence de la solitude (le roman mériterait une bande-son…) ; les petits mystères qui jalonnent l’histoire comme cette femme nue en pleine nuit…

Florence, 01/06/2015

Le dernier gardien d’Ellis Island

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C’est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entreponts immondes d’où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs.

Il y a d’abord cette écriture, si juste, si pure. Pas un mot de trop, pas d’emphase ni de digression inutile. Le roman de Gaëlle Josse est si poétique qu’on souhaite le lire à haute voix, pour donner vie et corps à ce récit. Si ce livre est si remarquablement écrit, c’est sans doute parce qu’il est né d’une émotion, celle qu’a ressentie l’auteure lorsqu’elle a visité, en 2012, le centre d’immigration d’Ellis Island, à New York. Désormais Musée de l’Immigration, cette île a abrité de 1892 à 1954 le centre d’accueil des immigrés souhaitant s’établir aux États-Unis.Lire la suite »

C’est quoi au juste une journée d’Alfred ?

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©Alfred

Par une fin de journée ensoleillée, Isabelle et Babeth attendent bien sagement, en sirotant une limonade, un auteur de BD dont on entend de plus en plus parler à travers la planète mais surtout à Bordeaux. Alfred, bien connu pour son travail en jeunesse (Octave et le cachalot) a reçu le prix Fauve d’Angoulême en 2014 pour Come Prima. C’est lors de ses performances dessinées que nous l’avons découvert et apprécié. De là nous avons découvert son travail et aujourd’hui nous souhaitions rencontrer cet autodidacte qui a trouvé une forme de reconnaissance avec cet album, pour savoir comment il travaillait.

Alors voilà ….c’est quoi au juste ….une journée d’Alfred ?Lire la suite »