Vieille fille, une proposition.

N’aurait-on pas trop misé sur le désir, le couple, la famille ? Voilà le questionnement auquel nous invite Marie Kock en mêlant essai et récit car elle part bien de sa vie de « vieille fille » à elle, vie de vieille fille pourtant dépourvue de chats, de pelotes de laine et surtout d’âcreté.   

Que signifie « trop miser » ? Trop miser au sens où tout est une question de proportion ou plutôt de disproportion. Et en l’espèce, il est bon de voir qu’il y a tout de même un sacré écart entre conférer une valeur très forte au couple, aux enfants (valeur que nul ne nie) et faire de cette valeur l’équivalent d’une condition de possibilité d’une existence « heureuse ». Dit autrement, la condition « couple/famille » doit être remplie pour que l’on puisse s’octroyer le droit de qualifier sa vie de réussie. Or…

On peut avoir une vie réussie ou ratée indépendamment du fait d’être en couple et avec des enfants. On a donné une place démesurée à ces éléments dans l’accomplissement d’une vie. 

Entend-on si souvent cela ? Tout comme le mouvement me too a révélé des comportements et des présupposés tus pourtant évidents et sus de tous, Marie Kock vient elle aussi à sa manière dynamiter un sacré « petit » tabou. Elle nous raconte comment elle s’est ainsi rendu compte qu’elle avait eu beaucoup de périodes de sa vie durant lesquelles elle avait été « bien » et somme toute –osons le mot- « heureuse » sans pour autant les considérer réellement comme telles. Pourquoi ? Parce que ces périodes ne valaient tout simplement pas de points au « game ». Comment se sentir heureux quand on (soi, la société, les autres) a intériorisé que le vrai bonheur ne démarre qu’en couple d’abord, et avec des enfants ensuite ?

Stipulons d’emblée que Marie Kock n’a rien ni contre l’un (c’est une vieille fille qui n’a pas manqué de relations avant de se décider « pour voir » à sortir du « game ») ni contre les autres car elle a elle-même longtemps poursuivi ce but avec l’aveuglement du croyant indétournable de sa foi qui aujourd’hui ne se renie pas.

Pour autant, que récuse-t-elle ?

  • Le fait que le célibat ne puisse guère être qu’une situation d’attente entre deux « vrais » états (jeune célibataire /adulte en couple)
  • Le fait qu’il faille tout juger à l’aune de l’intensité amoureuse, d’autres états sont intenses aussi et l’intensité se solde parfois par le fait de s’infliger des états cataclysmiques sans raison quand on ne sait même pas pourquoi in fine on s’est jeté à corps perdu dans cette histoire…

Que nous dit-elle ?

  • Que l’amour est précieux et rare et qu’il ne peut donc pas se trouver au coin de la rue « coûte que coûte » 
  • Que le couple n’est pas toujours l’amour et qu’on s’inflige souvent le premier qu’on ait ou non trouvé le second.

Pourquoi ?

Il y a un avantage à s’abandonner plus ou moins totalement à quelqu’un d’autre que soi. Celui de ne pas se heurter – ou pour le moins de retarder le choc – à son propre vertige existentiel. 

Et c’est ce que Marie Kock développe très bien dans son livre et qui en fait tout l’intérêt. Vivre seul(e) est une façon différente « d’être au monde » qui n’implique pas le même type de confrontation à soi d’abord, aux autres ensuite et enfin, à l’existence. Pour autant, elle ne valorise ni plus ni moins une situation qu’une autre présentant les avantages et les désagréments de chacune mais rétablissant une proportion qui apparaît plus pleinement juste et objective que dans l’imaginaire collectif habituel.

Nulle forme d’existence n’en invalide le fond. Et vous avez le droit de vivre seul(e) sans que cela n’emporte de conclusion sur la qualité et la plénitude de votre vie. Telle est la façon dont on pourrait tenter de résumer son propos. Humble, simple, non partisan et un peu révolutionnaire ! « Et il a fallu attendre tout ce temps pour réussir à se le formuler ? » pourrait-on ajouter. Ce livre est à lire, vraiment, que l’on soit seul(e) ou bien en couple car il sait dire l’infinie richesse que proposent les états de solitude.

Il est fin, juste, discret (discrétion dont témoigne très bien le sous-titre « une proposition »), porteur d’une même « évidence » que les ouvrages de Mona Chollet. 

Il ne prône aucun modèle. En revanche, il nous explique à quel point notre obstination sociale à faire de la vieille fille (et du vieux garçon) un contre-modèle nous fait inutilement du mal en tant qu’individu et limite nos possibles.

France, le 3 novembre 2022

Vieille fille. Une proposition. Marie Kock, éditions La découverte, 2022

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