Kokoro

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Vous n’avez pas encore lu le premier roman de Delphine Roux, petit bijou de la rentrée d’automne ? Original et poétique, ce récit aborde avec délicatesse la question du deuil et rend magnifiquement hommage aux liens unissant un frère et une sœur.
Voici un résumé de cette histoire, suivi d’une interview exclusive de l’auteure…

L’histoire
Koichi et Seki n’ont que douze et quinze ans lorsque leurs parents meurent dans l’incendie du théâtre de la ville. Depuis ce drame, Koichi, le petit frère, feint de vivre, plongé dans un deuil dont il n’arrive pas à s’extraire. Habité de souvenirs, il erre en bordure de l’existence, comme si sa vie s’était arrêtée l’année de ses douze ans.

Je voudrais rapetisser, retrouver une voix claire, l’énergie, la densité d’une sève de printemps. Je voudrais que papa et maman viennent me chercher le soir, les mains pleines de mochi ; qu’ils me demandent si j’ai passé une bonne journée, si j’ai bien travaillé, si mon bento était bon.

Seki, sa grande sœur, a mis son deuil à distance. Autrefois petite fille joyeuse au rire sonore, elle est une femme qui maîtrise sa vie, constamment sous contrôle, froide, bridant et muselant tout ce qui pourrait l’affecter.

Elle naguère dans la simplicité d’un teint sans fard semblait s’échiner à devenir autre. Coloration des cheveux, permanente, surenchère de vêtements à la mode, de bijoux clinquants. Un déguisement de grande fille perdue.

Lorsque Koichi apprend que Seki est au plus mal, il décide d’agir pour changer le cours des choses …

L’entretien avec Delphine Roux

©Delphine Roux

©Delphine Roux

Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce premier roman ? Comment s’est passé la rencontre avec votre éditeur ?
Delphine Roux Je souhaitais écrire depuis longtemps sur le thème de la fratrie. Ce lien d’origine si particulier me fascine, m’interroge et vient aussi, pour être tout à fait sincère, questionner mon histoire. Je n’ai eu ni frère ni sœur, ce fut un manque. Un manque qui, d’une certaine manière, a sûrement nourri l’écriture.

J’ai rencontré Philippe Picquier et son équipe il y a plus de deux ans maintenant et ce, parce qu’ils ont choisi de publier Bonne nuit Tsuki-San !, un album jeunesse illustré par la talentueuse Pascale Moteki et dont j’ai écrit le texte. Quelques mois plus tard, j’ai soumis des extraits de [Kokoro] à l’équipe éditoriale des Editions Picquier ; celle-ci a souhaité en lire davantage et a finalement décidé de publier le roman. J’admire le travail de cette maison d’édition depuis des années, elle a tant fait pour donner à lire aux lecteurs francophones des textes du Japon, d’Inde, de Chine, de Corée… En outre, c’est un réel plaisir d’avancer avec des professionnels tout à la fois bienveillants, rigoureux et audacieux.

[Kokoro] est composé de courts chapitres, chacun ayant pour titre un mot japonais et sa traduction en français. Pourquoi avez-vous choisi d’écrire votre livre sous cette forme ?
J’ai comme le sentiment que cette forme correspond à un tempérament, une énergie. Je ne suis pas une grande bavarde, je crois que la brièveté me va bien. J’aime le fragment, les nouvelles, les haïkus. Dire un monde en peu de mots, cela me touche infiniment. De plus, [Kokoro] s’apparente d’une certaine manière à une sorte de dictionnaire intime de Koichi, un personnage qui va à l’essentiel.

Pourquoi avoir choisi le Japon comme cadre de votre récit ?
Le Japon me parle depuis que je suis toute petite à travers son imagerie, ses contes, ses traditions, son rapport à la nature. En grandissant, j’ai découvert son cinéma (notamment celui d’Ozu qui m’enchante) et surtout sa littérature. Enfin, j’ai eu la joie d’y aller en famille. Y inscrire l’histoire de [Kokoro] fut assez évident et m’a permis, peut-être, une certaine distance émotionnelle tout en rendant vivaces des moments forts vécus dans ce pays.

Ce roman est poétique et son phrasé très musical. Comment travaillez-vous la musicalité de votre texte ?
Le rythme d’un texte, sa fluidité, ses sonorités ont une grande importance pour moi en tant que lectrice.
Quand j’écris, j’essaie d’être attentive à la « petite musique » créée par la rencontre mots/images, à la place nécessaire à donner à la respiration, aux silences…
Et puis je relis systématiquement mes textes à voix haute, c’est un exercice qui m’est nécessaire et souvent salutaire.

Vous avez choisi Koichi comme narrateur. Pourquoi avoir choisi son point de vue plutôt que celui de sa sœur ?
Parce qu’en tant que femme, c’est toujours une sorte de fantasme que de tenter de se mettre dans la peau d’un homme. La fiction permet cela, autant en profiter. Et puis, pour ne rien vous cacher, j’ai beaucoup d’affection pour Koichi, j’aurais aimé avoir un petit frère comme lui !

Vous connaissez très bien la littérature japonaise, de quels auteurs pourriez-vous nous conseiller la lecture ?
Ce serait très présomptueux de ma part de dire que je connais très bien la littérature japonaise tant elle plurielle et parfois complexe. Pour autant, je suis très sensible à certains univers d’auteurs. J’aime Yoko Ogawa pour l’étrangeté poétique de ses récits. Kenzaburô Oé, Natsumé Sôseki, Yasushi Inoué pour leur regard tout à la fois décalé, engagé et souvent drôle. Dernièrement, j’ai terminé Le Bateau-usine, de Takiji Kobayashi, qui narre la mutinerie des employés sur un navire de pêche. Un livre bouleversant tant il dit l’oppression, le désœuvrement, la violence banalisée. Et puis j’ai commencé la lecture de Soundtrack d’Ideo Furakawa qui raconte le parcours de deux enfants particuliers isolés dans un monde peu amène. Une claque ! Avec les tout-petits, je vous conseille de partager les si généreux et originaux livres de Katsumi Komagata, notamment Ça y est je vais naître ou Little eyes.

Marisa, 24/10/2015

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Une réflexion sur “Kokoro

  1. Je me suis laissé entraîner par ce roman très poétique, très doux et triste à la fois. Mais il y a une lumière dans chaque fragment, dont l’écriture est fine et juste. C’est très beau. Une auteure à suivre !

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