Plaisir d’offrir, joie de recevoir

nelly-arcan-folle-les-liseuses-de-bordeauxActuellement, on peut voir au Lieu sans Nom, à Bordeaux, un montage théâtral de textes de Nelly Arcan, interprétés par trois comédiennes. Gilbert Tiberghien en a réalisé la mise en scène.

Nelly Arcan, une jeune écrivaine québécoise, s’est donné la mort en 2009 à Montréal à l’âge de 36 ans. Elle avait décidé à l’âge de quinze ans de se suicider à 30 ans. Dans son oeuvre, elle aborde de façon quasi-obsessionnelle, dans un style flamboyant, les thèmes du désir, de l’image de la femme, de la marchandisation du corps vécu à la fois comme prison détestée (une « burqa de chair« ), comme emblème de séduction et enfin le thème du suicide. Elle met à l’oeuvre ce questionnement en intellectuelle dans ses écrits mais elle l’a vécu dans sa chair de manière paroxystique jusqu’à la fin de sa vie. Elle fut escort girl pendant cinq ans lorsqu’elle était étudiante. Sa première oeuvre d’auto-fiction, Putain, lui fit connaître un succès immédiat. Au-delà d’un certain voyeurisme ou même d’un premier geste de rejet, le lecteur, à mon avis, ne peut être qu’ébranlé par la justesse des problématiques en jeu dans ses écrits.

Françoise Bleuse, l’une des comédiennes et initiatrice du projet, a bien voulu satisfaire ma curiosité et répondre à certaines questions.

Marie-France : Françoise, d’où t’est venue l’idée d’adapter des textes (Putain,  Folle,  Burqa de chair) de Nelly Arcan au théâtre ?

Françoise Bleuse : En septembre 2013, Gilbert Tiberghien qui allait quitter le TNT a repris une dernière fois dans cette structure le texte de La Boétie Discours sur la servitude volontaire. Il avait donné carte blanche sur ce thème à des comédiens parmi lesquels une de mes amies. J’ai tout de suite appréhendé cette notion de servitude volontaire sous l’angle du rapport amoureux. J’ai fait des recherches de textes destinés à illustrer ce propos. Finalement, mon amie a renoncé mais j’ai gardé en moi cette ébauche de projet.

Quelque temps après, une autre amie m’a fait connaître Nelly Arcan. J’ai d’abord lu Putain puis j’ai enchaîné la lecture du reste de son oeuvre. A mon sens, ces textes s’inscrivaient parfaitement dans la problématique qui m’intéressait. Et je me suis lancée, sélectionnant des extraits qui seraient interprétés par trois femmes, trois facettes d’une même personnalité.

Sur quelle base as-tu procédé pour cette sélection d’extraits de l’oeuvre de Nelly Arcan ?
Mes amies (les deux autres comédiennes) et moi sommes toutes trois des femmes d’âge mûr, nous avons derrière nous des vie atypiques, sommes féministes et célibataires par conviction. Ceci étant déterminant quand on essaie d’assumer sa liberté et ses désirs. Un film que j’ai vu il y a deux ans m’a beaucoup marquée à ce propos. Il s’agit de L’inconnu du lac de A. Guiraudie, film sur la violence et l’urgence du désir. La question en filigrane est : qu’est-ce que je suis prêt à affronter pour assouvir mon désir ?
J’ai relu des féministes comme Nancy Huston, Elisabeth Badinter, Gisèle Halimi. Les propos d’ Elisabeth Badinter en particulier ont eu pour moi une résonance toute particulière. Il faut, dit-elle, arrêter avec ce discours victimaire des femmes, il faut travailler sur les similitudes entre hommes et femmes plutôt que sur leurs différences. Chez les deux, la violence du désir est la même. « Il faut trouver en soi la femme sauvage »  a dit Françoise Héritier.

C’est ce qui m’a guidée dans le choix de ces extraits.

Mais Nelly Arcan, entre deux questionnements, ne se présente-t-elle pas aussi comme une victime, son discours peut être ambigu …
Cette question n’a justement pas lieu d’être …

Marie-France, 23/02/2015

 

Plaisir d’offrir et joie de recevoir

Au Lieu sans Nom au 12, rue de Lescure à Bordeaux

Les 18, 19, 20, 21 et 25, 26, 27, 28 février.

Publicités

Une réflexion sur “Plaisir d’offrir, joie de recevoir

  1. J’ai été très décue par la mise en scène. Le propos est diffus et l’on ne retrouve pas la plume « défouloir » voire vengeresse de Nelly Arcan. La noirceur et la crudité des textes ne sont pas mises en valeur; et le jeu des actrices peut être mièvre par moment. Dommage car l’idée de mettre en scène des textes de Nelly Arcan relevait d’un beau challenge.

    J'aime

Vous voulez réagir à ce post ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s