L’Ile du serment de Peter May

peter-may-l-ile-du-sermentLe 5 octobre prochain, dans le cadre du festival Lire en Poche à Gradignan, Florence et Marisa animeront un entretien avec Peter May. L’occasion pour elles de se pencher sur l’œuvre de l’écrivain écossais, connu principalement pour la trilogie de Lewis (L’île des chasseurs d’oiseaux, L’homme de Lewis et Le braconnier du lac perdu). Florence partage ses impressions sur son dernier roman paru le 3 septembre aux Editions du Rouergue.

L’île du serment est le titre français du dernier roman policier de Peter May. Il est des traductions que l’on ne comprend pas toujours… Entry Island, en anglais, semblait bien plus approprié. Entrée, une des îles de l’archipel de la Madeleine dans le golfe du Saint-Laurent au Canada, est le décor hostile, pluvieux et froid de ce qui est probablement le meilleur roman de Peter May.

Sime – prononcer Sheem – Mackenzie, officier de police à la Sureté de Québec est envoyé sur l’île d’Entrée pour enquêter sur le meurtre d’un homme. Comme souvent avec Peter May, le chapitre d’ouverture expose rapidement la situation. Mais au fil du roman, la vie des personnages prend le pas sur l’enquête au point que le lecteur prête autant d’intérêt à leur histoire qu’à l’enquête policière. Dans L’île du serment, l’auteur nous plonge au plus profond des tourments de Sime : sa difficile reconstruction après l’échec de son mariage, ses retrouvailles avec sa sœur, ses relations ombrageuses et distantes avec ses collègues.

Dépressif et insomniaque, Sime se remémore les histoires que lui contait sa grand-mère et qui mettaient en scène une Kirsty étrangement ressemblante avec l’épouse de la victime : rêves d’enfance ou hallucination ? Outre le fait qu’elles tiennent le lecteur en haleine, elles sont un outil permettant à Peter May de remonter le temps jusqu’au 19ème siècle où des paysans écossais furent chassés de leur terre par des propriétaires terriens profitant d’une famine pour se constituer de plus grands domaines. Affaiblis, les paysans étaient embarqués de force sur des navires pour le Canada, où rien ni personne ne les attendait. Ce sont ces déplacements de population violents et tragiques – les Highland Clearances – que Peter May décrit, faisant raconter son histoire à la première personne par un jeune paysan déplacé au Canada. Le lecteur est transporté dans le quotidien de ce jeune homme et vit au jour le jour l’expulsion, le transport pour le Canada dans des conditions insalubres et l’arrivée en terre inconnue. Et les solidarités qui se créent au fil des rencontres.

Tout l’art de Peter May dans ce roman est de raconter conjointement deux histoires : l’enquête policière et l’expulsion des paysans loin de leurs terres écossaises. Ces deux histoires se font écho et balancent habillement le lecteur entre Canada et Écosse, présent et passé, rigueur exigée par l’enquête et liberté de l’esprit. Je me suis parfois demandée comment l’auteur allait réussir à les rapprocher pour créer une chute cohérente. Il y parvient : le dénouement est réaliste et refuse tout simplisme, comme toujours avec Peter May.

De ses activités de scénariste, Peter May garde la trace : les dialogues sont justes et les descriptions des scènes sont précises et détaillées. On entendrait presque la voix du réalisateur lançant « Action ! ».

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman policier, bien que je ne sois pas une fan du genre. L’île du Serment va bien au-delà de l’intrigue de départ : il dénonce les violences faites aux hommes et montrent leur capacité à rebondir. L’île d’Entrée semble aussi hostile que l’île de Lewis et Harris, où se déroulait l’action de la trilogie de Lewis. Enfin… hostile pour les non-initiés – comprenez toute personne habitant au sud de la Loire. Car Peter May a réussi à m’intriguer : comment peut-on vivre dans ces régions qui ne semblent connaître que les vents violents et la pluie, la lande aride et les tourbières ? Peut-être faudrait-il y aller pour le savoir…

Florence, 08/09/2014

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