Deux brûle-parfums d’Eileen Chang

Deux brûle-parfums pour conter deux vies.
La première est celle de la jeune Wei-lung qui vient demander l’aide de sa tante, une ancienne courtisane riche mise au ban de sa famille. Cette dernière se sert de sa jeunesse, de sa naïveté pour attirer de nouveaux et jeunes amants.

La seconde est celle de Roger Empton qui se marie avec une jeune fille dont l’éducation a éludé la question du corps, de l’amour physique. A cette nouvelle fait écho, en moi, une autre de Maupassant où la jeune mariée, pendant la nuit de noces, croit son mari enragé, car mordu par un chien, présent de mariage.

J’ai aimé la moiteur de Hongkong et de cette société britannique et coloniale qui impose des règles et des codes. Les personnages se retrouvent emprisonnés, leur destin est scellé et la tragédie s’abat sur leur vie. Les brûle-parfums peuvent enfin s’éteindre.

Berengère, 09/04/2015

La vérité est-elle toujours bonne à dire ?

Photo AFP
Catherine Millet ©AFP

Il y a foule pour la rencontre avec Catherine Millet chez Mollat, ce jeudi 13 février 2015. De nombreuses personnes appartiennent à la tranche d’âge de l’auteur mais je m’étonne de voir autant d’étudiants. L’un d’eux m’explique que le conférencier est leur professeur d’université : Jean-Michel Devésa.

L’auteur du livre La vie sexuelle de Catherine M. me surprend presque par sa simplicité. Légèrement distante, elle écoute tout autant les questions qui lui sont posées que les bruits de la rue. Cette distance, je la ressentais déjà en lisant ses récits autobiographiques, comme si elle n’était pas concernée mais devenait soudain un objet d’étude. Finalement, tout se recoupe et on reconnaît vite en elle la critique d’art et la femme libérée qui parle de masturbation comme d’autres parleraient de recette de gâteau. J’aime ça et c’est un peu pour cette raison que je suis venue. Elle est intéressante pour avoir osé parler de ses expériences sexuelles dans le détail, ou encore du sentiment de jalousie qui l’a dévoré pendant des années, dans Jours de souffrance.

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Attention : Amours de Léonor de Récondo est un roman sensible

leonore-de-recondo-amours-les-liseuses-de-bordeauxDans la France provinciale du début du XXème siècle, deux femmes s’aiment. L’une, Victoire, est une bourgeoise corsetée et désœuvrée, mariée par petite annonce à un notaire avec qui elle ne partage rien. L’autre, Céleste, bonne à tout faire, fille d’une famille de paysans pauvres et rudes, n’attend rien de la vie et subit le droit de cuissage du maître de maison. Rien ne se fait par amour dans cette maison. Tout n’y est que convenances, secrets et silences. Drame ordinaire dans une maison bourgeoise dont « les métrages de tissu […] absorbent les soupirs pour n’en restituer qu’un écho ouaté ».

Sauf que les deux femmes s’aiment. Et le titre de ce roman prend tout son sens : amour de deux femmes, amour d’une mère pour un enfant, amour d’une femme pour son mari mutilé par la guerre.Lire la suite »