La vérité est-elle toujours bonne à dire ?

Photo AFP
Catherine Millet ©AFP

Il y a foule pour la rencontre avec Catherine Millet chez Mollat, ce jeudi 13 février 2015. De nombreuses personnes appartiennent à la tranche d’âge de l’auteur mais je m’étonne de voir autant d’étudiants. L’un d’eux m’explique que le conférencier est leur professeur d’université : Jean-Michel Devésa.

L’auteur du livre La vie sexuelle de Catherine M. me surprend presque par sa simplicité. Légèrement distante, elle écoute tout autant les questions qui lui sont posées que les bruits de la rue. Cette distance, je la ressentais déjà en lisant ses récits autobiographiques, comme si elle n’était pas concernée mais devenait soudain un objet d’étude. Finalement, tout se recoupe et on reconnaît vite en elle la critique d’art et la femme libérée qui parle de masturbation comme d’autres parleraient de recette de gâteau. J’aime ça et c’est un peu pour cette raison que je suis venue. Elle est intéressante pour avoir osé parler de ses expériences sexuelles dans le détail, ou encore du sentiment de jalousie qui l’a dévoré pendant des années, dans Jours de souffrance.

Lire la suite »

Attention : Amours de Léonor de Récondo est un roman sensible

leonore-de-recondo-amours-les-liseuses-de-bordeauxDans la France provinciale du début du XXème siècle, deux femmes s’aiment. L’une, Victoire, est une bourgeoise corsetée et désœuvrée, mariée par petite annonce à un notaire avec qui elle ne partage rien. L’autre, Céleste, bonne à tout faire, fille d’une famille de paysans pauvres et rudes, n’attend rien de la vie et subit le droit de cuissage du maître de maison. Rien ne se fait par amour dans cette maison. Tout n’y est que convenances, secrets et silences. Drame ordinaire dans une maison bourgeoise dont « les métrages de tissu […] absorbent les soupirs pour n’en restituer qu’un écho ouaté ».

Sauf que les deux femmes s’aiment. Et le titre de ce roman prend tout son sens : amour de deux femmes, amour d’une mère pour un enfant, amour d’une femme pour son mari mutilé par la guerre.Lire la suite »

Plaisir d’offrir, joie de recevoir

nelly-arcan-folle-les-liseuses-de-bordeauxActuellement, on peut voir au Lieu sans Nom, à Bordeaux, un montage théâtral de textes de Nelly Arcan, interprétés par trois comédiennes. Gilbert Tiberghien en a réalisé la mise en scène.

Nelly Arcan, une jeune écrivaine québécoise, s’est donné la mort en 2009 à Montréal à l’âge de 36 ans. Elle avait décidé à l’âge de quinze ans de se suicider à 30 ans. Dans son oeuvre, elle aborde de façon quasi-obsessionnelle, dans un style flamboyant, les thèmes du désir, de l’image de la femme, de la marchandisation du corps vécu à la fois comme prison détestée (une « burqa de chair« ), comme emblème de séduction et enfin le thème du suicide. Elle met à l’oeuvre ce questionnement en intellectuelle dans ses écrits mais elle l’a vécu dans sa chair de manière paroxystique jusqu’à la fin de sa vie. Elle fut escort girl pendant cinq ans lorsqu’elle était étudiante. Sa première oeuvre d’auto-fiction, Putain, lui fit connaître un succès immédiat. Au-delà d’un certain voyeurisme ou même d’un premier geste de rejet, le lecteur, à mon avis, ne peut être qu’ébranlé par la justesse des problématiques en jeu dans ses écrits.

Françoise Bleuse, l’une des comédiennes et initiatrice du projet, a bien voulu satisfaire ma curiosité et répondre à certaines questions.

Marie-France : Françoise, d’où t’est venue l’idée d’adapter des textes (Putain,  Folle,  Burqa de chair) de Nelly Arcan au théâtre ?Lire la suite »