Quand Yves Ravey raconte son notaire…

yves raveyActualités littéraires : les 5, 6 et 7 avril 2013 c’était l’Escale du livre à Bordeaux.

Soirée enthousiasmante hier à l’Escale du livre de Bordeaux avec la rencontre de l’auteur Yves Ravey pour la présentation de son dernier livre Un notaire peu ordinaire  paru aux Editions de Minuit ( l’heureux homme !).

Il fallait aimer la littérature pour supporter le froid polaire qui régnait sous la tente pompeusement baptisée « salon littéraire » mais les vaillants auditeurs furent récompensés par la chaleureuse évidence des propos de l’écrivain qui évoqua pour eux la genèse de ses romans. Lire la suite

Tahar Ben Jelloun – Journal indien

tahar-ben-jelloun1Cet article est paru le 17 février 2013 dans le journal italien La Repubblica. Sa traduction nous est ici proposée par Baptiste Chauveau. 

L’auteur Tahar Ben Jelloun retourne en Inde après vingt années. Il retrouve un pays encore en proie aux violences et aux injustices ‘‘mais qui cherche sa propre voie vers la modernité’’. Dans les notes de voyage que l’écrivain franco-marocain a rédigées  pour  La Repubblica, on découvre les milles contradictions de la plus grande des démocraties.

L’auteur
Tahar Ben Jelloun est né à Fez, au Maroc, en 1944 et vit à Paris depuis 1971. Il a enseigné la philosophie et la psychologie sociale. Parmi ses livres, Le racisme expliqué à ma fille.

Lost in Jaipur, notes éparses du nouveau monde. Vingt années se sont écoulées depuis mon premier voyage en Inde. J’arrivai alors en plein jour. À peine descendu de l’avion, je me souviens avoir éprouvé un choc physique : l’Inde a ses odeurs spécifiques qui accueillent le visiteur et le submergent immédiatement dans un authentique dépaysement. Odeurs d’épices, de parfums, air pollué, senteurs d’une humanité qui vit, se bat et ne s’arrête pas pour te regarder. La vie avec ses rythmes et son mouvement perpétuel. Une vie qu’on arrache avec les dents. Lire la suite

Une partie de chasse

Repêché pour vous dans Le Monde des livres du 12 octobre dernier, l’excellent article de Jean Birnbaum dont je vous livre quelques morceaux choisis :

« …Agnès Desarthe entraîne son lecteur dans une battue tragi-comique. On y entend la complainte intérieure d’un lapin qui a eu le malheur de quitter son gîte : « Je suis si petit, si mignon. Quel dommage. L’homme qui me ramasse me ressemble. Nous nous regardons. Son pouce est sur mon cœur qui bat encore. Il pleure. » Mais aussi les mots que Tristan, son bourreau involontaire, murmure pour le réconforter : « petit lapin, tu ne connaîtras jamais la victoire sur l’absurde, celle que nous accomplissons chaque jour, à chaque seconde de notre existence ». Et puis enfin, les grossièretés dont l’abreuvent ses camarades de chasse pour l’intégrer à leur confrérie de mensonges et de vanité…Tristan, voilà un héros pascalien. Profondément inadapté, il n’est nulle part chez lui, et c’est contraint et forcé qu’il finit lui aussi par creuser son terrier, par faire son trou… »

On retrouve dans cet opus d’Agnès Desarthe – dont on aime tous les livres- les phrases courtes, vives, l’humour et la sagesse. Un regard tendre et lucide sur nos contemporains et leurs dérisoires travers.

Hélène

Les âmes soeurs

Valérie Zenatti, Editions de l’Olivier, 2012

Voici un très joli récit, de ceux qui laissent dans un coin de la tête des images, des impressions légères et douces. L’amour et l’amitié passés au crible d’un quotidien qui parfois lasse…

Emmanuelle, la narratrice, est plongée dans un livre qui raconte l’histoire de Malik et Lila. Au fil de sa lecture, Emmanuelle entreprend un voyage intérieur, une journée buissonnière qui va la voir s’interroger sur ses amours, ses amies, ses enfants et va réveiller des fantômes endormis.

Deux textes s’entrecroisent et se répondent composant un chant subtil servi par une écriture gracieuse.

« Sur la pointe des pieds, elle entra dans la chambre de Gary et contempla ses lèvres charnues, l’arrondi de sa joue et ses mèches bouclées en soleil sur l’oreiller. Elle s’attarda devant le lit de Sarah déjà découverte, sur le dos, la tête rejetée vers l’arrière, si fragile et profonde à la fois, comme prête à s’envoler vers une destination lointaine dont elle ne reviendrait peut-être jamais, puis,  elle se pencha vers le lit de Tim qui dormait la bouche ouverte, une trace de salive brillait sur sa joue jusqu’à la tétine qu’il avait lâchée, et comme chaque soir elle fut bouleversée par l’abandon extrême des petits corps, par la perfection de leur peau, le trait délicat des cils, le mélange de confiance et de vulnérabilité qui émanait de chaque visage, et elle sentit monter en elle un mélange d’extase, de gratitude et de terreur. »

Hélène

Une semaine de vacances

 Christine Angot, Flammarion, 2012

La lecture de ce roman qui affole les critiques littéraires s’avère éprouvante. La rédaction de Sud-Ouest le décrit comme « un mauvais porno », un autre critique a parlé de « tunnel de fellations », voilà qui donne le ton.

L’histoire : un père, la soixantaine, bourgeois aisé, érudit, fin gourmet, emmène sa fille d’une quinzaine d’années, en vacances près de Grenoble. En fait de découverte de la région, la fille n’aura droit qu’à une initiation brutale et obsessionnelle à la sexualité. L’auteur décrit avec une précision chirurgicale les gestes, les positions, les regards, les commentaires jusqu’à l’écoeurement. La relation est d’une extrême perversité et on assiste impuissant au supplice de la fille ramenée au statut d’objet de tous les fantasmes du père. Lire la suite