Les âmes soeurs

Valérie Zenatti, Editions de l’Olivier, 2012

Voici un très joli récit, de ceux qui laissent dans un coin de la tête des images, des impressions légères et douces. L’amour et l’amitié passés au crible d’un quotidien qui parfois lasse…

Emmanuelle, la narratrice, est plongée dans un livre qui raconte l’histoire de Malik et Lila. Au fil de sa lecture, Emmanuelle entreprend un voyage intérieur, une journée buissonnière qui va la voir s’interroger sur ses amours, ses amies, ses enfants et va réveiller des fantômes endormis.

Deux textes s’entrecroisent et se répondent composant un chant subtil servi par une écriture gracieuse.

« Sur la pointe des pieds, elle entra dans la chambre de Gary et contempla ses lèvres charnues, l’arrondi de sa joue et ses mèches bouclées en soleil sur l’oreiller. Elle s’attarda devant le lit de Sarah déjà découverte, sur le dos, la tête rejetée vers l’arrière, si fragile et profonde à la fois, comme prête à s’envoler vers une destination lointaine dont elle ne reviendrait peut-être jamais, puis,  elle se pencha vers le lit de Tim qui dormait la bouche ouverte, une trace de salive brillait sur sa joue jusqu’à la tétine qu’il avait lâchée, et comme chaque soir elle fut bouleversée par l’abandon extrême des petits corps, par la perfection de leur peau, le trait délicat des cils, le mélange de confiance et de vulnérabilité qui émanait de chaque visage, et elle sentit monter en elle un mélange d’extase, de gratitude et de terreur. »

Hélène

Une semaine de vacances

 Christine Angot, Flammarion, 2012

La lecture de ce roman qui affole les critiques littéraires s’avère éprouvante. La rédaction de Sud-Ouest le décrit comme « un mauvais porno », un autre critique a parlé de « tunnel de fellations », voilà qui donne le ton.

L’histoire : un père, la soixantaine, bourgeois aisé, érudit, fin gourmet, emmène sa fille d’une quinzaine d’années, en vacances près de Grenoble. En fait de découverte de la région, la fille n’aura droit qu’à une initiation brutale et obsessionnelle à la sexualité. L’auteur décrit avec une précision chirurgicale les gestes, les positions, les regards, les commentaires jusqu’à l’écoeurement. La relation est d’une extrême perversité et on assiste impuissant au supplice de la fille ramenée au statut d’objet de tous les fantasmes du père.Lire la suite »

Les lumières de Bullet Park

John Cheever (1912-1982), romancier américain peu connu en France, écrivit Bullet Park en 1969. Bullet Park est une ville de banlieue typique du nord est des Etats-Unis dans les années 60. Les hommes partent travailler chaque matin par un train de banlieue alors que leurs épouses restent à la maison. Le culte du matérialisme, le poids des conventions et des apparences font partie de la vie quotidienne : on va à l’église pour y être vu, on s’inscrit dans un club pour montrer sa carte de visite. L’adultère et la boisson sont aussi monnaie courante.

Le roman s’ouvre sur la famille d’Eliot Nailles et son mode de vie. En apparence, rien à signaler, mais en réalité, tous vont très mal : Tony, son fils, refuse de sortir de son lit, n’arrivant pas à affronter son échec scolaire ; Nellie, son épouse, perd pied avec la réalité ; Eliot prend des médicaments pour se donner la force d’aller travailler chaque jour.Lire la suite »

La maîtresse des épices

de Chitra Banerjee Divakaruni, Picquier Poche, 2002

La maîtresse des épices de Chitra Banerjee Divakaruni est un conte où se mêlent magie et parfums des épices. Le lecteur est transporté dans la petite épicerie de Tilo, à Oakland en Californie et suit ses rencontres avec plaisirs. Les clients de Tilo ne voient en elle qu’une vieille femme mais elle est bien plus que cela : elle est maîtresse dans l’art des épices. Elle voit, comprend les maux de ses clients, au-delà de ce qu’ils lui en disent et les soigne avec de savants et parfumés mélanges d’épices de sa composition. Ce roman va au-delà du folklore, de la singularité des coutumes et des clichés sur l’Inde. Lire la suite »