Lire en Poche ! Rencontre avec Philippe Besson

« Soif d’idéal » était le thème de cette année au salon Lire en Poche. Alors que je demande à Philippe Besson ce que cela évoque pour lui, il me répond en fredonnant Foule sentimentale d’Alain Souchon. Et il ajoute que ce salon du livre aurait dû s’appeler ainsi. Car ce n’est rien d’autre : des gens qui se rassemblent pour espérer partager du sensible, c’est une foule sentimentale. Un salon du livre permet de partager de l’émotion.

Nous ne sommes que douze autour de cette table, loin d’être une foule, mais assez pour partager des émotions. Et le dernier écrit de Philippe Besson, La première phrase du premier livre, va nous donner l’occasion de réfléchir sur les traces du passé. Car ce livre est une sorte de bilan, d’exercice de mémoire, une façon d’expliquer comment la vie nous nourrit jusqu’à donner l’envie d’écrire.

L’auteur indique que c’est intéressant aussi de voir comment on recompose cette mémoire, voire même comment on la fantasme. On sait que les choses ne se sont pas exactement passées comme ça, mais on aimerait. La mémoire fantasmée raconte ce que l’on est.

La première phrase du premier livre n’est pas qu’un exercice intime, c’est aussi une mémoire partagée qui raconte une époque. Quand on lui demande « pourquoi vous écrivez autant sur la disparition ou sur l’absence » c’est parce que l’époque dans laquelle il a grandi a connu les années SIDA où de nombreuses personnes en sont mortes et Philippe Besson a enterré beaucoup de proches. C’est quelque chose qui laisse une empreinte importante.
« Écrire en pensant à ceux qui sont morts, c’est une façon de les ramener dans la vie« . C’est aussi une façon de calmer la douleur, de contrarier l’absence, et une façon de réparer. L’écriture sert à surmonter tout ça.

Lorsqu’il a une idée de roman et qu’il faut décrire les personnages, le geste naturel est d’aller vers une de ses connaissances, en donnant des traits de caractère ou des aspects physiques de personnes qu’il a connues. Mais il y a aussi des personnages inventés à 100%.
« Ce qui est important, ce n’est pas de raconter une vraie histoire, mais une histoire vraisemblable, une histoire à laquelle on puisse croire« .
Il faut trouver un souffle romanesque, une tension qui donne envie de continuer la lecture. Pour son roman Paris-Briançon, la volonté initiale était d’écrire un livre sur l’intimité, sur la fabrique du rapprochement. Écrire uniquement sur ça ne suffisait pas. En tant que romancier, il a ajouté un twist qui change la lecture du livre. Il a indiqué dès le départ que certains personnages allaient mourir sans dire lesquels. Le lecteur sait alors que certains vont disparaître (sans savoir comment) mais les personnages eux ne le savent pas. Cela apporte une dimension romanesque.
« Je crois que le livre, c’est un dialogue entre l’auteur et le lecteur« .

Après l’avoir écouté, rit avec lui, échangé sur son écriture, nous avons demandé à Philippe Besson quels étaient ses derniers coups de cœur lecture :
Vivre sans bonheur et n’en point dépérir de Véronique Ovaldé, chez Flammarion
De l’autre côté du lac de Sylvain Prud’homme, aux Éditions de minuit
Je de Lilia Hassaine chez Gallimard
Debout dans tes rêves d’Abdellah Taïa chez Julliard

Babeth, octobre 2026

Vous voulez réagir à ce post ?