
Je déteste lire des pavés, ça me fatigue à l’avance. Mais je craque dès que je vois certains noms d’auteurs. C’est le cas de Rebecca Lighieri. Je savoure son écriture, et j’aime les sujets auxquels elle est attachée.
C’est par le regard d’Armand que s’ouvre ce roman. Comédien reconnu, cet être narcissique a une conscience aiguë de ce qu’il est, de ce qu’il vaut et de ce qui importe dans sa vie. Néanmoins, comme il le dit :
J’étais bien parti pour être un connard
Non conformiste, il aime d’autres femmes que la sienne tout en considérant que Birke, son épouse reste le centre de sa vie. Comédienne également, elle l’a tiré vers l’excellence. Pourtant ce n’était pas gagné pour cette femme sublime et déterminée. Née dans une famille dysfonctionnelle, avec des parents toxicos et violents, elle dissimule des secrets honteux. Pour Armand, sa femme est une rescapée. Leur fille Miranda, âgée d’une vingtaine d’années, n’a rien en commun avec ses parents. Elle est dépressive, petite, fragile et sans éclat. Enfin, c’est ainsi qu’ils la voient. Armand voue un amour infini à sa fille et il aimerait sincèrement qu’elle soit heureuse. Malgré toute leur compassion, les parents de Miranda la trouvent désespérément lisse. Il faut dire que Birke n’était pas faite pour être mère et elle entretient très peu de relations avec sa fille. Miranda, quant à elle, se considère comme une bouffonne paumée.
Face à mes parents, je me suis toujours sentie comme un insecte englué dans une toile, ou comme un oiseau affolé par trop de phares
Dans la seconde partie du roman, Rébecca Lighieri donne la parole à Miranda ce qui permet au lecteur de se délecter d’une nouvelle subjectivité. Car ce que nous révèle Miranda est bien loin de ce que ses parents peuvent imaginer. Loin d’être lisse, c’est une jeune femme extra-lucide et débridée.
J’ai derrière moi tout un passé de dissimulation et de stratégies secrètes
C’est une comédienne tout aussi performante, si ce n’est plus, que ses parents. Elle ment à tout un chacun et considère être une malédiction. Miranda passe souvent de l’autre côté du miroir comme Alice au pays des merveilles. Elle a accès à une dimension invisible aux humains ce qui provoque en elle une inadéquation avec le monde réel. Pour supporter ce qui l’entoure, et extérioriser ce qu’elle ressent, elle écrit des messages qu’elle dissimile dans la maison de ses parents. Elle pense que personne ne peut l’aimer. Au-delà de la dimension paranormale de ce que Miranda vit c’est la réalité qui l’effraie : les responsabilités, les contraintes, l’ennui, l’amour, l’absence d’amour. Pour elle, « la vie d’adulte est un long processus de dépossession et d’affaiblissement« .
Comme Miranda, Rebecca Lighieri introduit des messages cachés à l’intérieur de ses romans. Des phrases qu’elle aime, d’auteurs connus, comme celle-ci :
Dans le trouble où je suis, je ne puis rien pour moi.
Ce message de Miranda/Rebecca est tiré de l’acte III de Phèdre de Racine.
Autre habitude d’écriture, les chansons sont des sources d’inspiration pour Rebecca Lighieri. C’est le cas de la chanson autobiographique « Chandelier » de Sia dont les paroles évoquent le désespoir de la jeune femme (faisant écho à celui de Miranda). Rebecca Lighieri explique qu’un des points de départ de ce roman « Le club des enfants perdus » avait été la recrudescence des troubles psychiques chez les jeunes, et les filles, en particulier dans la société actuelle.
J’ai aimé la liberté de chacun des personnages, leurs bizarreries. Je me suis attachée particulièrement à Armand et à Miranda. J’ai ri et j’ai pleuré. Chacun des romans de Rebecca Lighieri est une métamorphose de sujets récurrents comme le corps, la sexualité, ou l’analyse de l’âme humaine. La romancière ne supporte pas les jugements catégorisants et c’est une raison supplémentaire pour moi d’aimer ses romans. On peut être dérangé par ce qu’elle écrit mais son but est de nous bousculer pour nous interroger sur ce que nous vivons.
Babeth, novembre 2024
Le club des enfants perdus, Rebecca Lighieri, P.O.L, août 2024
Oui, son côté plus noir avec Rebecca nous fait appréhender cette jeunesse, lisse d’apparence mais si complexe et inquiète à l’intérieur.
Je ne savais pas sur le vers de Racine . Merci
J’attends un futur prix qui serait bien mérité. A suivre ! 😉
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Tout à fait d’accord. Babeth
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