Inventaire d’inventions (inventées)

Inventaire d’inventions (inventées) est le dernier ouvrage d’Eduardo Berti. C’est un objet littéraire original et teinté d’absurde. C’est un livre fait de livres, une véritable bibliothèque d’inventions littéraires qui encourage le lecteur à l’exploration.

Inventaire d’inventions (inventées) prend comme point de départ une centaine d’inventions qui sont le pur produit de l’imagination d’écrivains et n’existent que dans la fiction : le pianocktail de Boris Vian, la Kallocaïne de l’écrivain et pacifiste suédoise Karin Boye, le superficine du Russe Sigismund Kryzanowski, le myopicide de Raymond Queneau … qu’Eduardo Berti retravaille pour les insérer dans des courts récits. Il y a donc des textes qui parlent de vrais livres et de vrais auteurs et d’autres qui parlent de faux livres et de faux auteurs. Certains textes sont réécrits, d’autres insérés tels quels… Eduardo Berti définit cet ouvrage comme « une anthologie active influencée par celles de Borgès et de Bioy Casares qui mélangeaient des choses réelles et inventées. »

« La vie est infiniment plus étrange que tout ce que l’esprit de l’homme puisse inventer »
Arthur Conan Doyle, Une affaire d’identité

A l’origine de ce livre, il y a une invention de l’écrivain mexicain Juan José Arreola, le Baby HP, que ce dernier présente sous la forme d’un mode d’emploi. Eduardo Berti la transforme en une proposition d’écriture pour un atelier qu’il anime et découvre par là-même qu’elle lui permet de parcourir ses lectures. L’inventaire d’inventions (inventées) est né et interroge ce qu’est une invention dans la fiction. L’écriture est sans cesse invention et réinvention :

« C’est une porte qui ouvre des possibilités. Je prends une invention qui peut être le centre d’un roman comme la Kallocaïne ou juste une ligne dans un roman, j’ouvre la porte et je vois ce que ça donne. »

C’est l’Oulipien qui parle, lui qui a intégré l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentiel) en 2014. Bien que la notion de contrainte soit un fondement du travail des Oulipiens, Eduardo Berti ne se fixe pas toujours de contraintes pour créer.

« Chaque livre est différent. Pour mon deuxième roman, Madame Wakefield, je suis parti de la nouvelle « Wakefield » de N. Hawthorne (NDLR : publié dans le recueil Twice-told tales) où un homme annonce à sa femme qu’il s’en va, puis va s’asseoir sur un banc de l’autre côté de la rue pour voir son absence. J’en ai fait un roman, mais du point de vue de l’épouse. Je me suis donné tout un cahier des charges, si l’on peut dire. Je n’ai pas touché aux murs porteurs de la nouvelle de Hawthorne mais j’ai inventé dans les interstices. J’ai aussi inséré des notes que Hawthorne avait écrites dans son carnet mais n’avait jamais pu insérer dans sa nouvelle. Par contre, je n’ai pas du tout travaillé comme ça pour Le pays imaginé. Mon défi, c’est de trouver un mode de travail pour chaque livre. »

Les rencontres mensuelles avec les Oulipiens agissent sur Eduardo Berti « comme une caisse de résonance » :

« Je suis incapable de dire ce que j’ai donné à l’Oulipo, mais je sais que l’Oulipo m’a beaucoup donné. J’ai des bases un peu plus solides pour explorer les formes, j’ose plus. Et surtout l’Oulipo m’a fait écrire en français (NDLR : Une présence idéale et Les poèmes de babyfoot). »

Inventaire d’inventions (inventées) est le livre d’un lecteur :

« Chaque lecteur invente son propre livre et ce livre-là est le fruit de mes lectures. Il est une grosse partie de ma bibliothèque, même s’il n’y a pas tous les auteurs que j’aime lire. Chaque lecteur pourrait faire son inventaire, pas forcément en suivant l’axe des inventions mais en suivant un axe : les villes, les métiers… »

Les illustrations réalisées par le collectif Monobloque (Dorothée Billard et Clemens Helmke) sont à l’image du livre : ce sont de très belles esquisses, des possibilités. Elles font de ce livre un bel objet qu’il serait dommage de lire sur tablette.

Eduardo Berti joue avec les textes et rend le lecteur complice de ces détournements. Heureusement, il n’est pas nécessaire d’avoir une culture littéraire encyclopédique pour s’amuser en le lisant…

Florence, 1er mai 2018

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