Désorientale de Négar Djavadi

Wet Eye GlassesKimiâ attend. Un tube de sperme dans les mains. Alors que sa vie prend un tournant tant attendu elle se souvient. De son enfance en Iran, de ses parents Darius et Sara, opposants politiques qui ont dû fuir avec la crainte constante d’être assassinés. Même en France, terre d’asile. Retour dans la salle d’attente, où Kimiâ est engagée dans un processus de PMA. Elle nous parle du présent, du chemin parcouru des origines jusqu’au déracinement et les tentatives pour se reconstruire.

Je prends de plein fouet le punk et le postpunk. John Lydon, Ari Up, Ian Curtis, Joe Strummer, Peter Murphy…Leur musique comble chaque trou, affectif, intellectuel, creusé dans ma vie. Elle devient mon pain quotidien, ma bouée de sauvetage. Parce qu’elle remet le monde à sa place et déchiquette la belle apparence. Parce qu’elle sent la colère, la transpiration, les grèves, les quartiers ouvriers, les révoltes, la poudre. Parce qu’elle dénonce l’hypocrisie du pouvoir, détruit les certitudes, les affirmations sociales, les affirmations idéologiques censées nous expliquer comment tourne le monde. Parce qu’elle est faite pour que les gens comme vous regardent les gens comme moi.

Négar Djavadi va nous balader comme dans un conte persan à la découverte des ancêtres de la narratrice aux noms imprononçables mais si beaux : l’arrière-grand-père Montazelmolmolk ou Reza Pahlavi, mendiant devenu roi. Nous sommes dans la province du nord de l’Iran, le Mazandaran et Kimiâ évolue, différente de ses sœurs, dans ce pays en mutation. A travers l’histoire de cette jeune femme, l’auteur parle d’un pays. Darius dénonce :

…Personne ne veut d’une démocratie. Pour le moment ce qui éclate le Shah, c’est mener sa politique autoritaire, créer l’armée la plus puissante du Moyen-Orient, et se faire chouchouter par les Américains, hilares de voir leurs fabricants d’armes se relever de la dépression post-Vietnam et compter les dollars. A chacun ses courbettes.

On découvre un pays qui, à partir des années 70, est fait de répression et où la liberté d’expression disparaît. Les différences de mœurs sont interdites.

Vous découvrirez qu’en Iran, l’homosexualité, considérée comme la violation suprême de la volonté de Dieu, est un crime dont la peine maximale est la mort.

Il faut donc fuir. Cette fuite, Négar Djavadi l’a bien connue. Fille d’opposants politiques, elle a quitté l’Iran clandestinement comme son héroïne Kimiâ en traversant les montagnes kurdes à cheval. La partie autobiographique s’arrête là. Son but étant de transcender son histoire et de mettre des choses autour. La petite histoire dans la grande histoire, celle d’un pays qui n’est pas celui qu’elle a connu, ce pays qui s’est transformé en une république islamique.

Négar Djavadi a écrit un incroyable premier roman. De son métier de scénariste, on retrouve l’art du montage. Elle nous fait tenir en haleine jusqu’au bout pour connaître L’EVENEMENT. Mais la révélation est autre et il faut aller jusqu’aux dernières pages pour le savoir et se rendre compte combien cet écheveau de personnages était nécessaire pour comprendre ce besoin de maternité.

Negar Djavadi sera présente au mois de novembre au festival Lettres du Monde.

Son livre fait partie de la sélection des 5 romans en lice pour le Prix des Lecteurs-Escale du Livre 2017.

Babeth, 18/10/2016

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