Quand le requin dort, de Milena Agus

C’est un de ces courts romans dans lesquels tient tout un monde : dans la Sardaigne d’aujourd’hui, une jeune fille et sa famille un peu fêlée : tante et ses fiancés, frère, père et ses maîtresses, mère, grand-parents… Tous y sont à la recherche de l’amour ou de l’ailleurs, dans un mouvement qui nous prend, nous lecteurs, et nous entraîne, à la fois amusés et déconcertés, attendris et bouleversés.
Elle, notre héroïne, croit qu’aimer c’est accepter tout de Lui, l’homme marié aux désirs sadomasochistes. Ce qu’il lui offre, n’est-ce pas un peu de l’amour ? N’est-elle pas un vilain petit canard qui ne mérite guère plus ? Il est vrai qu’elle manque de modèle féminin à suivre, entre sa mère si fragile et sa tante, si belle, qui ne parvient pas « à garder un homme ».

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Dramaturgies urbaines : rencontre entre Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam

Le festival Lire en Poche accueillait cette année Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam pour une table-ronde sur les dramaturgies urbaines. Les dernières parutions des deux autrices, Arène chez Liana Levi pour Négar Djavadi et  Il y a des hommes qui se perdront toujours chez P.O.L. (depuis peu chez Folio) pour Emmanuelle Bayamack-Tam (alias Rébecca Lighieri), servaient de point de départ à cette rencontre. Ces deux romans sont tous deux des romans noirs. On pourrait penser qu’il s’agit de romans policiers : dans chaque histoire, l’élément déclencheur est la découverte d’un cadavre et l’intrigue va s’articuler ensuite autour de cette découverte. Mais l’enquête policière est à peine esquissée.

Dans Arène, la découverte de ce cadavre traverse le roman, elle sèmera d’autant plus le trouble que quelques jours plus tard un second cadavre fera parler de lui. Il s’agit de deux garçons appartenant à deux cités voisines où sévit le trafic de drogue, et où interviennent régulièrement des affrontements pour des rivalités de terrain. La question sera de savoir si la mort du deuxième garçon est à mettre sur le compte des représailles d’une des cités. L’incertitude est grande pour le lecteur, la mort de Issa pouvant également résulter d’une altercation qu’il a eu avec le personnage principal du roman, Benjamin Grossman. Qui a tué le jeune homme ?

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Arène de Négar Djavadi


Vive émotion sur les réseaux sociaux après la mort d’un adolescent

L’Arène, comme l’appellent les scénaristes, c’est l’Est parisien. Dans un quartier où cohabitent des peuples d’origines multiples, mais aussi fraternité, précarité et trafic de drogue, une bavure filmée et mise en ligne par @Corky vient mettre le feu aux poudres. Alors qu’un camp de migrants est délogé par les forces de l’ordre, gît au sol un jeune homme. Une policière va lui demander de se relever mais n’obtenant pas de réponse, elle lui assène un coup de pied. Elle découvre avec effroi qu’il est mort. Il ne s’agit pas d’un migrant mais d’un jeune musulman du quartier.

Ce film de deux minutes devient une arme et la viralité des réseaux sociaux va opérer. C’est dans ce quartier de Grange aux Belles qu’a grandi Benjamin Grossmann. Quelques heures avant ce drame, il était venu voir sa mère. L’un et l’autre ont du mal à communiquer. Ils évoluent dans deux mondes différents. Benjamin se sent exilé dans sa famille et peut-être tout simplement dans sa vie. Pourtant il a réussi. Il dirige depuis peu la branche française d’une plateforme américaine de fictions concurrente à Netflix. « Le temps dans lequel évolue Benjamin Grossmann n’est plus le présent mais le maintenant. » Or ce qui angoisse MAINTENANT Benjamin c’est la perte de son téléphone contenant tous ses contacts de personnalités du cinéma. Cet événement va être l’élément déclencheur d’un engrenage où chacun devient acteur d’un spectacle vivant allant jusqu’à l’émeute.

Après Désorientale, Négar Djavadi nous entraîne à l’est de Paris qu’elle connaît bien puisqu’elle y vit depuis plus de vingt ans. A travers cette histoire qui est au cœur de l’actualité, l’auteur s’attache à montrer le pouvoir impactant et immédiat des images. Alors qu’auparavant, seuls les puissants utilisaient ce média, il est à portée de main de tous grâce au téléphone portable. « La facilité du geste et la vitesse des ondes ont simplement effacé la conscience de l’acte ». Les réseaux sociaux : c’est le miracle de la multiplication des pains. Et les personnages de ce roman le savent et l’utilisent. Nombre de retweets, de partages, de like, de messages whatsapp sont utilisés par les politiques ou porte-parole d’associations en quête de pouvoir. Manipulateurs comme des charmeurs de serpents. Négar Djavadi décrit également la surenchère étourdissante d’émotions des séries et films disponibles sur des plateformes et leur pouvoir hypnotique.

En mettant en parallèle ces fictions et le réel qui devient lui-même fiction à travers ce petit film diffusé sur les réseaux, l’auteur nous donne à réfléchir sur la difficulté à faire la part des choses. La frontière entre réalité et fiction est poreuse. La réussite de ce roman tient également à l’écriture de Négar Djavadi. Pour traduire les hésitations, les silences mais également l’accélération du rythme, l’auteur place des blancs entre les mots, elle hache les phrases, met des mots en gras et en majuscule (on se souviendra du fameux EVENEMENT dans Désorientale). Il n’est pas facile de réussir un second roman après l’énorme succès du premier. Négar Djavadi continue à nous surprendre avec Arène.

Babeth, 20 décembre 2020

Pour Noël, les Liseuses vous conseillent…

Comme d’habitude à l’approche des fêtes, les Liseuses vous proposent leur sélection de Noël. Elle est, comme toujours, très éclectique, ce qui fait notre force et vous donne largement le choix !
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La tendresse du crawl de Colombe Schneck

La tendresse du crawl, de Colombe Schneck
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Isabelle vous conseille La tendresse du crawl, de Colombe Schneck : « L’histoire toute simple d’un amour qui devient chagrin d’amour, et pourrait devenir, une fois traversés la peur, la tristesse et les regrets, une histoire de retrouvailles. Ce court roman à l’écriture simple et maîtrisée est à la fois profond, mélancolique et haletant. Une fois commencé, difficile de le reposer. A offrir à tous les cœurs blessés… »

Les Chroniques du hasard d’Elena Ferrante

Chroniques du hasard, par Elena Ferrante
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Babeth choisit les Chroniques du hasard d’Elena Ferrante« Offrir un livre objet, illustré par Andréa Ucini, quelle bonne idée pour Noël ! Surtout si c’est pour savoir qui se cache derrière Elena Ferrante. Même si elle dévoile beaucoup de choses pendant ces rubriques hebdomadaires au Guardian, vous ne connaîtrez pas son vrai nom. Mais vous pourrez apprendre à la connaître à travers son oeuvre. C’est son histoire en tant qu’écrivain. Elle dévoile ce qui la fascine dans le monde qui nous entoure : la sexualité masculine, l’inimitié, la condition féminine, les relations mère-fille, le couple, la jalousie, mais également son rapport à l’écriture. Elena Ferrante construit des fictions qui aident à regarder, sans filtres, la condition humaine. »
« Les romans se servent de mensonges pour dire la vérité ».
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Les polars de Ian Rankin

La colline des chagrins, d'Ian Rankin
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Edith vous propose une sélection polar : « Si vous cherchez un polar à offrir à un amateur de l’Ecosse, je vous conseille les romans de Ian Rankin. L’auteur nous plonge dans un suspense haletant dans les tréfonds d’Edimbourg. Vous pouvez commencer par Cicatrices ou La colline des chagrins. Moi, je les ai tous adorés. »

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La mécanique de la chute de Seth Greenland

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Mécanique de la chute, par Seth GreenlandMarie-France partage son coup de coeur pour La mécanique de la chute, de Seth Greenland« Voici un excellent roman américain dont l’intrigue menée d’une plume à la fois acerbe et facétieuse vous tiendra en haleine jusqu’au bout. Il y a du tragique, du tragique à l’américaine, dans le destin du héros du roman, richissime magnat de l’immobilier.
Dans ce pays hanté par les conflits raciaux, dominé par les ambitions individuelles et le pouvoir de l’argent, miné par les constructions médiatiques et le politiquement correct, il peut suffire d’un enchaînement de circonstances au début bien anodin pour que la roue du destin s’enraye  et que la chute inexorablement s’enclenche.
Un roman intéressant qui a toute sa place au pied du sapin. »
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Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura

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Borgo Vecchio, par Gosuè CalaciuraFlorence plébiscite Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura : « Une magnifique histoire d’enfants du quartier éponyme de Palerme. La quatrième de couverture nous promet une intrigue semblable à un livret d’opéra. Entre violence et beauté, bien et mal, Borgo Vecchio m’a tenu en haleine jusqu’au final. »
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L’arbre-monde de Richard Powers

Bérengère nous fait part de son coup de coeur pour L’Arbre-monde de Richard Powers : « Le récit est composé des éléments d’un arbre : racine, tronc, cime et graines. Cette construction métaphorique nous fait pénétrer l’univers des arbres. À l’intérieur, c’est une histoire d’arbre et d’humanité, une prise de conscience de neuf personnages. Ces derniers se rassemblent autour d’une même lutte pour l’environnement. Il est fascinant de voir les arbres nous accompagner dans notre vie et en même temps, de s’apercevoir qu’ils sont les plus méconnus du vivant. À travers son roman, l’auteur les met en valeur en décrivant leur monde et nos étroites connexions à celui-ci. Un livre qui donne envie d’aller parler aux arbres ! »
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Pour la paix de Paul Eluard et Pablo Picasso

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Pour la paix, de Paul Eluard et Pablo PicassoLaetitia choisit pour vous Pour la paix de Paul Eluard et Pablo Picasso« Voilà un très beau livre à (s)’offrir…
Beau coffret, papier épais et livre sobre, qui mêle le dessin de Pablo Picasso (variations sur le thème de la colombe), et de magnifiques et courts poèmes de Paul Eluard, mis en lumière par Michel Murat, qui est professeur de littérature française à la Sorbonne.
C’est l’histoire d’une amitié née dans les années 1920 en plein mouvement surréaliste, qui prend une dimension politique sans défaut en 1935 en pleine guerre civile espagnole et tragédie de Guernica.
Ce travail conjoint de ces deux auteurs traduit leur engagement pour la paix, dans le langage d’une simplicité épurée et tendre… »
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Tu mourras moins bête de Marion Montaigne

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Tu mourras moins bête, de Marion MontaigneMarisa quant à elle vous conseille Tu mourras moins bête de Marion Montaigne : « Une série BD qui aborde la science par l’humour. Le Tome 1 intitulé La science, c’est pas du cinéma, traite des erreurs scientifiques commises dans les films de science-fiction et d’action… Fous rires garantis! »
Les Liseuses, 15 décembre 2019