Pour Noël, les Liseuses vous conseillent…

Comme d’habitude à l’approche des fêtes, les Liseuses vous proposent leur sélection de Noël. Elle est, comme toujours, très éclectique, ce qui fait notre force et vous donne largement le choix !
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La tendresse du crawl de Colombe Schneck

La tendresse du crawl, de Colombe Schneck
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Isabelle vous conseille La tendresse du crawl, de Colombe Schneck : « L’histoire toute simple d’un amour qui devient chagrin d’amour, et pourrait devenir, une fois traversés la peur, la tristesse et les regrets, une histoire de retrouvailles. Ce court roman à l’écriture simple et maîtrisée est à la fois profond, mélancolique et haletant. Une fois commencé, difficile de le reposer. A offrir à tous les cœurs blessés… »

Les Chroniques du hasard d’Elena Ferrante

Chroniques du hasard, par Elena Ferrante
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Babeth choisit les Chroniques du hasard d’Elena Ferrante« Offrir un livre objet, illustré par Andréa Ucini, quelle bonne idée pour Noël ! Surtout si c’est pour savoir qui se cache derrière Elena Ferrante. Même si elle dévoile beaucoup de choses pendant ces rubriques hebdomadaires au Guardian, vous ne connaîtrez pas son vrai nom. Mais vous pourrez apprendre à la connaître à travers son oeuvre. C’est son histoire en tant qu’écrivain. Elle dévoile ce qui la fascine dans le monde qui nous entoure : la sexualité masculine, l’inimitié, la condition féminine, les relations mère-fille, le couple, la jalousie, mais également son rapport à l’écriture. Elena Ferrante construit des fictions qui aident à regarder, sans filtres, la condition humaine. »
« Les romans se servent de mensonges pour dire la vérité ».
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Les polars de Ian Rankin

La colline des chagrins, d'Ian Rankin
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Edith vous propose une sélection polar : « Si vous cherchez un polar à offrir à un amateur de l’Ecosse, je vous conseille les romans de Ian Rankin. L’auteur nous plonge dans un suspense haletant dans les tréfonds d’Edimbourg. Vous pouvez commencer par Cicatrices ou La colline des chagrins. Moi, je les ai tous adorés. »

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La mécanique de la chute de Seth Greenland

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Mécanique de la chute, par Seth GreenlandMarie-France partage son coup de coeur pour La mécanique de la chute, de Seth Greenland« Voici un excellent roman américain dont l’intrigue menée d’une plume à la fois acerbe et facétieuse vous tiendra en haleine jusqu’au bout. Il y a du tragique, du tragique à l’américaine, dans le destin du héros du roman, richissime magnat de l’immobilier.
Dans ce pays hanté par les conflits raciaux, dominé par les ambitions individuelles et le pouvoir de l’argent, miné par les constructions médiatiques et le politiquement correct, il peut suffire d’un enchaînement de circonstances au début bien anodin pour que la roue du destin s’enraye  et que la chute inexorablement s’enclenche.
Un roman intéressant qui a toute sa place au pied du sapin. »
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Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura

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Borgo Vecchio, par Gosuè CalaciuraFlorence plébiscite Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura : « Une magnifique histoire d’enfants du quartier éponyme de Palerme. La quatrième de couverture nous promet une intrigue semblable à un livret d’opéra. Entre violence et beauté, bien et mal, Borgo Vecchio m’a tenu en haleine jusqu’au final. »
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L’arbre-monde de Richard Powers

Bérengère nous fait part de son coup de coeur pour L’Arbre-monde de Richard Powers : « Le récit est composé des éléments d’un arbre : racine, tronc, cime et graines. Cette construction métaphorique nous fait pénétrer l’univers des arbres. À l’intérieur, c’est une histoire d’arbre et d’humanité, une prise de conscience de neuf personnages. Ces derniers se rassemblent autour d’une même lutte pour l’environnement. Il est fascinant de voir les arbres nous accompagner dans notre vie et en même temps, de s’apercevoir qu’ils sont les plus méconnus du vivant. À travers son roman, l’auteur les met en valeur en décrivant leur monde et nos étroites connexions à celui-ci. Un livre qui donne envie d’aller parler aux arbres ! »
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Pour la paix de Paul Eluard et Pablo Picasso

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Pour la paix, de Paul Eluard et Pablo PicassoLaetitia choisit pour vous Pour la paix de Paul Eluard et Pablo Picasso« Voilà un très beau livre à (s)’offrir…
Beau coffret, papier épais et livre sobre, qui mêle le dessin de Pablo Picasso (variations sur le thème de la colombe), et de magnifiques et courts poèmes de Paul Eluard, mis en lumière par Michel Murat, qui est professeur de littérature française à la Sorbonne.
C’est l’histoire d’une amitié née dans les années 1920 en plein mouvement surréaliste, qui prend une dimension politique sans défaut en 1935 en pleine guerre civile espagnole et tragédie de Guernica.
Ce travail conjoint de ces deux auteurs traduit leur engagement pour la paix, dans le langage d’une simplicité épurée et tendre… »
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Tu mourras moins bête de Marion Montaigne

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Tu mourras moins bête, de Marion MontaigneMarisa quant à elle vous conseille Tu mourras moins bête de Marion Montaigne : « Une série BD qui aborde la science par l’humour. Le Tome 1 intitulé La science, c’est pas du cinéma, traite des erreurs scientifiques commises dans les films de science-fiction et d’action… Fous rires garantis! »
Les Liseuses, 15 décembre 2019

Un petit boulot de Iain Levison

Cela faisait longtemps que je n’avais pas souri (et même ri) autant en lisant un roman ! Et pourtant elle n’est vraiment pas drôle la vie de Jake. Il n’a plus rien : sa copine l’a quitté, il a perdu son boulot à l’usine et la question qu’il se pose en permanence est « comment payer mes factures ? ».
Depuis que l’usine a fermé, tout s’est transformé dans cette petite ville américaine.
« La neige goutte des boîtes aux lettres défoncées au bout d’allées boueuses. Quelques maisons sont barricadées avec des planches, des maisons qui il y a un an encore étaient prospères, avec des enfants qui jouaient sur la pelouse. Un feu de signalement est tombé sur la chaussée près d’une intersection autrefois très encombrée. »
Au moment où Jake trouve un travail de nuit mal payé dans une station service, Ken Gardoski lui propose un petit boulot  : tuer sa femme. C’est pas banal, mais Jake est un gars réglo. Comme il a assuré, Ken lui trouve d’autres jobs, et Jake va devenir tueur à gages.
C’est là que ça commence à être drôle.
Iain Levison arrive à nous faire oublier la cruauté de ces assassinats, car Jake occupe ce poste comme s’il était à l’usine. Pour lui c’est pareil. Il faut constamment tout vérifier, être attentif à chaque détail.
« L’usine m’a formé pour ça. Finalement je ne fais qu’appliquer mes compétences à un usage différent ».
Pour lui c’est un boulot comme un autre. Pour chaque meurtre, il va lui arriver de drôles d’aventures, mais il s’adapte à toutes les situations de façon rocambolesque. Il ne fait pas de sentimentalisme, et porte un regard indifférent sur ce qu’il doit faire. Il se base sur son vécu professionnel et les séries policières qu’il regardait quand il avait encore une télévision !
Iain Levison nous dresse un portrait de l’Amérique dont personne ne veut entendre parler, celle qui ne fait pas rêver. En utilisant ce personnage drôle alors qu’il ne cherche pas à l’être même si « être tueur à gages c’est comme tout, on a ses moments de rigolade », l’auteur dénonce le monde du travail où l’argent compte parfois plus que la dignité des travailleurs.
« Je suis un sacré fêlé ? Regarde autour de toi, Ken, un monde sans règles. Il y a des gens dont le boulot consiste à faire passer des tests anti-drogue à des employés de magasin. Des gens dans des immeubles de bureaux qui essaient en ce moment même de calculer si licencier sept cents personnes leur fera économiser de l’argent. Quelqu’un est en train de promettre la fortune à d’autres s’ils achètent une cassette vidéo qui explique comment améliorer leur existence. L’économie c’est la souffrance, les mensonges, la peur et la bêtise et je suis en train de me faire une niche. je ne suis pas plus fêlé que le voisin seulement plus décidé. Je pense que Gardoski le sait. Mais « tu es un sacré décidé » ça ne fait pas une bonne formule. »
Merci à Marie-Hélène pour ce partage de lecture.
Babeth,  5 juin 2019

Des orties et des hommes

Des orties et des hommes est un roman lumineux, tendre et sensible. Il est le plus autobiographique des romans de Paola Pigani et probablement aussi le plus abouti.

On y suit Pia, onze ans, et à travers ses yeux et ses ressentis, ses parents, son frère et ses sœurs, ses grands-parents. Et la vie dans une ferme.

Cellefrouin, département de la Charente, années 70-80. Les parents de Pia sont de petits agriculteurs. Ils ont peu de terres, quelques vaches et des poules. Et un emprunt au Crédit Agricole. Immigrés d’Italie, les parents et grands-parents de Pia ont accepté de travailler des terres dont personne ne voulait. La terre est rude, le métier d’agriculteur contraignant et les revenus faibles.

« Entre ceux qui vivent de rien et ceux qui vivent de peu, il n’y a pas beaucoup d’envieux par chez nous. »

Les enfants ont leur part de tâches quotidiennes à accomplir à la ferme que Valma, la sœur aînée de Pia, va tenter de fuir. Après la liberté de l’enfance, la vie au rythme de la nature, entre inondation et sécheresse, vient l’adolescence en pension à La Rochefoucauld. Les murs y sont hauts, sans couleur, et les fenêtres ont des barreaux. C’est le temps de la prise de conscience : les petits agriculteurs sont asphyxiés par la PAC et les dettes et s’organisent au sein de collectifs ; les codes sociaux de la vie en ville ne sont pas les mêmes qu’à la campagne et leur méconnaissance expose au mépris. Le monde de Pia subit des bouleversements qui lui font prendre conscience de ses racines campagnardes et italiennes. Elle découvre la honte sociale.

Des orties et des hommes raconte aussi l’attrait qu’exerce la littérature sur une jeune fille éprise de mots. Pour Paola Pigani « on peut grâce à la littérature fuir les déterminismes, fuir ce sentiment d’infériorité, de honte sociale pour prendre le risque d’être soi ailleurs ».

La force de ce roman tient au fait qu’il ne bascule jamais dans le romanesque à rebondissements : Paola Pigani déroule des saynètes de la vie quotidienne. La vie, la mort, les souvenirs de la grand-mère, les travaux à la ferme, les choix de vie du frère et des sœurs de Pia, la solitude des agriculteurs et leurs révoltes.

La justesse des descriptions et la sensualité de l’écriture donnent une force d’évocation puissante à ce texte très poétique.

« Je revois Nonna se passer la main sur la paupière, la tempe. Ses doigts suivaient ensuite toute la longueur de ses cheveux. Elle me disait de faire de même avant de cueillir les orties pour ne pas ressentir la brûlure. Ainsi m’a-t-elle transmis son geste de traverse entre soi et l’herbe folle. Je ne savais pas qu’elle était l’herbe sage ».

Je me suis laissée emporter par l’écriture de Paola Pigani qui va à l’essentiel avec simplicité et tendresse et vous recommande ce roman sans hésiter.

Florence, 23 avril 2019

La nuit des béguines d’Aline Kiner

Cela faisait longtemps que je voulais lire ce roman car prendre comme sujet le béguinage est un choix étonnant. En effet, le béguinage, en France, relève d’une période historique courte, entre la fin du XIIème et la fin du XIVème siècle. Il s’agit aussi d’écrire sur des femmes qui, au Moyen-Âge, sont indépendantes et libres.

Aline Kiner choisit pour contexte historique la reprise en main de l’autorité politique par le rigide Philippe le Bel. Un grand nettoyage est mené, en particulier à l’encontre des Templiers. De plus, les béguines sont aussi dans le collimateur de l’Inquisition. Une des leurs, Marguerite Porete, a été arrêtée et condamnée au bûcher. Lire la suite

Désorientale de Négar Djavadi

Wet Eye GlassesKimiâ attend. Un tube de sperme dans les mains. Alors que sa vie prend un tournant tant attendu elle se souvient. De son enfance en Iran, de ses parents Darius et Sara, opposants politiques qui ont dû fuir avec la crainte constante d’être assassinés. Même en France, terre d’asile. Retour dans la salle d’attente, où Kimiâ est engagée dans un processus de PMA. Elle nous parle du présent, du chemin parcouru des origines jusqu’au déracinement et les tentatives pour se reconstruire. Lire la suite