L’invention d’Eva, de Alessandro Barbaglia

C’est l’histoire de l’improbable découverte de l’improbable vie d’Hedy Lamarr (Hedwig Eva Maria Kiesler), un nom qui résonne encore pour certains, plus du tout pour d’autres. Née en 1914, elle est décédée en 2000 et l’époque de sa gloire ne s’est pas étendue au-delà des années 60. C’est l’histoire donc de celle dont il fut dit qu’elle était la plus belle femme du monde et qui s’est avérée être une inventeuse géniale dotée d’une intelligence également hors normes. Mais de ça, l’Histoire ne retiendra pratiquement rien tant cette histoire-là ne cadre pas avec l’idée que l’époque voulait se faire d’une femme à la beauté sulfureuse et d’une femme, tout court.

Ainsi le narrateur de cette histoire nous dit-il :
« Hedy Lamarr, la femme dont la vie ne tient pas dans les pages d’un roman – elle est trop grande – et que l’on pourrait présenter comme suit : elle est la première actrice de l’histoire du cinéma à être apparue entièrement nue dans un film (en 1933, alors qu’elle est mineure et juive) et elle a inventé le Wi-Fi. »

Le narrateur n’est pas un inconditionnel d’Hedy Lamarr, il découvre presque son existence à la faveur d’un concours de circonstances, le décès de sa mère qui l’oblige à renouer au moins de loin avec une sœur hospitalisée depuis des décennies suite à un accident qu’elle a provoqué. Cette sœur, comme Hedy Lamarr, était fabuleusement belle, intelligente, originale, mais le narrateur ne lui pardonne pas d’avoir gâché la vie de ses parents et la leur dans des circonstances qui restent troubles. Depuis lors, depuis la chute vertigineuse dont elle est réchappée, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, handicapée physiquement et intellectuellement. Le narrateur qui n’entretient plus de rapports avec elle depuis des années est pourtant obligé de se rendre dans l’établissement où elle est hospitalisée au moins pour lui dire que leur mère ne viendra plus la voir. Pris par l’obligation de prendre le relais auprès d’elle, au moins temporairement, il va découvrir que le personnage d’Hedy Lamarr a joué un rôle important entre sa mère et sa sœur et pour d’autres femmes aussi, des femmes qui elles aussi sont tombées…
Si la vie et l’identité d’Hedy Lamarr sont loin de ce qu’elles ont été en apparence, cela s’avère peu à peu vrai aussi de la relation du narrateur avec sa sœur. Dans ce roman, l’improbable vie d’Hedy Lamarr tient lieu d’exosquelette tant pour la sœur du narrateur condamnée à l’immobilité, que pour leur relation qui se renoue malgré tout autour de la figure de l’actrice, de ce qu’elle a été mais aussi de ce qu’elle symbolise.
Comme le dit très justement le narrateur :

« Les histoires sont des tentatives. Exactement comme les vies. »

Je vous conseille la lecture de ce roman particulièrement original qui met en parallèle deux vies, deux destins, âpres l’un comme l’autre, difficiles à expliquer parfois, difficiles à assumer souvent mais qui dressent le portrait de femmes fascinantes par leur force, leur détermination et leur capacité à s’émanciper de ce qui est attendu d’elles.

France, septembre 2026

L’invention d’Eva, Alessandro Barbaglia, traduit de l’italien, Liana Levi, 2025

Un voisin trop discret, de Iain Levison

Quelle chance nous avons eu de découvrir Iain Levison au festival Lire en poche de Gradignan. Après avoir tant ri en lisant Un petit boulot, c’est avec joie que je me suis rendue au grand entretien animé par Christine Ferniot où l’auteur nous parlait de « l’Amérique et ses travers ». C’est à partir des personnages de son roman Un voisin trop discret que Iain Levison a, avec toute sa modestie, abordé ce sujet. Jim vit seul dans un appartement de Philadelphie et part travailler comme chauffeur Uber de façon mécanique avant de s’enfermer chez lui. Les relations sociales, ce n’est pas du tout son truc. Pourtant, les choses vont changer lorsque Corina va s’installer dans l’appartement voisin. Souvent en galère, elle élève, la plupart du temps, son fils de 4 ans seule. Il faut dire que son mari, Grolsch, est snipper en Afghanistan.

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Quand le requin dort, de Milena Agus

C’est un de ces courts romans dans lesquels tient tout un monde : dans la Sardaigne d’aujourd’hui, une jeune fille et sa famille un peu fêlée : tante et ses fiancés, frère, père et ses maîtresses, mère, grand-parents… Tous y sont à la recherche de l’amour ou de l’ailleurs, dans un mouvement qui nous prend, nous lecteurs, et nous entraîne, à la fois amusés et déconcertés, attendris et bouleversés.
Elle, notre héroïne, croit qu’aimer c’est accepter tout de Lui, l’homme marié aux désirs sadomasochistes. Ce qu’il lui offre, n’est-ce pas un peu de l’amour ? N’est-elle pas un vilain petit canard qui ne mérite guère plus ? Il est vrai qu’elle manque de modèle féminin à suivre, entre sa mère si fragile et sa tante, si belle, qui ne parvient pas « à garder un homme ».

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Dramaturgies urbaines : rencontre entre Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam

Le festival Lire en Poche accueillait cette année Négar Djavadi et Emmanuelle Bayamack-Tam pour une table-ronde sur les dramaturgies urbaines. Les dernières parutions des deux autrices, Arène chez Liana Levi pour Négar Djavadi et  Il y a des hommes qui se perdront toujours chez P.O.L. (depuis peu chez Folio) pour Emmanuelle Bayamack-Tam (alias Rébecca Lighieri), servaient de point de départ à cette rencontre. Ces deux romans sont tous deux des romans noirs. On pourrait penser qu’il s’agit de romans policiers : dans chaque histoire, l’élément déclencheur est la découverte d’un cadavre et l’intrigue va s’articuler ensuite autour de cette découverte. Mais l’enquête policière est à peine esquissée.

Dans Arène, la découverte de ce cadavre traverse le roman, elle sèmera d’autant plus le trouble que quelques jours plus tard un second cadavre fera parler de lui. Il s’agit de deux garçons appartenant à deux cités voisines où sévit le trafic de drogue, et où interviennent régulièrement des affrontements pour des rivalités de terrain. La question sera de savoir si la mort du deuxième garçon est à mettre sur le compte des représailles d’une des cités. L’incertitude est grande pour le lecteur, la mort de Issa pouvant également résulter d’une altercation qu’il a eu avec le personnage principal du roman, Benjamin Grossman. Qui a tué le jeune homme ?

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