Les gens dans l’enveloppe

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Voilà, à mes yeux, une pure réjouissance !

J’ai découvert ce livre à l’occasion de l’Escale du livre, ce printemps. Un peu par hasard, intriguée par le titre de la présentation de deux livres et auteurs qui cheminent entre récit imaginaire et vérité historique, et ne s’en cachent pas ! Bien au contraire….

Je ne connaissais pas Isabelle Monnin et j’ai très envie de découvrir ses autres livres.

Le procédé littéraire est original : l’auteure achète sur internet un lot de photos d’une famille qu’elle ne connaît pas, et dont elle ne sait rien. Elle décide d’explorer ces prises de vues banales, vieillies et mal cadrées, ces polaroids qui figent toutes sortes d’instants et d’expressions, pas toujours au bénéfice des sujets. Naissent ceux qu’elle nomme « les gens de l’enveloppe ».

Peu à peu elle dessine l’histoire de ces inconnus, choisissant dans ce lot de photos celle d’une petite fille qu’elle imagine s’appeler Laurence. Cette petite grandit sans mère, aux soins de son père souvent réfugié dans l’alcool et de sa grand-mère « Mamie Poulet », figure féminine rassurante. L’écriture traduit au plus juste la voix de la fillette, puis celle de la jeune fille qui construit en secret ses mythes, anime ses fantômes et attend le retour de sa mère.

Viennent ses premières amours adolescentes, puis elle part enfin chercher cette mère toujours absente…

Nous partageons ses lettres, fils conducteurs du tendre lien qui l’unit à sa grand-mère, une grand-mère qui vieillit.

Quelques photos se glissent ensuite dans le livre.

Puis vient le temps de l’enquête. L’auteure part à la recherche de la vraie vie de ces gens qu’elle retrouve pour certains, dans le pays de son propre berceau familial (Clerval). Il y a le temps de cette recherche, puis celle de leur rencontre, puis celle de liens qui se tissent autour de ce livre. Étonnamment, certains personnages du roman ont des points communs avec ceux de cette famille, comme ce prénom, Laurence… Les personnes ainsi retrouvées se prennent généreusement au jeu de l’auteure qui les mène à porter un regard neuf sur leur histoire et leurs liens.

Beaucoup de poésie dans l’écriture d’Isabelle Monnin, pour une lecture naïve et vraie de la vie, ses effrois, ses attentes, ses joies, ses rebondissements. Beaucoup de bienveillance dans la rencontre avec cette famille invitée à rouvrir son histoire.

C’est enfin Alex Beaupain qui clôt cette aventure littéraire et humaine par un recueil de chansons que l’on peut écouter (CD à la fin du livre). Plusieurs membres de cette famille y ont d’ailleurs participé, par leur voix et leur chant. C’est vivant et beau.

Je ne peux que vous encourager à lire et écouter ces récits pour la richesse de leur banalité familière, celle de leurs vies et de leur humilité. Et puis l’auteure se dévoile aussi… Pourquoi ce récit, cette quête d’autres histoires que la sienne ? A propos du « je » (ou/et « jeu » ?) de l’écrivain, elle écrit, entre autres : « Il dirait qu’il est devenu écrivain parce que se tenir dans le monde et dire « je » était précisément impossible ». A méditer…

Lætitia, 12/05/2016

Les gens dans l’enveloppe, roman et enquête écrits par Isabelle Monnin, chansons d’Alex Beaupain, éd. Jean-Claude Lattès, 2015.

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