La petite barbare d’Astrid Manfredi

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La petite barbare est le premier roman d’Astrid Manfredi. Il est à l’image du fait divers qui l’a inspiré : brutal et effrayant. Il m’a fallu quelques jours pour me remettre de la lecture de ce roman qui m’a secouée.

Le fait divers, c’est l’assassinat d’un homme après plusieurs jours de torture par un gang – le gang des barbares. Les hommes de ce gang utilisaient une jeune femme pour attirer des hommes, les dépouiller et les torturer. C’est l’histoire de cette jeune femme prostituée que raconte Astrid Manfredi dans La petite barbare.

La jeune femme, dont le roman ne dira jamais le prénom, a grandi dans une banlieue grise, bétonnée et sans espoir. Ses parents sont tellement anéantis par leurs propres échecs qu’ils ne la voient pas, ne l’éduquent pas, ne lui montrent que peu d’affection. Elle grandit seule, sans repères et n’a pour seule ambition de ne pas être comme eux. Elle est attirée par le clinquant, le futile, l’accessoire, le bling-bling : elle rêve robes de soirée et escarpins, champagne et vodka, Champs-Élysées et boîtes de nuit. Le seul cadre qu’elle trouvera sur sa route solitaire est celui d’un gang et de son leader Esba, caïd charismatique, violent et prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut, y compris et surtout la prostituer. Il l’utilisera sans vergogne pour de l’argent. Facilité.

Elle, rien ne l’interpelle. Rien ne la fait douter de lui, ni sa radicalisation ni l’exacerbation de sa violence. Elle croit qu’il s’intéresse à elle et cela lui suffit à combler son vide intérieur. Elle accepte tout, la prostitution, la violence. Elle n’a aucun respect d’elle-même. Elle est effrayante de vénalité.

Le roman commence par la case prison – Peut-il en être autrement ? Le récit alterne présent et passé. On comprend l’enfance vide de tout – de liens affectifs, de valeurs morales, d’espoir, d’éducation. Car la petite barbare est un être vide que seule remplit la haine, la haine de voir ce qu’ont les autres, et qu’elle ne sait pas comment obtenir autrement ce qu’elle désire sans la violence du gang. Elle évolue dans un isolement moral effrayant.

Les monstres payent à défaut d’être payés

L’argent facile et la violence n’ont qu’un temps. Le gang est rattrapé par la justice d’une société qu’elle hait ; confrontée à ses agissements, elle ne comprend pas vraiment ce qu’être responsable de ses actes signifie : « On s’en fout » revient d’ailleurs comme un leitmotiv tout au long du roman.

La force de ce roman est de rapprocher le lecteur au plus près de cette jeune femme perdue grâce à un récit reprenant les codes du journal intime. L’auteur laisse peu de place aux personnages secondaires, et c’est peut-être ce qui m’a manqué : j’aurais aimé savoir ce qui a bien pu se passer dans la tête du directeur de la prison. A-t-il lui aussi cédé aux sirènes de la facilité ?

La petite barbare montre dans un style percutant les marges de la société. L’écriture transcrit bien la langue de ces exclus, leur hargne et leur agressivité. Et même si certaines tournures de phrases m’ont parues absconses, j’en suis abasourdie… Ce roman est fort, si fort qu’il vous poursuivra longtemps.

Florence, 14/04/2016

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