L’Enfer de Church Street

jake-hinkson-l-enfer-de-church-street-liseuse-de-bordeaux

Les deux obsessions de mes jeunes années – la religion et le crime – m’habitent encore aujourd’hui. À l’université, j’ai découvert O’Connor et Faulkner, Dickinson et Baldwin, mais toutes ces œuvres ramenaient aux notions de péché et de rédemption, de transgression et de ruine, qui ont constitué mon enfance.

Accueilli le 31 mars à la librairie La Machine à Lire, Jake Hinkson est un écrivain prometteur originaire de l’Arkansas.
Elevé au sein d’une communauté baptiste qu’il choisit comme toile de fond de ce roman noir, l’auteur au look de hipster considère l’écriture comme une évidence. « L’écriture m’a choisi, je ne l’ai pas choisie. »
Les paysages contrastés de l’Arkansas l’inspirent, la présence des montagnes donnant à ces lieux une atmosphère d’enfermement propre à dissimuler quelques secrets et, pourquoi pas, offrir une scène de choix pour deux ou trois crimes crapuleux.

Quand vas-tu donc écrire un livre que peuvent lire mes amis ? le père de Jake Hinkson, diacre, à son fils.

Dans son premier livre paru chez Gallmeister, Jake Hinkson surprend le lecteur en choisissant pour narrateur un anti héros parvenu au stade ultime de déliquescence. Voyons un peu…

Lorsque Geoffrey Webb se fait braquer sur le parking d’une station service, l’occasion est trop belle pour confesser son lourd passé… Par une habile inversion de perspective, cette « termite » obèse vole la vedette à la petite frappe qui le braque en lui proposant un marché : empocher les trois mille dollars qu’il possède en échange de cinq heures de confession, le temps nécessaire pour parvenir à Little Rock.

Cinq heures suffiront-elles à retracer la lente descente aux enfers de ce jeune aumônier devenu croyant sans croire en Dieu, en lutte à de terribles démons ?

Remontée acide dans l’histoire de Webb, ce récit déjanté ponctué d’humour noir dresse un tableau satirique de la communauté religieuse de Little Rock, osant même égratigner au passage l’image très respectable du shérif Norris, rongé par la corruption.

Pour conclure, je ne peux résister à l’envie de vous citer un court extrait de ce livre. Il s’agit du passage où le braqueur choisit Geoffrey Webb comme victime, à la station service.

Lorsque je repérai le gros, je sus que j’avais trouvé mon pigeon.

Il n’était pas seulement gros. Il serait bientôt, très bientôt même, trop gros pour pouvoir porter des vêtements normaux. Le gras débordait de partout et remplissait sa chemise blanche tendue comme un ballon de baudruche. Ses cheveux étaient d’un blond passé sur les longueurs, comme s’ils avaient été teints à une époque.

Mais il y avait autre chose chez ce type, quelque chose qui en faisait un vrai loser. C’était sa manière de bouger. Il se transportait comme s’il avait été tabassé ce soir-là, comme si chaque pas qu’il faisait était une bataille difficilement gagnée contre la gravité.

Marisa, 02/04/2015

Publicités

3 réflexions sur “L’Enfer de Church Street

  1. Excellent premier roman noir qui met en scène un monstre autant physique que moral. Jake Hinkson prouve que le genre noir convient pour explorer la question du fondamentalisme et de la religion.
    Et quel humour ! Les scènes avec la vieille femme sont jubilatoires…

    J'aime

Vous voulez réagir à ce post ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s