Interview d’Ovidie : une leçon de féminisme

ovidie-jerome-d-aviau-histoires-inavouables-liseuses-de-bordeauxC’est une soirée de la Saint-Valentin pour le moins atypique qu’ont passé les Liseuses Bérengère et Isa G. à l’Inox de Bordeaux. Elles ont assisté à la lecture dessinée proposée par Ovidie et l’illustrateur bordelais Jérôme d’Aviau, tous deux invités par l’Escale du Livre à l’occasion de la sortie de leur BD érotique « Histoires Inavouables ».
Le lendemain, nos deux Liseuses ont retrouvé Ovidie en tout intimité pour une interview.

Cette BD comprend dix histoires cocasses, drôles et sexy écrites par vous. Au-delà de ces histoires, quel est le message que vous avez souhaité faire passer ?
Ovidie : Le message global est un message sur la société actuelle. Ce n’est pas un livre qui porte le label féministe même si on sent que cette influence est présente, avec une volonté de rompre avec des codes habituels autour de la BD érotique, à mon sens assez ringard et assez macho. C’est un message sur la relation et la place de l’homme et de la femme dans le couple. Même si le ton est léger.

Et pourquoi une BD ?
J’ai commencé à m’intéresser à la BD érotique en 2007-2008, au moment où il y a eu cette émergence féminine (Fraise et chocolat d’Aurélia Aurita, le recueil Première fois ou même Happy sex de Zep) et où tout à coup on a commencé à aborder le sexe avec plus de légèreté. Puis, avec Penelope Bagieu et Hélène Bruller, on a vu émerger des titres plus provoquants et sexués, écrits par des auteurs femmes, comme par exemple Hélène Bruller est une vraie salope.

Quel rapport entretiennent les femmes avec le sexe aujourd’hui ?
Concrètement on parle plus de sexe qu’avant, on est inondé de messages à caractère sexuel. Mais ce n’est pas parce qu’on parle plus de sexe qu’on en parle mieux : on en parle de manière mercantile, on en parle en terme de performances, on en parle dans une volonté de réussir sa sexualité et de satisfaire son partenaire. Mais finalement dès qu’on commence à parler avec des femmes pour savoir si elles connaissent leur corps, on se rend compte qu’il y a un grand vide. On leur apprend à donner du plaisir à leur partenaire et on ne leur apprend pas réellement à se connaître elles-mêmes, à être attentive à leurs propres désirs. Elles intègrent des schémas masculins dans leurs fantasmes sans réfléchir à l’origine de ces fantasmes. A partir du moment où on a insufflé un peu de liberté aux femmes, elles ont foncé tête baissée dans la servitude volontaire en réintégrant dans leur sexualité des schémas masculins.

Nous ne pouvions pas finir cet entretien sans parler de la littérature érotique …
On a beaucoup parlé de 50 nuances de Grey qui reprend les schémas de la pornographie des années 70 : l’oie blanche qui va être initiée par un Pygmalion, qui est plus vieux et qui a plus de fric, qui va lui expliquer qu’elle doit être soumise et que c’est comme ça qu’elle va se réveiller dans ses bras. On parle de nouvelle littérature érotique mais personnellement je ne vois pas de progression.
Au début des années 2000, il y a eu un nouveau courant de femmes qui parlaient de manière un peu plus crue de sexualité, et ce n’était pas inintéressant : Catherine Millet, Virginie Despentes, Ann Scott ou Nelly Arcan.

ovidie-liseuses-de-bordeauxIl pleut sur les pavés bordelais, mais nous n’y prêtons pas attention. La rencontre est déjà terminée… Nous nous souviendrons d’une jeune femme animée d’une réflexion sur la sexualité empreinte de tolérance et de féminisme.
Pourquoi, aujourd’hui, beaucoup de femmes trouvent leur plaisir dans la recherche de films pornos créés suivant ce même schéma : une femme attachée et violentée prend conscience que cette situation lui procure du plaisir ?
Chacune trouve son plaisir où elle veut et où elle peut. Mais ce qui pose problème, c’est que le nombre de femmes qui pensent ainsi est de plus en plus important.
Le fantôme de Napoléon et son satané code civil (qui donne la suprématie aux hommes ) nous hanterait-il toujours et encore ?
A l’aube du XXème siècle, Colette dansait nue devant ceux qui avaient su et vu que son mari l’avait maintes fois trompée et humiliée, comme une revanche. Mais danser nue relève encore aujourd’hui d’un tabou même si nous sommes saturés d’images à caractère sexuel, ces mêmes images qui reprennent les codes de la pornographie masculine. Nous bataillons encore pour connaître, maîtriser et jouir de notre propre corps sans être jugées négativement.
Voilà autant de pistes de réflexion qu’Ovidie soulève et auxquelles elle tente d’apporter des débuts de réponses à travers ses articles, ses films et ses documentaires.
Cette heure en sa compagnie a enrichi et élargi notre propre réflexion féministe.

Bérengère et Isa G.

Quelques ouvrages pour aller plus loin : 

La première fois, collectif (2011)
Huit nouvelles signées par Keith Gray, Melvin Burgess, Anne Fine, Mary Hooper, Sophie McKenzie, Patrick Ness, Bali Rai et Jenny Valentine
Ce recueil borde la question de l’acte sexuel et explore sous tous les tons cette question qui intéresse tant les adolescents

Nelly Arcan
Est une écrivaine québécoise. Son œuvre aborde des thèmes comme l’influence de l’image chez la femme, la marchandisation du corps et le suicide.
Putain (2001)
Folle (2004)

Aurélia Aurita
Fraise et chocolat (2006)

Pénélope Bagieu
Cahier d’exercices pour les adultes qui ont séché les cours d’éducation sexuelle (2008)

Hélène Bruller
Hélène Bruller est une vraie salope (2008)

Virginie Despentes
Baise-moi (1993)
Apocalypse bébé (2010)Catherine Millet
La vie sexuelle de Catherine M. (2001)

Ann Scott
Superstars (2000)

Zep
Happy sex (2009)

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